Le pays de la "rigueur" levante !

Il y a des pratiques politiques plutôt bizarres dans notre pays. L’une d’entre elles consiste à s’exprimer sur les problèmes intérieurs de la France depuis… l’étranger, comme si le faire ici relevait du danger immédiat. Le Chef de l’Etat français, le premier de ses ministres considéré comme un « collaborateur » appliquent de plus en plus souvent cette méthode. D’abord, parce que seuls les journalistes qui les accompagnent et qui ont été triés sur le volet peuvent relayer cette information, et la distance fait que souvent elle arrive plus atténuée que lors d’une déclaration similaire en France. On a ainsi vu Nicolas Sarkozy s’exprimer sur le dossier Clearstream, en toute hâte, depuis les Etats Unis, plus récemment parler de M. Woerth depuis le sommet du G20, et maintenant, c’est François Fillon qui lâche depuis Tokyo le mot qu’il a maintes fois refusé de prononcer à l’Assemblée ou en public : « rigueur » ! Dramatique pour la démocratie française, que de constater que ce sont les Japonais, qu’il faut absolument convaincre des mesures d’austérité prises par la France en « faillite » (le mot est également de lui, il y a plusieurs mois), qui ont eu la primeur de cet aveu. Un courage remarquable, et une preuve évidente de ce mépris que peut avoir le gouvernement pour des Françaises et des Français sous informés, transformés en consommateurs consentants, puisque ce qui est tabou chez eux devient communicable au Japon ! Il vient en effet de créer l’événément en plein mois de juillet, en prononçant le mot de « rigueur » pour défendre les économies budgétaires prévues au budget 2011 de la France.
« Dans tous les budgets de l’Etat, le seul qui n’est pas soumis à la rigueur, c’est le budget de l’enseignement et de la recherche » (sic), car « nous sommes très attentifs à ne pas prendre des mesures qui viendraient stopper la croissance, qui viendraient même handicaper l’effort de recherche et d’innovation », a expliqué M. Fillon devant des hommes d’affaires japonais (merci pour les Françaises et les Français). « Il faut choisir les dépenses publiques qu’on réduit et il faut faire attention à continuer d’investir sur les secteurs économiques porteurs », a-t-il insisté. C’est la raison pour laquelle il étrangle les collectivités territoriales dont les investissements ont baissé déjà de plus de 3 % en 2009… En fait, il voulait surtout rassurer les marchés et les patrons de l’indice Nikaï, car pour les Françaises et les Français, il faudrait qu’ils soient bien peu malins pour ne pas avoir conscience qu’aucune promesse électorale de celui qu’ils ont majoritairement choisi ne sera respectée. Les batailles de mots ne sont pas finies, si l’on en croit les déclarations des ténors des finances publiques. Il y avait, par exemple, un bréviaire tout prêt : « baisse des impôts » ou « moi, Président, je n’augmenterai jamais les impôts », « socialisme = impôts supplémentaires » ; « =touche pas au bouclier fiscal ». C’est bizarre, mais François Fillon n’en a pas parlé. Et pourtant. Nicolas Sarkozy a beau dire le contraire, la hausse des impôts est inéluctable. Et la TVA doit être remontée, au moins dans la restauration, si ce n’est pas ailleurs (auto-entrepreneurs par exemple). Voilà ce que disent clairement plusieurs responsables de la majorité, UMP ou Nouveau Centre, qui parlent tout haut en France depuis quelques jours. Sénateurs ou députés, ils mettent en garde le gouvernement : pour réduire son déficit comme prévu (3% du PIB en 2013, soit 100 milliards d’économies), il va falloir toucher à la fiscalité. Selon eux, l’Elysée table sur une prévision de croissance en 2011 (+2,5%) irréaliste. Heureusement que ce ne sont pas les socialistes qui le proclament car, dans ce cas, ce serait totalement faux et partisan. Les sénateurs Jean Arthuis, président centriste de la commission des Finances, et Philippe Marini, rapporteur général du Budget, dangereux gauchistes, osent également ajouter leur grain de sel : «La France ne pourra pas échapper aux hausses d’impôts » déclare le Mayennais dans Le Figaro. Il plaide, entre autres, pour une hausse de la TVA (la plus injuste des méthodes), la création d’une tranche supplémentaire, la suppression des niches et du bouclier fiscal… (un hérétique du profit).
François Fillon, lui, ne veut pas encore en entendre parler : « Les mesures que nous avons décidées et qui vont être votées par le Parlement lors du vote du budget à l’automne sont des mesures sans précédent. Nous avons pris à bras le corps la question de la réduction des déficits dans notre pays »… sans parler de l’augmentation inévitable des recettes. On tue l’emploi public, on assassine les services publics, on exonère à tout va de cotisations sociales les entreprises, et vogue la galère pour les salariés qui résisteront à la crise… et qui deviendront des ouvriers, des techniciens, des cadres japonais ! Le Chef de l’Etat français, lui, commence à changer de ton, car il avait préféré lundi parler de « rigoureux », car « le mot ‘rigueur’ est connoté en France »…. Mais qu’est-ce que les gens s’en moquent ! Ils constatent tous les jours qu’on les prend pour des « idiots »… pour ne pas employer le mot « c… » qui est connoté en France depuis que de Gaulle a parlé de « veaux » ! Il emploiera le mot « rigueur » lors d’un prochain déplacement coûteux (le dernier a coûté 856 euros la minute)… en France, car à l’étranger c’est devenu trop cher !

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