Brice joue la provocation utile

«La France n’appartient pas aux casseurs, aux pilleurs, ni aux caillasseurs. La France appartient aux honnêtes gens qui veulent travailler paisiblement», a déclaré le ministre de l’Intérieur lors d’un point-presse à l’Hôtel de Police, après une courte réunion avec des responsables policiers et préfectoraux. Dénonçant une nouvelle fois les «1 300 casseurs, dont environ la moitié de mineurs, qui ont semé la terreur (sic) mardi » dans le centre-ville de Lyon, pillant (sic) «une dizaine de magasins», détruisant des abribus et brûlant plusieurs voitures, il a promis «que leurs actes ne resteraient pas impunis». «Si les victimes des pillages ne sont pas couvertes par les assurances, la solidarité nationale s’exercera», a-t-il promis, annonçant qu’il avait demandé au préfet du Rhône la mise en place d’«une cellule d’indemnisation des victimes». Cette extraordinaire série de rodomontades est l’œuvre de l’ineffable Brice « Croixdefeu », qui fait, comme chacun le sait dans la nuance absolue. Il fait des déclarations fracassantes comme celles que son mentor avait effectuées en promettant de « karchériser les banlieues », alors qu’il était ministre de l’intérieur. C’est le poste qui veut ça : incapable de juguler des débordements condamnables, il excite le populisme sécuritaire le plus vil de l’électorat, fonds de commerce de l’extrême droite.
Dans le fond, il adopte une technique habituelle du sarkozisme, consistant à toujours trouver un bouc émissaire pour ses propres erreurs ou faiblesses. Mais comment se fait-il qu’après les multiples réformes opérées dans les services de police, la France soit, chaque fois qu’il y a le moindre débordement , dans l’impossibilité de rétablir l’ordre républicain ? Mais si Brice « Croixdefeu » était aussi efficace qu’il l’affirme, si ses statistique bidonnées sur les incivilités et la délinquance étaient merveilleuses, comment est-il possible de croire qu’une centaine de « casseurs » puissent, dans une grande ville comme Lyon, mettre l’ordre républicain en péril ? Il manque sûrement des centaines de caméras de surveillance pour éviter pareils incidents. N’existe-t-il pas dans ce pays des services spécialisées, qui pondent des notes sur les dangers des mouvements de ce type ? que font à Lyon les ex-R.G., puisqu’ils sont incapables de prévoir ces afflux de personnes connues vers le centre d’une ville ? Il y a des explications plausibles : ne sont-ils plus assez nombreux pour mener leurs missions de renseignements ? Ont-ils d’autres missions plus politiques que sociales ? Le savent-ils, mais a-t-on mis leurs rapports sous le coude ? A-t-on volontairement laissé filer les événements ?
Dans une démocratie comme la nôtre, toutes ces supputations sont totalement absurdes, puisque l’on sait que l’appareil de l’Etat actuel est neutre, efficace et capable, malgré la RGPP, de faire face à toutes les situations dangereuses ! Quels Français en lutte pour faire face à la violence sociale faite aux salariés actuels et aux salariés de demain peuvent un seul instant imaginer que ce type d’éruption malvenue est totalement innocente ? Certes, il y a les adeptes des grandes émissions religieuses de 20 heures qui évangélisent les troupes et présentent Brice « Croixdefeu » comme une sorte de Clemenceau pouvant libérer les « automobilistes otages », (mais surtout pas ceux qui croupissent depuis 300 jours en Afghanistan !) et mater ces délinquants venus des zônes en désherence sociale. D’ailleurs, il a prouvé qu’il avait les capacités à démontrer que ces gars là ne faisaient pas plus peur à lui qu’à ses services. Trois personnes qui s’en prenaient verbalement au ministre, venu inspecter les dégâts provoqués par des groupes de jeunes à Lyon et faire une provoc’, ont été interpellées par la police. Ouf ! Des casseurs coincés, au cœur d’un combat de rues musclé. En fait, il n’y avait qu’une… dizaine de jeunes, qui ont hué Brice « Croixdefeu » qui descendait la rue Victor Hugo, où de nombreuses vitrines ont été brisées mardi, et crié sur son passage « fasciste », « raciste » ou encore « t’es pas le bienvenu ici ». Aussitôt, les fins limiers de la police qui entouraient le visiteur, ont fondu sur elles et trois ont été interpellées sur le champ. Si ça, ce n’est pas de l’efficacité, je n’y connais rien ! Ouf… nous sommes protégés et nous pouvons prendre dans un fauteuil roulant, une retraite paisible sans crainte d’être poussés dans les orties de l’insécurité galopante. Le seul qui risque quelque chose, c’est le Préfet qui n’a pas pu empêcher ces cris et qui ensuite n’a pas maîtrisé la révolte. La jurisprudence de la mauvaise conduite de Grenoble, faite à un loyal serviteur de la république, va s’appliquer : viré dès demain par le Chef de l’Etat français.
Dans une démocratie apaisée, qui fonctionne sur la base du respect mutuel, de l’écoute, du partage des idées et qui ne repose pas sur l’affrontement fabriqué, ce type de comportement serait impossible. Je suis de ceux qui pensent que le gouvernement applique un principe voulant que rien ne saurait remplacer une « bonne guerre » pour se redonner une image de « sauveur ». Il y a dans, ce cas là, deux solutions : où vous provoquez pour ensuite vous mettre en valeur dans le combat, ou vous exploitez les faiblesses du camp adverse pour obtenir des victoires morales faciles. Les dépôts pétroliers de La Rochelle, du Mans et de Donges, en Loire-Atlantique, ont ainsi été débloqués dans la nuit dernière, avec l’intervention des forces de l’ordre. Mais celui de Donges a été aussitôt rebloqué puis partiellement libéré. Ceux de Caen, Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) et Brive ont été bloqués puis débloqués, tandis que ceux de Ouistreham (Calvados), Brest, et Illzach (Haut-Rhin) sont toujours paralysés. Des va-et-vient qui traduisent la stratégie des grévistes, qui ont toute la journée joué au chat et à la souris avec la police lors d’actions ciblées, entre blocages, piquets de grève, barrages filtrants et opérations escargot sur les routes. Il faut expédier l’armée, comme dans les rues de Marseille, pour remplir les camions citernes après les camions bennes de déchets ménagers, il faut déployer les « flashballeurs » bleus de la république, ceux qui tirent plus vite que ces manieurs de ballons débiles ayant raté leur cible en Coupe du monde, il faut arrêter tous les jeunes qui dénoncent le comportement de Brice « Croixdefeux » et ouvrir un numéro de téléphone gratuit pour que l’on puisse dénoncer les grévistes récidivistes. Demain, le ministre ira jeter de l’huile sur le feu en d’autres lieux, accompagné de caméras complaisantes non-grévistes. Il répètera : « retenez-moi où je vais faire un malheur ! » alors qu’il n’est pas mécontent de n’avoir à montrer ses muscles avant que la semaine prochaine, quand les sénateurs centristes se seront couchés (Modem compris, car on se demande où est passé Bayrou ?), il puisse passer sous l’Arc de la réforme réussie, nouveau monument à la gloire du libéralisme débridé !

