La violence submerge les digues sociales

Brice Hortefeux demeure véritablement la voix de son maître, tant il s’efforce de masquer les réalités et de donner le change alors que tout s’écroule autour de lui. Il a lentement quadrillé le territoire national avec des hommes à lui, c’est à dire avec des amis qui veulent beaucoup de bien au Chef de l’État français. Il a claironné sa réussite en utilisant le principe voulant que l’on puisse faire dire aux statistiques tout et le contraire de tout. Il a réussi l’exploit de se faire condamner par la justice de son pays pour des propos qui trahissaient un sens de l’humour « brun » particulièrement républicain. Il saute sur tous les faits divers pour bomber du torse, promettre une karchérisation des coupables et surtout rappeler combien il tente de lutter contre une violence galopante. Le problème c’est que toutes ces déclarations tombent à plat, puisque jour après jour, la « crise » sous toutes ses formes génère des phénomènes incontrôlables qui constituent autant de fragments d’une bombe sociale à retardement. Il faut être sanglé dans des certitudes politiciennes pour ne pas constater que la « machine » dérape.Le feu couve dans les banlieues et les braises n’attendent qu’un coup de vent pour se rallumer. Comme il n’y plus aucun lien social par extinction des aides au lien social, par la raréfaction des personnels dédiés à l’éducation, à la formation, au sport, à la culture, la jachère des esprits laisse pousser les herbes folles de la haine. C’est une certitude, on n’arrivera pas à la fin de 2010 sans un épisode dramatique dans ces zones de non-droit dans lesquels la paupérisation économique n’est masquée que par des circuits d’une économie parallèle, qui est devenue indispensable. La survie de milliers de familles passera bientôt par les rentrées plus ou moins avouables de combines diverses, souvent conduites par les enfants, les jeunes ou les adultes sans travail. Toute intervention provoquera immédiatement un réflexe d’auto-défense non maîtrisable.
Cet été, on aura les prémices de ce qui deviendra tôt ou tard un problème crucial. Tirs entre manifestants et forces de l’ordre, voitures et commerces incendiés : de violents incidents ont éclaté dans la nuit de vendredi à samedi à Grenoble après la mort d’un braqueur de casino tué la nuit précédente lors d’un échange de tirs avec la police. Un homme, manifestant au sein d’un groupe d’une quarantaine de personnes, a sorti une arme de poing et tiré en direction des forces de l’ordre. Celles-ci ont été mobilisées en grand nombre toute la nuit, notamment des CRS, dans le quartier de la Villeneuve, d’où était originaire le braqueur tué. Les policiers ont alors ouvert le feu afin de disperser la foule et d' »assurer leur sécurité ». Ce n’est ni plus ni moins que de la guérilla urbaine.
« Pour les incendies de véhicules, on en est à plus de 30. Un magasin d’automobiles a été pillé et incendié », a déclaré la directrice départementale de la sécurité publique de l’Isère… qui va trembler à chaque conseil des ministres car elle risque une promotion au… démérite. De petits groupes de casseurs s’en sont pris à coups de battes à des abribus et un tramway, et des gaz lacrymogènes ont été tirés… des balles ont été retrouvées. En fait, n’importe quelle cause, même indéfendable moralement, provoquera des phénomènes identiques puisque toutes les politiques (même les plus généreuses) ont échoué. Ruiné, l’Etat n’a plus que des rustines financières à proposer et comme, dans le même temps, il étrangle toutes les politiques de proximité avec une inutile réforme des collectivités territoriales, il creuse un précipice entre des territoires en déserrance et d’autres préservés. Pour le 14 juillet, ce sont des centaines de véhicules qui ont été incendiés en France, mais le Ministère a interdit la publication des statistiques locales et nationales… pour éviter une mise en cause de l’efficacité de la politique « hortefusienne ». Le pire, c’est qu’à côté de cette réalité urbaine commencent à poindre des foyers de gangrène violente dans diverses zones antérieurement préservées.
Une cinquantaine de gens du voyage ont par exemple attaqué la gendarmerie de Saint-Aignan , charmante bourgade de 3 500 habitants dans le Loir et Cher chanté par Michel Delpech, munis de haches et des barres de fer, pour protester contre la mort d’un des leurs, tué par un gendarme dans la nuit de vendredi à samedi après avoir forcé un contrôle. La paisible commune de Saint-Aignan, 3.400 habitants, a été réveillée dimanche matin par un inhabituel face-face entre gendarmes et gens du voyages. Trois cents militaires sont déployés pour sécuriser la zone et « s’opposeront à toute reprise de violence », a annoncé la préfecture. Encore tous les stigmates de la dérégulation sociale. Armées de haches et de barres de fer et cagoulées pour certaines, une cinquantaine de personnes s’en sont pris violemment à la gendarmerie. Après avoir essayé de forcer le portail d’entrée, elles ont brûlé plusieurs voitures, tronçonné des tilleuls, et mis à terre des feux tricolores. Une boulangerie a également été dévalisée… Une violence absolument similaire à celle des banlieues qui, bien évidemment, va générer une visite sur place du Ministre de l’intérieur… s’il peut arriver à se déplacer partout où il y a le feu.
«Si je comprends parfaitement la douleur d’une famille qui perd un enfant de 22 ans, je ne tolère pas que l’on se fasse justice soi-même. On peut le comprendre, mais pas l’accepter. Laissons faire la vraie justice», a confié le maire de cette bourgade. « La vraie justice ? Vous avez dit la « vraie justice » ? Comme c’est bizarre… La « vraie justice » ? Il veut probablement parler de celle qui se donne en spectacle pour construire cette fameuse République irréprochable… qui nous avait été promise. Comme chaque jour, un démenti formel est apporté, et que plus personne n’y croit, il faut se préparer à ce que chacun pense qu’il lui appartient de faire sa propre justice. La pire de toutes.

