Il y a 70 ans il existait des parlementaires courageux !

En restant fidèle à des valeurs, il est toujours possible de chercher sur les chemins de la vie des repères utiles à sa conscience. C’est en cherchant uniquement à entrer dans un clan, ou à soutenir des ambitions personnelles, que l’on perd son âme, si l’on en a une. Il faut donc sans cesse faire référence à ce que l’on connaît du passé pour pouvoir apprécier le présent et surtout craindre l’avenir. Ainsi aujourd’hui, peu de monde évoquera le courage de 80 parlementaires qui ont refusé de suivre Laval dans l’attribution des pleins pouvoirs à Pétain. Ce sont eux qui ont été les premiers résistants, ce sont eux qui ont donné le véritable signal de la contestation de cet État français qui avait besoin d’un chef tout puissant, ressemblant étrangement à un dictateur.
Pourquoi le chef de l’État actuel n’a-t-il pas prévu une cérémonie officielle pour commémorer cet acte public, alors qu’il a maintes fois invoqué, par souci de récupération, l’esprit de la Résistance ? Pourquoi un hommage particulier n’a-t-il pas été prévu au sénat et à l’assemblée nationale pour rappeler aux citoyennes et aux citoyens qu’il est important qu’un parlementaire ne courbe pas l’échine en préférant exécuter des consignes à toute autre prise de position ? Pourquoi a-t-on oublié que certains de ces parlementaires ont payé de leur vie le courage dont ils on su ensuite faire preuve ? Bizarre que ce soixantième anniversaire ait été minimisé et marginalisé, alors que tant d’autres son médiatisés, exploités et glorifiés. Peut-être ne veut-on pas réveiller une ou deux consciences endormies par les gaz soporifiques de l’opinion dominante ? Personne n’ose peut-être faire un parallèle entre l’évolution de notre démocratie et celle qui est morte le 10 juillet 1940… mais c’est sûrement encore du mauvais esprit de ma part.
Au tournant de juin-juillet 1940, l’urgence pour l’exécutif comme pour les parlementaires présents à Vichy était donc de restaurer une autorité forte, capable à la fois de négocier les conditions de la paix avec les représentants de l’Allemagne nazie, et de sortir le pays de la confusion née de l’exode des populations civiles et de la défaite militaire. Un but louable qui fut vite détourné au profit de ce qui sera la collaboration active… justifiée par une vote de confiance à obtenir. Cette nécessité de restaurer une autorité forte n’entraînait pas, en effet, celle de suspendre les lois constitutionnelles de…1875, nées dans la douleur. Une pseudo proposition de promulguer une nouvelle Constitution n’était absolument pas indispensable, sauf s’il y avait une arrière-pensée de prise autoritaire du pouvoir… par celui qui manipula ,en fait, les « anciens combattants » fidèles au « boucher » de Verdun : Pierre Laval ! Il souhaitait tout simplement mettre fin aux institutions de la IIIe République, et il y est parvenu en exaltant au maximum les notions de discipline, de fidélité politique et surtout en profitant de la lâcheté générale.
Le projet de Laval, accepté le 4 juillet en Conseil des ministres, est présenté aux députés le 8 juillet. L’exposé des motifs exprime le rejet par l’exécutif des institutions législatives de la IIIe République, nécessitant « une réforme profonde des mœurs politiques ». Ça ne vous dit rien ? Mais en plus de doter la France d’un régime efficace (sic), le projet de loi doit lui permettre de « comprendre et accepter la nécessité d’une révolution nationale (sic) » passant par un retour aux valeurs traditionnelles (sic). Pierre Laval rassure cependant les parlementaires sur le fait qu’en dépit des pleins pouvoirs, le Gouvernement « aura la collaboration d’une représentation nationale qui jouera auprès de lui son rôle normal (sic) ». À la suite de réserves formulées par quelques parlementaires, le projet de loi est modifié : la Constitution qui devait originellement être « ratifiée par les Assemblées qu’elle aura créées » sera finalement « ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées ». En fait, rien de tout cela ne se fera, et le pouvoir ainsi confisqué ne reviendra qu’à un clan fermé et collabo.
Le 9 juillet 1940, conformément à la Constitution… de la IIIème République, les chambres se réunissent séparément et déclarent par 395 voix contre 3 chez les députés et par 229 voix contre une seule chez les Sénateurs « qu’il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles ». Rappelons que les élus communistes ne sont plus là, puisqu’après le pacte germano-soviétique, le PC a été interdit par une loi de Daladier en 1939. Le rapport de force n’est donc plus le même qu’au moment de l’élection légsitaive de 1936 !
Le matin du 10 juillet, à la suite d’une discussion dite « officieuse » sur le fond, le projet de révision est mis en place. Pierre Laval s’y emploie à rassurer les parlementaires, notamment les sénateurs anciens combattants, en démontrant qu’il représentait Pétain et non seulement lui-même, en affirmant entre autres que les commissions parlementaires continueraient à travailler avec le gouvernement, en dépit des pleins pouvoirs, que la future Constitution qui irait dans le sens d’un pouvoir plus stable et plus fort serait ratifiée par la vote de la nation entière. Les appels au rassemblement autour du maréchal Pétain, conjugués avec de multiples promesses qui, quoique apaisantes, demeuraient absentes du texte lui-même, et la menace d’un coup de force des militaires sur le pouvoir civil en cas de rejet du texte, emporta les dernières réticences de la plupart des parlementaires… Tout se joue sur la « fidélité » et sur la « peur » du lendemain. La France est en péril, tout ceux qui ne sont pas du côté du Maréchal sont donc hostiles à la France : une simplification outrancière, qui va gommer tout le reste et finalement transformer l’assassinat d’une République, en vote patriotique. L’argument est encore repris de manière récurrente, en présentant toute opposition comme contraire à l’intérêt général, porté par l’opinion dominante.
L’après-midi, on passe à la formalisation de ce principe résumé dans un texte lapidaire : « L’assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées. La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale, sera exécutée comme loi de l’État » La révision est votée par 569 voix contre 80 (20 abstentions et 176 absents).
Parmi les premiers résistants, on ne trouvait pas moins de… 5 Girondins : Jean-Fernand Audeguil (député, adjoint au maire de Talence SFIO), Gaston Cabannes (député maire de Floirac SFIO), Justin Luquot (député maire de Coutras SFIO), Jean Odin (sénateur Gauche démocratique), Jean-Emmanuel Roy (député Maire de Naujan et Postiac radical), alors que Adrien Marquet (député maire de Bordeaux), René Caillier (sénateur), Armand Calmel (sénateur), Joseph Capus (Sénateur), Antoine Cayrel (député), Pierre Dignac (député), Emile Gellié (député maire de Plassac), André Naphle (Député du Bouscat) ont voté pour. Georges Mandel (député) était sur le Massilia vers le Maroc… et finira assassiné par la Milice ! La quasi totalité des soutiens girondins à Laval seront réhabilités à la Libération, et poursuivront leur carrière politique… ils s’étaient simplement trompé au moment du vote !

