Instantanés d'été (18) : les gens du voyage

Ils sont guettés avec impatience. S’ils sont venus, s’ils sont tous là, ils donnent le sourire à de nombreux français qui les attendent avec même une certaine anxiété. Seront-ils au rendez-vous de l’été ? Ce n’est pas la question que se posent encore les paloumayres d’Aquitaine, sur les vols de ces oiseaux bleus qui annoncent cet automne de tous les excès colorés, pas plus que les enseignants qui savent déjà qu’ils auront davantage d’élèves par classe. En fait, au moment du 15 août, dans tous les offices de tourisme, on comptabilise méticuleusement leur passage. Cette année, il paraît que nous en avons accueillis beaucoup plus que nous n’en avons… expulsés. Et c’est ça la bonne nouvelle, car le principe des vases communicants ne fonctionnant pas, ils remplissent davantage les caisses qu’ils ne les vident. La France devient en été une terre d’asile pour étrangers friqués, mais… dans quelques mois, il en ira tout autrement.
Cette année aura été, selon tous les analystes, un bon cru. Leur nombre… dans un sens comme dans l’autre, atteint des niveaux records. Ainsi « Boute-feux », spécialiste du retour au pays, a réussi à créer une situation explosive, avec des déclarations fracassantes, sur la nécessité de veiller à ce que tous les… gens du voyage lèvent le camp. Hier encore, il délogeait des caravanes, il détruisait des campements de fortune, il offrait des billets d’avion gratuit à des familles entières. Ce gars là, Auvergnat de résidence, fait des efforts de promotion, afin que les étrangers qui passent en France soient uniquement ceux qui l’aiment, et que ce ne soit pas comme les autres qui ne font que profiter des avantages de toute nature, avant de la quitter ! Les premiers envahissent nos plages, grimpent sur nos montagnes, pédalent dans nos campagnes sous le regard bienveillant des forces de l’ordre et des acteurs économiques, qui souvent emploient les « autres » pour satisfaire les besoins de confort de ceux qui viennent pour se reposer.
L’été 2010 restera celui de cet étrange chassé-croisé qui ne préoccupe qu’un seul bison, pas très futé, mais bardé jusqu’aux dents de certitudes. Les uns bronzent sous un soleil d’or, alors que les autres sont priés de revenir vers un soleil sans pitié. Mais le succès de la saison touristique passe par ces tristes réalités. En fait, dans tous les organismes officiels de promotion de cette Nation généreuse qu’est la France, on cogite afin de faire venir sur le territoire le maximum des détenteurs d’un visa touristique. Le gagne pain de tellement de Françaises et de Français dépend désormais du tourisme, que plus personne ne met en cause la nécessité absolue d’exploiter, au sens premier de ce verbe, les atouts de nos contrées. Partout, un Anglais, un Canadien, un Américain, un Néerlandais, un Allemand, un Espagnol, un Danois, un Belge, un Chinois, un Australien, un Brésilien…quelle que soit sa religion, ses convictions, la couleur de sa peau ou sa fortune, bénéficiera de toutes les attentions. Elles seront d’autant plus nombreuses que le compte en banque de l’intéressé(e) le mérite.
On dit même que cet été, les milliardaires russes de « Poutinie » triomphante sont au rendez-vous, et que les émirs saoudiens avec leurs épouses, plus ou moins voilées, retrouvent la Méditerranée, que les chefs des états africains avec famille et état-major sont installés dans les villas que méritent leur gouvernance… Bien évidemment, leur statut de « touriste bienséant » ne pose aucun problème majeur. Quels que soient les méfaits qu’ils aient pu commettre, ils ne seront pas inquiétés dans leurs logements… de fortunés et étoilés, puisque, eux, sont rentables, faute d’être respectables.
Nous avons eu tellement peur de les perdre avec cette fichue crise financière qui a fait s’effondrer le pouvoir d’achat des jeunes et moins jeunes, résignés à aller sous la toile, que maintenant, leur présence prend des allures d’aubaine. Alléluia ! Les étrangers ne boudent plus la France, et il paraît même qu’elle reste un Eldorado pour son climat, la qualité de ses sites et ses paysages, sa gastronomie et sa culture… Il existerait donc des prédictions ministérielles de gens bien intentionnés, prétendant que notre pays deviendrait à nouveau, cette année, la première destination touristique du monde. Nos festivals, avec des artistes venus de tous les pays, nos expositions des tableaux des plus grands peintres étrangers, nos musées gorgés de trésors pillés sur les autres continents…demeurent les principales richesses estivales.
Parfois, il faudrait une enquête de moralité sur ces chanteurs, ces peintres, ces sculpteurs, ces actrices ou acteurs, pour être certains qu’ils ne tombent pas sous le coup d’un retrait de cette nationalité française indûment accordée ! Certains boivent ou ont bu, d’autres ont fumé des substances illicites, quelques-uns ont eu des démêlés avec la police, et pire, avec la justice, la majorité a vécu dans l’exclusion ou au moins la précarité. Il faudrait faire une annonce, ou mettre un panonceau, pour bien informer les visiteuses et les visiteurs sur l’intérêt de la démarche de « Boute-feux » en pleine saison touristique.
Imaginez un peu qu’une organisation internationale malfaisante sabote cette embellie économique, en prétendant que «la politique française à l’égard des étrangers est indiscutablement discriminante » et que nos visiteurs ne se sentent pas en sécurité chez nous : un désastre pour la croissance ! Il ne manquerait plus que ces gens du voyage aient envie de ne plus venir chez nous pour laisser la place aux autres.
A celles et ceux qui découvrent le sens de l’accueil estival de la France en la parcourant, à la recherche d’un havre de paix où ils puissent simplement se poser, construire un avenir légèrement meilleur pour leurs enfants que celui qu’ils ont eu à ce jour, on propose un autre sort. Pour eux, les paysages, la culture, la musique, les plages, les montagnes, les rivières, le soleil, n’ont aucun sens, car leur quotidien prend le pas sur tout le reste. Heureusement que, dans le plateau de notre balance commerciale, ils ne pèsent pas grand chose. Ils peuvent donc revenir chez eux, à l’insu de leur plein gré. L’été des étrangers… se résume dans cette phrase extraite du livre d’Albert Camus : « l’absurdité est surtout le divorce de l’homme et du monde ».

