Peut et toujours plus mal faire

Plus que jamais, le pouvoir de l’argent dépasse tous les pouvoirs politiques, car ces derniers ont renoncé, au nom du libéralisme, à en contrôler le développement. L’une des dernières trouvailles des véritables maîtres du monde constitue une arme jusque-là réservée au système éducatif : la notation ! Ils ont des « agences » spécialisées qui, avec un seul bulletin de notes, peuvent régler le sort de millions de travailleurs et faire s’écrouler les édifices construits par des gouvernements, désarmés contre les mouvements des marchés financiers. Les agences de notation évaluent la solidité financière et la capacité d’un Etat ou d’une entreprise à rembourser sa dette. Plus un Etat est considéré comme solide, moins élevé sera le coût de son emprunt, et plus il pourra continuer à s’endetter pour faire face à la crise. En fait, ces organismes rassurent les prêteurs sur les profits qu’ils peuvent espérer réaliser sur le dos des pays qu’ils ont parfois plongé volontairement dans le marasme. Ces Pythies du crédit deviennent, en fait, plus puissantes que tous les Ministres des finances, pendus à leurs prévisions sur la crédibilité des décisions politiques, qui se doivent d’être favorables aux profits et défavorables aux Hommes ! Il leur faut des réformes allant dans ce sens, ou ils baissent leurs notes, faisant par leur bulletin chuter un gouvernement, évoluer une scrutin et même réussissant à imposer des mesures socialement inacceptables, mais financièrement juteuses.
Ainsi, l’agence de notation Standard et Poor’s a confirmé sa note maximale accordée à la France (le célèbre « AAA ») et maintenu sa perspective stable, en saluant « sa politique économique prudente ». Amen. L’onction sacrée a été posée sur le front du Chef de l’Etat français, qui ne craint plus les analyses de « S et P », comme l’on dit dans le jargon spécialisé.
« Nous confirmons notre +AAA+ à la notation de la dette souveraine de la France », écrit la première agence mondiale de notation financière dans une note. Cette évaluation « reflète notre point de vue sur la santé et la résistance de l’économie française, son environnement politique, que nous estimons stable et orienté vers des politiques économiques prudentes », explique un des analystes de Standard et Poors. Le gourou a parlé, et le parlement français devient en un instant totalement inutile puisque la politique du pays ne se fait plus à la corbeille de la bourse, mais sur les écrans des ordinateurs d’un organisme de notation situé de l’autre côté de l’Atlantique.
L’agence indique par ailleurs qu’elle maintient la perspective de cette note inchangée parce qu’elle estime que le gouvernement français va poursuivre son effort de consolidation budgétaire, et « pourrait réduire le déficit public à approximativement 3% du produit intérieur brut en 2013 ». Mais surtout, elle ne précise pas le prix à payer en matière de destruction d’emplois, d’augmentation de la précarité, et d’impact sur la vie quotidienne de millions de personnes. Ce n’est pas l’essentiel, puisque chez ces gens-là, on compte ! Le gouvernement a promis de ramener ses déficits publics (Etat, Sécurité sociale, collectivités locales) de 7,7% du produit intérieur brut (PIB) cette année (un record absolu !), à 6% l’an prochain. Paris vise un déficit à 4,6% du PIB en 2012 et 3% l’année suivante, le plafond autorisé par les traités européens, en 2013. L’essentiel, c’est que les prêteurs rentrent dans leurs fonds, avec une solide plus value, prise sur le produit intérieur. Les marchés financiers sont insatiables, et vont organiser la pénurie de liquidités pour les uns et l’afflux de liquidités pour les autres. Inévitablement, ils vont faire exploser l’euro, instrument d’une construction européenne strictement monétaire. Des théories jugées iconoclastes fleurissent pour prôner le retour aux monnaies nationales ajustables… et qui avaient permis, durant d’autres crises, de maintenir des taux de croissance nettement supérieurs à ceux qui sont affichés actuellement.
Le « AAA » intervient alors que les marchés financiers font pression sur les pays membres de la zone, dont certains pays traversent une crise des finances publiques depuis plus d’un an. Les trois grandes agences de notation ont menacé ces derniers jours de dégrader la note des pays les plus fragiles de la zone euro, l’Espagne étant particulièrement visée, après la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Ils attaquent, en fait, la monnaie européenne, en fragilisant ses bases et en jouant sur l’absence totale de solidarité entre les Peuples, mis en concurrence par des décisions purement financières, mais surtout pas sociales !
En fait, les notations s’apparentent à ces savants montages de dominos qui, lentement, conduisent à des chutes en chaîne de plus en plus éloignées de l’impulsion initiale. Il ne faut pas que tout s’effondre simultanément. Ainsi, il est indispensable de tempérer ce cadeau du père Noël fait au gouvernement, car les contrats d’assurance contre le risque de « défaut de la France » en tant qu’emprunteuse (les assurances crédit en sorte) ont atteint des niveaux historiques. Pour s’assurer contre le non remboursement de 10 millions de dollars de dette française à un horizon de cinq ans, un investisseur devra maintenant s’acquitter de plus de… 107.000 dollars par an d’ici à l’échéance. En fait, c’est le revers d’une médaille que l’on va vendre comme un signe de bonne santé. On attend encore quelques mois, tant que l’on s’occupe des autres. Après, le temps sera venu de régler le cas français, si Nicolas Sarkozy et son clan ne se montrent pas de bons élèves, dévoués au culte du profit. « Peut et doit mieux faire ! ». Tout le monde connaît l’appréciation des carnets de notes, car elle est aussi vieille que le monde !