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1 réponse à Il y a 70 ans il existait des parlementaires courageux !

  1. gilles baillet dit :

    Bonsoir,
    tous les parlementaires qui ont voté contre les pleins pouvoirs à Pétain n’ont pas été des résistants par la suite. Certains, qui ont voté les pleins pouvoirs, ont résisté par la suite (pas en Gironde mais ailleurs). D’autre part, tous les parlementaires n’ont pas pris part au vote comme Mendel ou Mendes France qui étaient sur le Massilia. Mais n’oubliez pas que tout le groupe communiste avait été arrêté et n’a pu donc se prononcer… Les manoeuvres du clan Pétain-Laval-Maquet rejoint par les amis du socialiste pacifiste Paul Faure, de l’armée du général Delattre de Tassigny (futur maréchal aprés la libération) qui menaçait de marcher sur Vichy si les pleins pouvoirs n’étaient pas votés par les deux chambres , la désorganisation du pays et le choc provoqué par Mers-El-Kébir, habilement exploité par l’amiral Darlan, sont les facteurs qui ont fait basculer le choix de parlementaires destabilisés. Une période extrêmement complexe dans laquelle le salaud pouvait basculer en héros et inversement. Autres exemples. Des maires de gauche ont été révoqués en janvier 1941 par Vichy. Les hommes qui les ont remplacés n’ont pas toujours été des chantres aveugles du nouveau régime: certains ont même été des membres éminents de la résistance tel le commandant Maurice Baril, maire de Clairac (47)nommé par Vichy mais chef du réseau Sultan. Les anciens maires ne se sont pas forcément engagés dans la résistance: beaucoup étaient surveillés et ont donc choisi de ne rien faire…
    C’était une époque compliquée comme disait l’ancien commandant FTP et maire de Bassens Henri Chassaing…
    Cordialement

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