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3 réponses à Instantanés d'été (18) : les gens du voyage

  1. Annie PIETRI dit :

    Passer huit jours à Nice par les temps qui courrent, sur les « terres » des sieurs Ciotti et Estrosi, grands pourfendeurs des « français d’origine étrangère » (dont ils sont eux mêmes, à l’instar de leur chef)a quelque chose d’irréel, difficile à raconter en quelques mots…Faire découvrir la ville, et la côte d’Azur, à des jeunes mi-savoyards, mi suisses, leur offrir le spectacle d’une ville quadrillée comme une forteresse parce que l’on est en plein Ramadan, et que faute de mosquée, les rassemblements et dévotions se déroulent dans la rue, en centre ville, constater que certains riverains, sans doute « français de bonne souche », arrosent en permanence les trottoirs au jet, alors que la pluie du ciel tombe à flot…c’est, pour ces jeunes, peu habitués à de tels débordements, quasi incompréhensible, et pour moi qui les reçois la honte absolue ! Inimaginable, révoltant…et totalement déprimant.

  2. Michel d'Auvergne dit :

    Salut à ceusses qui sont là !
    D’abord « Terre d’accueil » puis « Tapis rouge » et bientôt « Carpette élimée », voiturage et bronzage sont les mamelles de l’été. On comprend mieux la réforme des retraites si l’on admet que le tourisme dépasse les autres richesses en effet: on ne travaillera plus qu’environ trois mois par an !
    Allez ! Bonjour chez vous.

  3. maulin dit :

    D’accord avec le contenu de ton article. Toutefois je rajouterais pour l’avenir à la brochette de tous ces milliardaires que l’on reçoit en grande pompe( faut bien leur piquer le fric qu’on leur donne, échange commerciaux veut), celui du président du Niger qui sacrifie, dans l’indifférence quasi totale du monde, le peuple Touareg. (voir où se ravitaille la France en uranium). Au moins ceux-ci ne viendront pas déranger, ces chers touristes friqués, de toute obédience religieuse, ou politique, sur la côte d’azur, ou autre. Nos hommes politiques actuels pourront dormir tranquilles

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