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2 réponses à Peut et toujours plus mal faire

  1. J.J. dit :

    Et moi, naïf, qui croyais que l’on allait supprimer la notation des élèves (si elles traumatisent les élèves elles ne doivent pas être innocentes pour les états….) et que par effet « boule de neige », ou « domino », au choix, tous les systèmes de notation allaient être abolis !

  2. jean dit :

    La crise d’aujourd’hui est-elle seulement celle du capitalisme financier ?
    Elle est celle de la spéculation d’abord et de l’appât du gain ?
    2011 verra-t-elle une continuité ?
    Pourquoi la France a-t-elle des difficultés dans son développement intérieur et extérieur?
    A vous de d’apprécier !

    M. Haberer, 77 ans, PDG Crédit Lyonnais, avait été condamné à 18 mois de prison avec sursis par la cour d’appel de Paris, le 23 février 2005, pour « présentation de comptes inexacts, diffusion de fausses informations et distribution de dividendes fictifs », au cours des exercices 1991, 1992 et du premier semestre 1993 du Crédit Lyonnais.
    Le Lyonnais ne cessera plus de défrayer la chronique, absorbant quelque 15 milliards d’euros d’aides de l’Etat.
    Jean-Marie Messier EX-PDG de Vivendi, mis en examen en juin (2004), a trouvé une solution pour payer sa caution fixée à 1,3 million d’euros par le juge d’instruction Henri Pons. Après avoir vainement tenté de faire ramener cette somme à 500 000 €, Jean-Marie Messier, conseillé par M e Olivier Metzner, a proposé de fournir une garantie bancaire du même montant. La date limite avait été fixée par la justice au 31 décembre à 16 heures. Le vendredi après-midi 31 décembre 2004, selon une source judiciaire, la garantie bancaire, provenant de plusieurs établissements financiers, a été fournie. Une démarche qui surprend M e Frédérik Canoy, l’avocat de l’Association des petits porteurs actifs (Appac)
    Quant à la fraude comptable dont on l’accuse, Messier la nie en bloc. En juillet 2002, alors que le monde était sous le coup du scandale Enron, le mythe s’est écroulé lorsque les marchés ont découvert le pot-aux-roses: une dette de 35 milliards d’euros. Jean-Marie Messier a alors démissionné alors sous la pression de son conseil d’administration.

    Aux côtés du dirigeant, qui comparaît pour « diffusion d’informations fausses ou trompeuses, manipulation de cours et abus de biens sociaux », figurent également l’homme d’affaires canadien Edgar Bronfman Jr, héritier d’une des plus célèbres dynasties industrielles de son pays, le groupe Seagram, absorbé en 2000 par Vivendi, et soupçonné de délit d’initié; les anciens dirigeants de Vivendi Eric Licoys, Guillaume Hannezo, Hubert Dupont-Lhotelain et François Blondet; et l’ancien banquier Philippe Guez, qui réalisait des opérations de rachat d’actions pour Vivendi Universal. Les prévenus ne devraient pas avoir trop de mal à convaincre l’accusation de leur bonne foi: la procureure Chantal de Leyris a d’ores et déjà annoncé qu’elle soutiendrait les réquisitions générales de non-lieu qu’avait prises le parquet à l’issue de l’instruction. Des réquisitions « fournies, argumentées » mais certainement pas des « réquisitions d’opportunité ».

    Michel BON PDG France Télécom, responsable de l’endettement le plus massif du monde en tant que PDG de France Télécom, est aussi, depuis 1991
    13 septembre 2002 : Michel Bon a été contraint de démissionner de France Télécom
    Après une première tempête boursière fin juin, où l’action touche un plus bas niveau à 9 euros. A Bercy, on travaille donc sereinement au très lourd programme de refinancement de la dette pour 2003 (environ 15 milliards d’euros). Le gouvernement, qui croyait que les 10,2 milliards de provisions de 2001 l’avaient été pour solde de tout compte, est stupéfait. Les calculettes de Bercy s’affolent dans les jours qui suivent : les 21 milliards d’euros de fonds propres de France Télécom vont être dévorés par les 10 à 15 milliards d’euros de provisions. Après cette seconde opération vérité, ils ne suffiront plus à porter les 70 milliards d’euros de dette.
    La récente décision des actionnaires mettre un terme aux fonctions de PDG de Carrefour
    Les actionnaires ont expliqué faire une analyse différente de la situation économique.
    Nul ne rappellerait que, directeur général de l’ANPE, Bon déclara, en octobre 1994, au cours d’un colloque sur l’exclusion, qu’il existait « des personnes avec lesquelles on a du mal à se sentir de plain-pied, les étrangers, et plus la couleur est foncée, plus on a du mal à se sentir de plain-pied ». Précisant son propos humaniste, ce « fervent catholique » (Stratégies, 30.11.01) avait fustigé « les gens qui ont des problèmes personnels un peu lourds, parce que toutes les sociétés en ont : notre lot de débiles légers, notre lot de neurasthéniques et d’acariâtres, d’alcooliques, etc. ».