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4 réponses à La violence submerge les digues sociales

  1. Michel d'Auvergne dit :

    Chalut à tous,
    Ce serait un peu exageré de dire que, nous autres auvergnats, avons expedié Brice Boutefeux se faire élire ailleurs… Mais il y a un peu de cela et sa notoriété souffre beaucoup du verdict des urnes locales, il lui est plus facile de bomber le torse que de réfléchir, autrement dit, sans vouloir verser dans l’humour facile, la couleur roussie qui le caractérise n’a rien à voir avec une quelquonque surchauffe cérébrale. A ce titre il n’est pas un élément isolé dans l’équipe actuellement aux manettes. Taire le chiffre des voitures brulées c’est avouer l’echec des politiques mises en oeuvre et les affaires de Grenoble et de Saint Aignan confortent cet aveu, elles sont un cran franchi très grave et on va (A la vitesse grand V !) vers une situation qu’il deviendra impossible de maitriser quels que soient les moyens employés.

  2. Pascal PILET dit :

    Je partage l’avis de Jean-Marie. Le feu couve. Lors des dernières émeutes dans les quartiers, les élus locaux, les militants associatifs, avons su désamorcer les violences… Cette fois-ci, les choses seront plus difficiles. D’abord parce que les choses ont plutôt empiré dans les quartiers… Ensuite parce que nombre d’associations ont disparu faute de moyens, et que celles qui restent sont tellement engluées dans la bataille pour leur survie financière, qu’elles ont aussi moins d’énergie à investir dans la régulation sociale. La circulaire du 18 janvier 2010 menace directement leur existence… au motif que leur subventionnement fausserait la concurrence ! La politique actuelle de démolition des solidarités, de mise en panne méthodique de tout ce qui fonctionnait à peu près dans notre République aura un prix… Un prix lourd, dont on ne devrait pas tarder à s’apercevoir.

  3. PIETRI Annie dit :

    Gagné, Jean-Marie, Heurtefeux était cet après-midi à Saint Aignan ! Et j’ajouterai à la liste des « incidents » que tu relates, un autre incident dont aucun journal n’a parlé, et qui s’est déroulé vendedi à Nice….Il a opposé la police …aux pompiers, qui manifestaient pour leur retraite. Des affrontements très violents selon mes informations, qui ont conduit quelques pompiers à l’hopital ! Le Préfet a déclaré que la manifestation n’était pas autorisée, or une demande d’autorisation avait été envoyée à la préfecture, et était demeurée sans réponse…Les pompiers en ont conclu qu’elle n’était pas interdite, et que « qui ne dit mot consent ». Grave erreur au pays d’un certain Estrosi….Les pompiers demandent que les bandes des vidéos surveillance généreusement installées par le maire sur la place Masséna, où se sont déroulés les incidents, soient visionnées….
    Mais cela fait partie des « événéments » que les médias doivent soigneusement garder sous silence !

  4. Michel d'Auvergne dit :

    Sur le site du « point.fr » on peut lire les lignes suivantes
    « Selon la version de la préfecture, les pompiers ont essayé de franchir, à coups de pieds et de poings, un cordon de police : « Ce sont eux qui ont chargé les policiers et ceux-ci se sont défendus. » Le premier syndicat de gardiens de la paix, Unité SGP police FO, s’est dit dans un communiqué « profondément choqué du comportement inadmissible de quelques sapeurs-pompiers ». Le maire UMP de Nice, Christian Estrosi, après avoir rappelé que la manifestation n’était pas déclarée et donc illégale, a également jugé le comportement des pompiers inacceptable : « Je trouve inacceptable qu’une petite poignée d’irresponsables se permettent, par leur comportement, d’entacher l’image de toute une corporation dont on connaît le sens du service public. »
    Si j’ai bien compris les CRS étaient en excursion et sont tombés par hasard sur les pompiers. Guignol n’est pas uniquement lyonnais !

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