L'exemple vient d'en haut…

Désormais, il ne faut absolument plus accorder aucune importance aux atteintes aux principes républicains. L’égalité face aux lois, la liberté de penser garantie aux autres, la fraternité dans le quotidien, ne sont que des lettres écrites par des maniaques de cette démocratie, conquise par le sang et par les urnes. Il faudra s’y habituer, la justice n’a plus aucun sens puisque, dès qu’elle prend une décision « équitable » qui dérange, elle est attaquée, vilipendée, contournée, dénaturée, oubliée, critiquée et même parfois répudiée. L’opinion dominante lui réclame une sévérité absolue pour les plus faibles, les plus perturbés, envers les plus désocialisés, alors que les détenteurs d’un pouvoir échappent, par des arguties de forme, à sa sévérité ou s’offrent le luxe de la ridiculiser en ignorant ostensiblement ses décisions. L’indifférence est telle que plus rien ne révolte. La puissance vivifiante de l’indignation n’existe plus, car les consciences se sont rabougries ou stérilisées.
Par exemple, la France a actuellement comme responsable incontestable de toutes les facettes de sa gestion républicaine, un ministre condamné plus ou moins définitivement à deux reprises par la justice de son pays, sur laquelle il déverse en permanence des tombereaux malsains de critiques. Brice Hortefeux a maintes fois critiqué le travail de la justice par pur populisme, et pour tenter de rallier à lui les fachos qui s’ignorent et qui pensent toujours que la justice est faite pour les autres. Une fois, par exemple, il a pris deux exemples de délinquants arrêtés par les forces de l’ordre et non poursuivis ou remis en liberté. « La chaîne de sécurité s’interrompt brusquement après l’interpellation (par les forces de l’ordre) », avait-il déclaré. Il avait cité à cet égard deux exemples : l’arrestation d’un présumé grossiste clandestin de nourriture asiatique douteuse, à Bagnolet, contre lequel « le parquet n’a pas jugé bon d’exercer des poursuites judiciaires ». Ainsi qu’un mineur, présumé voleur en série, interpellé récemment et « laissé libre » après avoir été déféré et jugé. « Il ne s’agit en aucun cas pour moi de stigmatiser l’institution judiciaire », avait ajouté le ministre, mais « je ne peux pas non plus ne pas m’interroger : dans tous ces cas, à quoi a servi le travail des forces de sécurité ? A quoi sert la détention provisoire ? » il avait ajouté qu’il se « battrait sans relâche pour que le travail de la police soit respecté » et « que les victimes ne soient jamais méprisées ».
Récemment, il a soutenu des policiers qui avaient simplement expédié vers la réclusion criminelle à perpétuité un pseudo coupable… ayant eu le tort de passer par là ! Ce parangon de la déontologie constitue un bel exemple d’étique républicaine. C’est lui qui a en charge la sécurité des biens et des personnes, la préparation des élections, la pression sur les collectivités territoriales, le tripatouillage des futurs cantons, le renseignement politique, la nomination des hauts fonctionnaires et, bien évidemment, il est irréprochable. Brice Hortefeux vient de subir une seconde condamnation, après celle concernant des propos jugés racistes à l’encontre d’un militant UMP. Bien évidemment, il a fait appel de ce jugement, mais les faits sont là et les preuves irréfutables.
Voici, cette fois, le tribunal de Grande Instance de Paris qui prononce à son encontre une condamnation à un euro symbolique « pour atteinte à la présomption d’innocence » envers un ancien membre du cabinet du Garde des Sceaux, lui-même soupçonné d’avoir alimenté Le Monde dans l’affaire Woerth/Bettencourt. Il est toujours pénible de voir un ministre soupçonné, mais alors que dire d’un ministre condamné ? Même s’il s’agit d’une première instance, en attendant l’appel. Mais qui se soucie de cette situation incroyable… Edouard Balladur, puis Lionel Jospin, avaient instauré une règle non écrite, que l’un et l’autre avaient respectée : dès lors qu’il y avait soupçon, le ministre devait quitter le gouvernement. On en est loin, comme de la jurisprudence Chevènement sur un autre principe qui veut qu’un Ministre doit fermer sa g….. ou démissionner. Là, on est dans un système institutionnalisé, puisque le chef de l’Etat s’offre les mêmes largesses, sans encourir la moindre sanction (déclarations avec utilisation du mot « coupable » pour Colonna, le fameux « Casse-toi pauv’con ! ») Comme c’est la deuxième condamnation du ministre de l’intérieur en moins d’un an, après celle intervenue en juin, on peut se demander comment l’Elysée pourrait maintenir au poste clé de l’intérieur un délinquant récidiviste. Il est le garant des libertés individuelles et de l’égalité à l’égard de la loi ! Immoral, révoltant, surtout quand on entend ensuite ces propos constants sur la sévérité à appliquer vis à vis des autres. Il est devenu tellement peu respecté, que les députés de son propre parti ne l’ont pas suivi, par pure démagogie, lors du vote sur la réforme du permis à points.
Brice « Croixdefeu » le chantre de l’expulsion, de la répression, de la délation, constitue un véritable exemple de déontologie républicaine, un exemple pour la jeunesse de ce pays qu’il critique si vertement, une référence pour les banlieues qu’il n’a pas pu encore « karchériser ». Il est vrai qu’en son nom, les représentants de l’Etat peuvent allègrement critiquer, contrôler les élus locaux, les maires… et tailler dans les collectivités territoriales jugées comme dispendieuses et mal gérées. La « recentralisation » en cours va réconcilier le pouvoir avec le suffrage universel, dans ce contexte de mépris absolu pour les valeurs basiques de la République. Lui, le grand spécialiste des rues en pente qui causent des soucis par temps de neige, devrait méditer cette phrase d’Eugène Labiche : « les paroles d’honneur.. c’est comme la neige… ça fond devant le soleil ! » et en l’occurrence, il y a longtemps que la neige a fondu !

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