Tombe la neige…ils ne viendront pas ce soir !

Il est devenu tellement facile de tromper l’opinion publique que plus personne ne s’intéresse véritablement à l’information. Elle se déverse dans des consciences avec la même efficacité que les vagues sur une plage déserte. Aussitôt arrivée, aussitôt remplacée, après avoir été effacée puisque, par principe, l’une efface les traces de l’autre. Ainsi, la France va voir revenir l’événement numéro un de cette fin d’année : les chutes de neige en hiver ! Il faut avouer qu’en matière d’exceptionnel, on ne saurait mieux faire que de la neige en hiver. D’ailleurs, sa chute a provoqué une bien belle polémique dont se gave le pays pour masquer la triste réalité où il se trouve. Il est vrai que les dérapages sur le verglas glissant des idées n’affolent plus personne.
La liste des situations des membres du gouvernement s’allonge de jour en jour, sans que rien ne puisse dévier la courbe positive des sondages en faveur du chef de l’Etat français et de son ex-« collaborateur » devenu de fait le patron des « actionnaires » majoritaires de l’UMP. Il s’est vautré dans le précédent épisode neigeux en critiquant Météo France. Il n’a, a priori, toujours pas digéré son « loupé » suite à la pagaille provoquée par quelques centimètres de poudre blanche dans la sacro-sainte région parisienne, car ailleurs, nous n’aurions eu droit qu’au plus profond mépris ! « On n’a pas été bons, et moi le premier, en matière de communication sur la neige », a reconnu mardi François Fillon, selon des participants à une réunion hebdomadaire, à huis clos, du groupe UMP à l’Assemblée nationale. On se demande bien pourquoi ils font des réunions à huis clos dans ce parti, puisque c’est au moins aussi inutile qu’au PS, dont ils se gaussent en permanence.
Poursuivant son mea culpa, le Premier des ministres a rappelé à ses fans qu’il avait « parlé à partir d’informations qui n’étaient pas bonnes !». En déplacement à Moscou la semaine dernière, pendant les intempéries, il avait mis en cause les spécialistes de la météo, pour expliquer le chaos sur les routes d’Ile-de-France. « Il faudrait s’astreindre à ne jamais parler quand on est loin », a-t-il reconnu. Ouf ! Deux vérités prononcées à huis clos. Dommage. D’abord, il a reconnu qu’il lui arrivait d’exploiter de fausses informations pour excuser l’incurie gouvernementale, et c’est une avancée considérable que l’on devra à une bourrasque annoncée mais non maîtrisée. Impossible de ne pas noter que cette modestie qui déroute a été, encore une fois, un contre pied parfait pour Brice « Croixdefeu ». Lui, il n’avait rien noté d’anormal et avait par ailleurs jugé « impossible » la répétition du chaos de janvier 2003, quand des milliers d’automobilistes avaient été contraints de passer la nuit dans leur voiture en Ile-de-France.
En fait, la vérité était tout autre et malheureusement elle a été passée sous silence. Peu de médias ont rappelé l’importance du réseau de routes dites « nationales » vers et autour de Paris. Or il se trouve que ces grands axes bénéficiaient, antérieurement, d’un entretien effectué par feu la Direction de l’Equipement (DDE) qui avait à sa disposition un « parc » avec les engins ad hoc.
Dans sa frénésie de diminution de ses effectifs, l’Etat, seul garant de la sécurité des biens et des personnes, s’est délesté de la très grande majorité de ces services vers les Conseils généraux et leur a même expédié des routes nationales en mauvaise posture, car il n’avait plus les moyens de les entretenir. C’est devenu une habitude ! Il a agrémenté ce tour de passe-passe d’une couche de RGPP, en créant de vastes itinéraires gérés par une poignée de fonctionnaires ayant échappé au transfert obligatoire. Peu, très peu de matériel, peu et très peu de personnel de terrain et un soupçon de neige, et les grands axes ne seront jamais dégagés quelles que soient les réunions de crise programmées. Et si les grandes radiantes publiques sont enneigées, la pagaille se reporte inexorablement sur les autres routes du réseau secondaire.
Brice « Croixdefeu » a été une fois encore au sommet, avec une déclaration aussi fracassante que celle relative aux policiers « injustement » condamnés :  » Ce qui pose problème, dans ces épisodes neigeux extrêmement forts, ce sont les routes lorsqu’elles sont inclinées « . Avouez que pour trouver pareille excuse, il faut au moins être Ministre ! Pas question de reconnaître que, dans tous les secteurs de la vie sociale (santé, éducation, justice, sécurité), les premiers effets de la politique de destruction des services publics se font ressentir ! Et ce n’est qu’un début… Au moindre événement, il faudra pour les autorités de tutelle se tourner vers les collectivités territoriales pour trouver des supports susceptibles de répondre à l’attente des habitants en difficulté. Impossible d’imaginer que le gouvernement qui combat, qui affaiblit, qui étrangle, soit celui qui…recherche ensuite les moyens de réagir chez ses « victimes » pour masquer son impuissance réelle. Toutes les circulaires aux Préfets ne changeront rien, car sans les centres routiers départementaux, sans les services d’incendie et de secours financés par les collectivités territoriales, sans les personnels des villes ou des communes, la pagaille sera la même, sauf si les gens se prennent en charge et qu’on leur fiche la trouille avec des communiqués alarmistes dans la journée. Il faut appeler au gouvernement Salvatore Adamo, car c’est le seul qui ait réussi à faire de « Tombe la neige » un franc succès !

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1 réponse à Tombe la neige…ils ne viendront pas ce soir !

  1. J.J. dit :

    «  »Ce qui pose problème, dans ces épisodes neigeux extrêmement forts, ce sont les routes lorsqu’elles sont inclinées. » »

    Cette citation de notre irremplaçable « Croixdefeu » me rappelle celle (approximative)d’un autre auvergnat, Alexandre Vialatte :
    « l’Auvergne est une région difficile où il ya plus de montées que de descentes » »

    La différence entre les deux citations est que l’une est prudhommesquement et macmahonesquement sérieuse, et l’autre vient d’un écrivain- journaliste qui n’était pas dénué d’humour.

    Ce qui illustre bien, en la paraphrasant, la déclaration de notre premier auvergnat :
     » quand il y en a un, ça va,…. mais quand il y en a plusieurs (à partir de deux)….. !

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