    Le MRAP avait poursuivi Bon pour « discrimination raciale ». Tout en le relaxant en février 1996, le tribunal de grande instance de Paris – décidément spécialisé dans les procédures intentées à des administrateurs de la société des lecteurs du QVM – avait tenu à préciser que, pour Bon, « le seul fait d’appartenir à la race noire rendrait difficile, aux yeux des employeurs, dans les activités de service, une relation aisée et naturelle avec le client ». Pour le tribunal, de tels propos contenaient une « connotation raciste manifeste. […] En semblant reprendre à son compte l’explication, voire la justification d’une telle discrimination, le prévenu tient un discours qui […] n’apparaît pas exempt de tout mépris ».
    Et en comparaison ….
    Solidarité avec les Contis : non à la répression anti-ouvrière et anti-syndicale

    La solidarité pleine et entière avec*** les 6 de Continental scandaleusement condamnés par une justice aux ordres qui a rétabli pour l’occasion la « loi anti-casseurs » en infligeant des peines de prison avec sursis à des travailleurs (tous syndiqués CGT et désignés par… les patrons de Continental !) non pas pour des faits précis mais pour leur présence à une manifestation où des dégradations ont eu lieu. Nous dénonçons avec force les attaques contre ceux et celles qui se battent et relèvent la tête, et qui malheureusement ne reçoivent pas toujours l’écoute et les soutiens qu’ils (elles) seraient en droit d’attendre. Mais ce jugement dépasse très largement la lutte des seuls salariés de Continental. En effet, la lourde condamnation, les dommages et intérêts astronomiques demandés, a été faite au nom d’une responsabilité collective qui n’existe pas dans la loi. La procureure de la république avait réclamé cette condamnation au nom de l’Etat en déclarant : «peu importe ce que les ouvriers inculpés ont fait réellement chacun, le jour de la manifestation, en y ayant participé ils sont responsables collectivement de ce qui a été fait ».

    (rappel sur le commentaire des grands patrons !) ***aux côtés du dirigeant, qui comparaît pour « diffusion d’informations fausses ou trompeuses, manipulation de cours et abus de biens sociaux », figurent également l’homme d’affaires canadien Edgar Bronfman Jr, héritier d’une des plus célèbres dynasties industrielles de son pays, le groupe Seagram, absorbé en 2000 par Vivendi, et soupçonné de délit d’initié; les anciens dirigeants de Vivendi Eric Licoys, Guillaume Hannezo, Hubert Dupont-Lhotelain et François Blondet; et l’ancien banquier Philippe Guez, qui réalisait des opérations de rachat d’actions pour Vivendi Universal. Les prévenus ne devraient pas avoir trop de mal à convaincre l’accusation de leur bonne foi: la procureure Chantal de Leyris a d’ores et déjà annoncé qu’elle soutiendrait les réquisitions générales de non-lieu qu’avait prises le parquet à l’issue de l’instruction)

    Communiqué du comité de soutien aux 9 étudiants grévistes condamnés à l’Université de Saint-Etienne
    A la suite du conseil de discipline du 28 septembre 2009 à l’Université Jean-Monnet de Saint-Etienne (42), des sanctions ont été infligées aux étudiant-e-s grévistes convoqué-e-s.
    Elles vont du blâme pour quatre étudiant-e-s, en passant par un an d’interdiction d’inscription à l’université Jean-Monnet avec sursis pour l’un d’entre eux/elles, à finalement deux ans d’interdiction d’inscription à l’université Jean-Monnet avec sursis pour quatre autres.

    La direction du site de PHILIPS DREUX a engagé une nouvelle fois, une procédure de licenciement à l’encontre d’un membre du syndicat CGT EGP DREUX, malgré une ordonnance qui annule le licenciement économique.

    Et une liste impressionnante ne permet pas de continuer. Mais sur le monde des salariés s’abat une répression sans égale depuis des années. Combien de suicides chez les salariés ? Combien de victimes de la crise sociale ? Leurs torts ? Réclamer du travail ?

    ***Mais une association de malfaiteurs s’applique en principe à tous les citoyens de France et de Navarre ?

    Code pénal :
    association de malfaiteurs est selon l’article 450-1 du Code pénal français Constitue une association de malfaiteurs tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un ou plusieurs crimes ou d’un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement.
    Lorsque les infractions préparées sont des crimes ou des délits punis de dix ans d’emprisonnement, la participation à une association de malfaiteurs est punie de dix ans d’emprisonnement et de 1 000 000 F d’amende.
    Lorsque les infractions préparées sont des délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement, la participation à une association de malfaiteurs est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 500 000 F d’amende.

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