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5 réponses à Brice joue la provocation utile

  1. baillet gilles dit :

    Bonjour,
    je ne comprends pas l’espoir qui est mis dans les sénateurs centristes. Cette loi va passer au parlement. Seules la détermination des grévistes et des manifestants pourra faire reculer la bande au pouvoir!

  2. E.M. dit :

    Le président de la République a dénoncé jeudi les grèves et les blocages qui accompagnent la contestation de la réforme des retraites, estimant qu’on « n’a pas le droit de prendre en otage des gens qui n’y sont pour rien ». (AFP)

  3. E.M. dit :

    @ Gilles
    Il faut tout de même continuer à croire en la Démocratie… Il est dangereux de tout miser sur la rue… Jean-Marie écrit : « Je suis de ceux qui pensent que le gouvernement applique un principe voulant que rien ne saurait remplacer une « bonne guerre » pour se redonner une image de « sauveur ». »
    Je partage son avis… Ce n’est pas à toi que nous allons rappeler l’Histoire…
    Gilles, l’extrême gauche n’est-elle pas en train de tomber une nouvelle fois dans le panneau ?
    Je sais, c’est difficile de faire autrement… Mais le chaos ne résoudra rien.

  4. Michel d'Auvergne dit :

    Les retraites des sénateurs fussent-ils « centristes » n’ont rien à voir avec celles de la « réforme », il n’y a aucun sénateur assez imbécile pour croire que ces textes sont censés pérenniser le système de répartition, je ne suis pas politologue mais je prétends que les débats et les votes qui les suivent sont volontairement déconnectés des volontés gouvernementales… Et ça n’ajoute pas du crédit à la politique pour le chaland ordinaire. La démocratie ne peut être sauvée que par l’éducation citoyenne et l’émergence d’un débat démocratique digne de ce nom, il y a du boulot !!
    Jean-Marie l’explique très bien.
    Le chaos ne profiterait à personne mais surtout pas à Sarkozy, contrairement à ce qu’on croit, reste à savoir jusqu’où sa forfanterie réussirait à l’éviter…
    Brice est un « treizain de coutelier », une honte auvergnate, mais il a le mérite de ne pas déparer l’actuel exécutif.

  5. Michel d'Auvergne dit :

    Savez-vous que le dénommé Estrosi est fâché contre Molex qui refuse le financement du plan social de sa dernière éradication d’emplois, le rapport avec les retraites ? Comment convaincre le « capital » de mettre la main à la poche alors qu’il regarde de haut un Estrosi, qui, lui-même, toise avec ironie un Ministre du travail au bord de la mise en examen qui, lui, nous jette un oeil concupiscent ?
    Je sais c’est dur !
    Je ne vous livre pas un « scoop » puisque l’affaire est au jour depuis quelques temps, ça me fais penser au Canada dont Jean-Marie nous vante… L’humanité depuis quelques jours !
    http://www.lepoint.fr/economie/malakoff-mederic-le-frere-de-sarkozy-soupconne-de-tirer-profit-de-la-reforme-des-retraites-28-10-2010-1255629_28.php

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