La réduction de la rentrée

Il y a exactement 5 ans que j’ai tenté le pari de tenir un blog, à l’incitation de mon fils et de l’un de ses amis, qui m’ont persuadé que je devais m’investir dans ce nouveau mode de communication. J’ai écrit depuis le 29 août 2005 plus de 2 000 chroniques quotidiennes, avec l’espoir de trouver des personnes intéressées par une autre vision de tous les aspects de la vie sociale. Certes, elles sont forcément inégales dans leur contenu et elles ne suscitent pas toujours l’intérêt espéré. Mais dans le fond, l’écriture nocturne ou matinale reste le plus sûr moyen de se libérer de la pesanteur médiatique organisée. Elle a certes toujours existé, mais elle devient tellement décisive dans ce monde où plus personne n’a le temps de vérifier l’envers du décor, que les valeurs de la démocratie sont en jeu. En fait, l’écriture devient au fil des mois un acte militant capital pour l’avenir.
Écrire, sans cesse écrire, pour tenter de convaincre et sortir de cette terrible misère qui s’empare des esprits. La facilité de se forger des opinions exclusivement sur une impression venue de l’image… Elle suffit à construire des certitudes faciles. Les fabricants de ces montages subtils, aussi millimétrés que des mécaniques horlogères, sont devenus les véritables fossoyeurs de l’écrit, car ils savent bien que l’oral réducteur supplante lentement l’explication citoyenne. Personne n’échappe à cette loi de la désinformation organisée, d’autant plus aisée que désormais un texte dépassant 2400 signes est condamné à mourir sans lectrices ou lecteurs. C’est là probablement mon erreur, comme me le signalait hier l’un des habitués de ce blog… « C’est trop long ! Surtout quand on doit lire tes chroniques sur un écran d’ordinateur ! » Combien de fois ai-je entendu ce reproche, du temps où j’écrivais pour la presse, avec un conflit entre le principe journalistique qui m’a toujours hanté : « je n’ai pas le temps de faire court ! » et celui de l’enseignant qui souhaite toujours produire des textes exhaustifs et argumentés. Le choix est terrible, puisqu’il faut se résoudre à se comporter comme les tenants d’une vision réductrice des faits et des arguments.
Il faut donc, en entrant dans la sixième année, prendre de nouvelles résolutions et m’adapter à la nouvelle donne de la communication : court, synthétique, fonctionnel, pour faire survivre le blog. Augmenter le nombre de photos, faire des comptes-rendus télégraphiques (twitter devient exemplaire de cette dérive) et éviter… d’écrire au sens où je l’aime. Un chapelet de « petites phrases » devient l’outil de la religion du paraître et permet d’exister, d’autant que les autre supports se moquent pas mal des états d’âme d’un élu local marginal qui ne participe pas aux luttes pour le vrai pouvoir, celui qui se construit grâce aux complicités médiatiques. Inutile d’espérer modifier ces réalités qui font que les « échanges de services » sont devenus les clés de la vie sociale. Partout se nouent des « complicités », se créent des « faux semblants », se montent des « truquages » transformant des vessies troubles en lanternes de vérités toutes faites. Impossible de dénoncer ce système complexe, sauf à se condamner tôt ou tard à être détruit par ceux qui l’animent chaque jour.
Vous trouverez donc des chroniques plus réduites, plus locales, sur ce blog, afin de répondre davantage à votre attente. J’espère que ça évitera de passer ici sans avoir envie de vous y arrêter. La saison 6 sera donc celle de l’austérité… J’ai au moins le mérite de le reconnaître, contrairement à d’autres. A vous de juger !

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9 réponses à La réduction de la rentrée

  1. Marae dit :

    Il faudra attendre pour savoir si ce choix est le bon… mais il est dommage qu’il doive se faire: « Augmenter le nombre de photos, faire des comptes-rendus télégraphiques (twitter devient exemplaire de cette dérive) et éviter… d’écrire » reste un pari difficile pour « dénoncer ce système complexe »…
    Je souhaite qu’il soit un bon choix!
    Amicalement

  2. olivette dit :

    effectivement ,dommage, de prendre cette voie, soit ,les lecteurs sont multiples et variés ,l ‘auteur ,lui, singulier ,ne devrait il pas rester lui-meme, dans son ecriture ?

  3. J.J. dit :

    Je suis d’accord, il est difficile de faire un choix, ayant peur d’oublier quelque chose, car souvent tout semble esentiel !

    Mais on peut ménager la chèvre et le chou, selon l’interêt de l’actualité : une majorité de textes courts genre « bulletins d’information ».
    Et de temps en temps notre chroniqueur préféré pourra se lâcher sur un sujet qui lui tient plus à coeur que d’autres.

    Ce serait regrettable qui tu nous prives de ton talent de rédacteur pour t’en tenir à une actualité « séche ».

    Bon courage pour la suite.

  4. danye dit :

    Jean Marie , je partage les écrits précédents… Que tu sois fatigué , déçu voir irrité devant certains comportements!

