Instantanés d'été (13) : un cochonnet bling-bling…

Le bling-bling va bien au bronzage et aux âmes réputées bien nées. Il se pratique dans des lieux ouverts au bon peuple qui peut ainsi constater que, si la lutte des classes est devenue une idée saugrenue, elle peut avantageusement être remplacée par le spectacle offert par la caste médiatique vivant exclusivement sur les apparences. Il faut avoir vécu dans cette ambiance estivale, très répandue sur les lieux de vacances qui comptent, pour en mesurer l’importance. Celles et ceux qui la cultivent ont des mains d’or pour parvenir à attirer les vedettes aux côtés desquelles les financeurs de leur scène hors du temps présent vont pouvoir se montrer. Le vacancier adore renter au bercail avec un autographe de l’une de ces personnes qui ne rentrent jamais dans son milieu, sauf par le truchement des étranges lucarnes. Un prix Nobel, un artiste peintre, un joueur de quilles ou un poète n’ont absolument aucun intérêt. La seule photo qui compte, la seule signature importante, seront celles qui font traverser l’écran au mythe.
L’intérêt d’un festival, d’un concert ou d’un concours de pétanque réside dans cette offrande qui permet d’améliorer sa notoriété, en proposant à ceux qui la possèdent de vous aider, par catalyse, à vous transmettre une part de la leur. Pas si facile qu’on peut le croire car un réseau soigneusement rémunéré et entretenu reste une denrée rare sur le marché. Il existe, certes, des accoucheurs estivaux qui favorisent l’éclosion de ces manifestations bling-bling, grâce à ce qu’ils appellent leurs relations. Elles acceptent de faire des apparitions en chair et en os pour peu qu’elles prennent leurs vacances à proximité. Elles le font avec plaisir, car elles savent fort bien que ce type de démarche contribue, grâce à la couverture médiatique qui ne manque jamais d’accompagner leurs sorties, où le naturel apparent renforce leur popularité et donc la rentabilité de leur image. On est dans le gagnant-gagnant. Le tournoi de pétanque de Starwest à Arcachon, dans le parc rococo de la villa mauresque, correspondait parfaitement à cette utilisation de l’encensoir pour messes bling-bling. La recette en est simple : on disperse au milieu de plus de 200 personnes, ravies de faire tourner la boule sur une terre incertaine, une douzaine de « stars » qui se connaissent très bien entre elles et qui sont prêtes à pactiser avec le sport populaire par excellence. Si les étoiles filent très vite, après les photos d’usage, elles ont eu le temps de distribuer leur lumière aux obscurs qui, eux, viennent à ce type de rencontre pour le seul plaisir du partage.
Le bling-bling gagne doucement le monde du sport. Il est pourtant incontestable qu’en cet été 2010 les footballeurs ont été tellement loin dans le mépris du public qu’un chevalier de la balle ronde n’a pas trop intérêt à se produire avec une « boule » en mains. Les rugbymen se sont donc résolument engouffrés dans la brèche car, justement, ils constituent depuis toujours l’antidote au poisson sirupeux qu’ingurgitent, à l’insu de leur plein gré, les supporteurs sur canapé. Le naturel gouailleur d’un Moscato pourrait, à la limite, absoudre tous les autres peoples de leur arabesques « pétanquestes ». Mais, assis à l’ombre avec ses potes de vieilles « troisième mi-temps », en éternel, l’animateur de RMC ne cesse de causer à son téléphone mobile, se désintéressant de ces mémés n’ayant d’yeux que pour les évadés de leur télé. Moscato n’a pas la gueule de l’emploi, et il est loin, très loin d’égaler Laurent Delahousse dont la frimousse de minet bronzé entre dans tous les salons arcachonnais. « Il est beau ! » lâche une mamie qui tend son cou à la manière d’une tortue vers la brochette de bling-blingueurs en tous genres, exposés en file indienne aux yeux ravis des appareils photo numériques de toutes tailles. Peu importe le tournoi de pétanque, ils seraient venus pour du ping-pong, de la pêche à la ligne ou du badminton puisque le seul objectif, c’est d’être sur le cliché !
Pendant ce temps, les autres s’évertuent à réconcilier une boule luisante en plein soleil avec un bibe qu’elle aspire à biberonner. Ils peinent, ils se cachent quand ils tombent sur ces pratiquants insatiables qui lancent, placent, pointent et tirent comme des chefs qu’ils ne sont pas, parfois, à la maison. Les matchs inégaux se succèdent sous un soleil de plomb, et dans une indifférence rassurante, puisque personne n’a à juger d’une maladresse notoire. L’anonymat au pays du bling-bling triomphant constitue un atout incontestable. Il sied à ces croyants-pratiquants qui pensent que la boule qui roule amasse la mousse de leur future notoriété, alors qu’elle se contente d’aggraver l’image détestable que l’on a parfois de son adresse. Impossible de se consoler, pusique le bling-bling a supprimé le traditionnel Ricard pour du Pacific au coco, aux fruits de la passion et à la menthe, que l’on peut consommer… sans modération !
Un directeur de casino cherche par tous les moyens à entrer dans le cercle fermé des triomphateurs. Il sait de quoi il cause quand il parle des caprices de la boule… mais il témoigne d’une état d’esprit détestable quand on annonce, à la fin de la mène, que « rien ne va plus ! » Les porteurs d’une splendide tenue blanche floquée du nom d’une grande marque de champagne font le spectacle, sans craindre qu’un contrôle antidopage mette en évidence un taux de « Pomerol » illégal dans leur sang. Une équipe se laisse facilement dominer pour mieux figurer dans le tournoi B, en connaissant les subtilités du règlement du tournoi… On trouve aisément son bonheur dans cette ambiance en marge de la grande scène de la « partie théâtrale », durant laquelle Gérard Jugnot se demande si le Maire des lieux ne serait pas un « petit Nicolas » formidable !
Les « Gitans » (comme disent le spectateurs avertis), livrés aux gémonies durant cet été par les exégètes de l’identité française, sont bizarrement ici les rois des tapis de gravillon fin. Les triplettes réunies par « tous pour un point et un point pour tous ! » ont su recruter ce jeune à l’allure élégante qui fait mouche à tous les coups. Plus question pour les têtes couronnées potentielles de vérifier si leur campement est légal ! C’est la face cachée de cette compétition…
Il faut avoir vécu, dans l’anonymat le plus complet, comme élu, ce déferlement de bling-bling exhibitionniste, pour se rendre compte que, dans le fond, la pétanque reste le plus convivial des sports pourvu que l’amitié passe avant tout le reste. En été comme tout au long de l’année…

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