L'ère de l'enjeu dans l'aire de jeu…

Cette coupe du monde de football aura été marquée par un événement important, qui revient sur les fondements du jeu de ballon au pied. La main, quel que soit le qualificatif qu’on lui accole, a pris sa place dans le monde du football. Elle y était proscrite en raison de son caractère immoral puisque symbolisant une faiblesse coupable. Or, l’édition 2010 illustre une modification totale de cette approche, car nous sommes entrés dans l’ère de l’efficacité triomphante. Peu importent les moyens que l’on utilise, seul compte le résultat et, dans le fond, celui qui transgresse les règles ne fait rien de prohibé si le résultat est au rendez-vous. C’est véritablement une illustration de ce monde du profit immédiat, qui a rongé les consciences. Par exemple combien de commentateurs ont osé rappeler que les Bleus sans âme, n’étaient allés faire les clowns en Afrique du Sud que parce qu’ils avaient honteusement volé leur qualification. On avait eu l’ivresse d’une fausse victoire, mais, dans le fond, on s’était vite remis de la gueule de bois.
Le supporteur a la mémoire courte, et d’ailleurs, on s’évertue à lui raccourcir la mémoire, de telle manière qu’il ne réfléchisse pas trop. L’équipe de France des… « manchots » (dans tous les sens du terme) était qualifiée, et donc nous avons mis un mouchoir collectif sur nos scrupules. Une main de vilain peut devenir une main de Dieu, pourvu que ses effets soient rentables. Toutes les excuses sont bonnes. Thierry Henry a sauvé l’honneur d’un pays en trichant, mais c’était véritablement à l’insu de son plein gré et, dans le fond, ce n’est pas de sa faute si le garant de la régularité du déroulement n’a rien vu… Pas vu. Pas pris. Tout bénéfice. Et que personne ne s’avise de faire une remarque désobligeante.
D’ailleurs, devant les parlementaires, ce parangon de vertu sportive qu’est Raymond Domenech a pleinement justifié cette triste réalité. Il n’a pas voulu serrer la main de Carlos Alberto Parreira lors de France-Afrique du Sud, suite aux propos tenus dans la presse par le coach brésilien commentant la qualification des Bleus pour le Mondial : « Si j’ai bien compris le pourquoi de cette audition, a déclaré Raymond Domenech devant les parlementaires, c’est que l’image et l’honneur de la France (sic), auxquels nous sommes tous très attachés, ont été bafoués. Je partage totalement cet avis : la mascarade à laquelle nous avons dû assister n’est pas acceptable (sic). Monsieur Copé, nous nous sommes qualifiés en novembre, de façon certes peu glorieuse, avec cette main de Thierry Henry (sic). À cette occasion, M. Parreira a été le premier à agresser la France (sic) dans la presse, n’hésitant pas à qualifier de « honteuse » sa qualification, et à traiter Thierry Henry, qui détient le record du nombre de buts marqués en équipe de France, de « tricheur ». Or, toute la France bien-pensante, si prompte à faire la morale, n’a rien trouvé à redire aux accusations de M. Parreira (sic). J’aurais sans doute dû être hypocrite, comme tous ceux qui s’insultent tout en continuant à s’asseoir à la même table pour dîner. Mais ce ne sont pas là mes valeurs. Il est important pour moi de défendre l’image de l’équipe de France (sic). Je n’ai sans doute pas mesuré l’impact médiatique négatif de mon geste. Mais M. Parreira, tout champion du monde qu’il a été avec l’équipe du Brésil, n’avait pas le droit d’insulter l’équipe de France, ni ses joueurs… » Qu’ajouter à ce plaidoyer exceptionnel en faveur d’un football strictement basé sur le résultat ? Qui avait été le plus immoral ? Thierry Henry et ses potes, dont on sait ce qu’ils ont fait de cette « main providentielle », ou celui qui avait « insulté » ces Bleus, en considérant leur présence en Afrique du Sud comme « honteuse » ? Que pouvait-on attendre de députés de la majorité présidentielle, prêts à couvrir toute « tricherie » au nom de la préservation de leurs avantages ou de ceux de leur équipe ? Pour eux, la « morale » s’arrête souvent aux frontières des avantages découlant d’un acte public ou privé.
Depuis Uruguay Ghana, la France se sent moins seule, puisque les médias du monde entier s’extasient devant une autre « main divine », celle de Luis Suarez. Il a tout bonnement sauvé son pays d’une élimination certaine en quarts de finale de la Coupe du monde 2010… d’une drôle de manière. La Celeste et le Ghana se neutralisent quand, à l’ultime minute de la prolongation, les Africains se procurent un coup franc – inexistant d’ailleurs – de la dernière chance. Le ballon rebondit de têtes en pieds, lorsque Adiyiah parvient à placer son crâne pour pousser le cuir au fond des filets d’un gardien de but dépassé. Et là, c’est le drame. Luis Suarez, n’écoutant que son …fair-play, réalise une parade exceptionnelle pour éviter le but. Magnifique. Sauf que le dit Suarez a commis un geste salvateur en repoussant le ballon des deux mains. C’est mieux que Thierry Henry et c’est encore plus efficace.
L’arbitre de la rencontre n’hésite pas un seul instant, et renvoie le « coupable » au vestiaire. Carton rouge direct et penalty, la sanction est logique. Le problème, c’est que Gyan expédie ledit penalty sur la barre transversale. Du statut de simple fait de jeu, la main de Luis Suarez passe du rang de « coupable » à celui de « héros », par l’efficacité de son geste qu’il a d’ailleurs dignement fêté. Il a explosé de joie en voyant que son geste a été décisif. Le « sauveur » a même vanté ses qualités de gardien de but, allant jusqu’à qualifier son acte de nouvelle « Main de Dieu ». « Je suis très calme. Cela valait la peine d’être expulsé de cette manière, parce qu’à ce moment précis, je n’avais pas d’autre choix », analysera-t-il en… conférence de presse. L’attaquant aux mains agiles sera évidemment suspendu, mais le résultat est là.
La vidéo n’aurait rien apporté de plus, sauf si une règle simple faisait que dans ce genre d’action on considère qu’il y a, comme au rugby, « but direct de pénalité ». C’est une mesure concrète rapide, qui éviterait bien des comportements que tout le monde va chercher à justifier au nom de la glorieuse incertitude du sport, des aléas de la vie, d’un réflexe malheureux… bref on démontrera que l’enjeu valait bel et bien cette entorse à la morale. On a le football que nous méritons !

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2 réponses à L'ère de l'enjeu dans l'aire de jeu…

  1. quinquin dit :

    Or, toute la France bien-pensante, si prompte à faire la morale, n’a rien trouvé à redire aux accusations de M. Parreira (sic). …..Là ! C’est la seule fois que je suis d’accord avec lui…Pour le reste ce n’st plus la coupe du monde de football, mais la coup de la FIFA…
    A+++++

  2. Cubitus dit :

    Notre président en veut aux joueurs de l’équipe de France car leur déroute l’a privé d’un coup médiatique et il a dû de rêver en Chirac en 1998. Et nul doute que ç’aurait été encore plus flamboyant. Alors il envoie ses bouffons venger sa frustration, d’où la création d’une commission parlementaire comme s’il n’y avait pas plus important à occuper une commission, par exemple le cas Woerth. Je me prends parfois à rêver que les Français réagissent comme Escalettes, parce qu’avec lui, quand… un Nicolas déconne, il le vire. Mais je suis sans doute mauvaise langue….

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