    ….Nous pouvons tous le comprendre !
    Ne pas nous priver de toutes ces vérités criantes que tu écrits ou que nous apprenons par le biais de ce blog Je te remercie de continuer tes coups de coeur …tes coups de gueule » cela ouvre les yeux et réveille tellement de personnes acculées au désespoir !
    Les bouts de papier noircis à la hâte sans odeur , sans couleur avec des n’importe quoi pour faire du fric sont en baisse par les acheteurs … <se renseigner auprès des maisons de la presse !! la fatigue ,d'être pris pour des pigeons arrive de plus en plus vite et les citoyens se réveillent enfin !Il faut poursuivre ton engagement . Bon courage Nous pouvons gagner .

  5. PIETRI Annie dit :

    Je t’ai écrit dès hier soir, ailleurs,les craintes et les regrets que m’a inspiré ta décision de « réduire » tes textes…J’ai lu et relu ce que tu as écrit, j’y ai beaucoup réfléchi, et j’ai lu aussi les commentaires de tes lecteurs les plus fidèles…
    Tu écris « …l’écriture nocturne ou matinale reste le plus sûr moyen de se libérer de la pesanteur médiatique organisée. Elle a certes toujours existé, mais elle devient tellement décisive dans ce monde où plus personne n’a le temps de vérifier l’envers du décor, que les valeurs de la démocratie sont en jeu. En fait, l’écriture devient au fil des mois, un acte militant capital pour l’avenir. »
    Entièrement d’accord ! Alors, pourquoi justement renoncer maintenant à cet acte militant ? Pourquoi renoncer à nous faire réfléchir, pourquoi renoncer à nous convaincre, pourquoi renoncer à tenir éveillée la « conscience citoyenne », pourquoi te résoudre à te comporter « comme les tenants d’une vision réductrice des faits et des arguments ». Pourquoi accepter de te soumettre à « l’opinion dominante » : cela ne te ressemble pas du tout et tu n’as pas le « droit » de te décourager et de nous décevoir !
    Si tes textes ont été un peu longs au début (2005 à 2008),-mais quel régal !- ils sont devenus beaucoup plus courts depuis le 1er juillet 2009. Alors, ceux qui les trouvent trop longs ne peuvent qu’être intellectuellement paresseux (qu’ils me pardonnent ce jugement…) Ceux qui n’arrivent pas à lire sur un écran d’ordinateur sont de mauvaise foi : la plupart arrivent bien à lire les sottises de facebook sur leur portable !!
    Je ne pense pas que des chroniques plus réduites (tu n’as pas que des lecteurs pressés) ou plus locales (tu n’as pas que des lecteurs locaux – pense à l’Auvergne, au Lubéron, et à la Côte d’Azur, entre autres…- répondront davantage à l’attente de ceux qui aiment te lire.
    Je partage totalement l’avis de J.J., qui est un fidèle parmi les fidèles. Si un jour, tu es fatigué, si l’actualité ne présente pas d’intérêt -ce dont je doute au cours des mois à venir – fais court, nous le comprendrons ! Mais de grâce, ne renonces pas à ce qui nous a fait aimer tes chroniques. Ne renonces pas à ces textes lucides, percutants, dont nous aimons tant le style et la vivacité.
    Et pense aussi à tous ceux qui te lisent sans faire de commentaires, parce qu’ils n’osent pas ou parce qu’ils n’en ont pas le temps. Ceux-là aussi aiment ce que tu écris, et seront déçus de ne plus avoir, quotidiennement, leur « piqure de rappel citoyenne »!

  6. Michel d'Auvergne dit :

    Les autoroutes de l’information saturent les petites routes de campagne de nos cerveaux à partir de 2400 véhicules/heures, pardon, signes/texte… Et en plus tu veux ajouter des poids-lourds, heu pardon des photos ?
    Le tout est de savoir si tu veux continuer à apporter à tes lecteurs de quoi se forger une opinion (C’est un art difficile mais payant) ou si tu veux, comme cela devient la règle, les « panurger ».(c’est beaucoup moins de boulot)
    Tu nous fais régulièrement des crises, mais tu sais bien qu’on t’aime comme ça !
    Allez, bonjour d’Auvergne à tout le monde !

  7. Catherine dit :

    Le fond & la forme : temps mort svp
    ——
    Une info = des faits, mis en musique par des media qqfois castrateurs (cf:audimat)
    Un blog = le ressenti de ces faits là, leur mise en lumière
    ——
    Il NOUS appartient de prendre le temps de faire la synthèse de ces 2 approches
    Il T’appartient de nous faire part de ta lecture de ces faits là

  8. Suzette GREL dit :

    Entièrement d’accord avec Annie!!
    Laisse couler les mots comme tu les ressens, longs ou courts, mais à la « Jean-Marie…avec cet accent de vérité qui parfois nous agace mais ne nous laisse pas indifférents et nous oblige donc à réfléchir.

  9. Christian Coulais dit :

    La question citoyenne :
    Souhaitez-vous des textes un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout longs ?
    Et té quant on a pas le temps, on le met sous le coude ton blog, pour plus tard…té ressers moi une anisette que je lise celui d’hier !

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