Bienvenue dans le royaume des Bisounours

Comme le voudrait la tradition, le gouvernement surfe sur l’indifférence débile des collaborateurs, c’est à dire celles et ceux qui se contentent toujours des apparences. En matière fiscale, j’ai par exemple entendu que la taxe professionnelle, dans sa mouture antérieure, était un obstacle à la croissance. Or mercredi, j’offrais comme le veut une tradition désormais bien établie, la galette et un coup à boire aux commerçants et artisans qui viennent sur le marché séculaire de Créon. Toutes et tous avaient une feuille d’imposition supérieure à celle qu’ils avaient acquittée l’an passé… Inutile de les persuader de l’absurdité totale d’une réforme décrétée par simple volonté de faire un coup médiatique. Ils iront se jeter dans les bras poujadistes grand ouverts de Marine qui, elle, défend les « petits » puisqu’ils se sentent floués.
C’est vrai que dans le discours du Maire, qui présentait cette mesure comme une bénédiction pour l’économie, on sentait bien que la posture n’était que démagogique et sans fondement concret. La « compensation relais » aux collectivités territoriales dans le cadre de la réforme de la taxe professionnelle coûtera aux contribuables « ménages » la bagatelle de 8 milliards et, bien évidemment, finira par être gelée, puis par être supprimée ! C’est vrai que dans le monde des Bisounours, tout est rose et bleu, que les oiseaux chantent et que Candide a encore des émules.
Récemment, une délégation des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics est venue rencontrer le Président du Conseil Général, qui pèse environ 250 Millions d’investissements, pour l’alerter sur les carnets de commande 2011. Peu ou rien… et au bout du compte, ces représentants du Medef, sur le terrain des réalités, expliquaient qu’eux n’avaient jamais rien demandé. « Nous aurions préféré et de loin continuer à payer la TP améliorée, expliquait l’un d’entre eux, et avoir des chantiers d’assainissement, des routes et des collèges. Nous allons dans le mur, car nous n’aurons plus aucune lisibilité de travail pour nos entreprises ». C’est vrai que cette année sera redoutable, avec des dégâts collatéraux considérables.
Les grandes collectivités vont modérément, mais réellement, diminuer leur volume d’investissements, si elles arrivent à obtenir des banques les emprunts dont elles ont besoin. Le climat change. Les liquidités vont manquer. La frilosité à l’égard des collectivités en perdition avec le gel des dotations par l’Etat, l’incertitude réelle sur les ressources fiscales, l’incapacité des services de l’Etat de donner des évaluations fiables des recettes, va conduire à un système similaire à celui des fameuses agences de notation.
Les collectivités les plus modestes ne pourront voter leur budget que fin avril, décalant ainsi le début des petits chantiers qui font vivre les rares PME du BTP qui n’ont pas été avalées par des grands groupes, eux aussi prêts à faire du détail. Les élections cantonales vont paralyser le système des subventions durant deux bons mois, et la machine du Conseil Général se remettra à tourner fin avril, ajoutant ainsi du temps à un temps déjà long entre l’idée des travaux et leur lancement. Le chômage va grimper au printemps.
L’économie globale liée au pouvoir d’achat et au travail salarié va plonger comme elle ne l’a jamais fait. On verra alors, mais qui osera le dire, que la double réforme (suppression TP et nouveau découpage territorial), mal préparée et surtout purement idéologique, va enfoncer le pays dans le marasme social avec lequel il flirte. On verra alors les mêmes élus venir frapper à la porte de leur conseiller général pour réclamer des subsides que ce dernier n’aura plus, submergé par le tsunami social en rapport avec le tremblement de terre de la suppression d’un impôt qui a toujours été acquitté par le consommateur et qui n’avait plus, depuis le gouvernement Jospin, d’impact profond sur l’emploi. Il faut être véritablement imbécile pour croire que cette mesure va permettre des embauches qui sont toutes en lien direct avec la demande, mais pas avec le niveau d’imposition.
Pendant que les uns tirent la langue, le gouvernement va tenter d’accentuer les profits des plus riches, qui font toujours la pluie et le beau temps. Remis le 19 janvier dernier, le rapport du député UMP Jérôme Chartier sur la convergence fiscale franco-allemande signe la quasi-suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, en créant de nouvelles possibilités de contournement et en favorisant les plus fortunés. Les prélèvements envisagés pour compenser le coût de cette réforme auraient des conséquences importantes pour les entreprises et les propriétaires, au mépris de toute logique de relance et d’investissement. Mais avant 2012, il faut bien avoir des sympathisants pour la campagne présidentielle !
À propos du caractère inéquitable de ses choix fiscaux, et notamment sur le désarmement systématique de la fiscalité du patrimoine depuis 2007 au profit de la rente, le Chef de l’Etat est sur la défensive depuis le début du quinquennat. Sous la pression des députés UMP, qui assument de moins en moins l’iniquité du bouclier fiscal, Nicolas Sarkozy a promis l’ouverture d’un vaste débat sur la réforme de la fiscalité du patrimoine. Objectif affiché par le Président : une fiscalité du capital plus juste. Une fausse promesse. Les premiers éléments qui ont filtré de l’Elysée ne vont pas dans le sens de l’équité.
Le compromis envisagé serait la suppression de l’ISF en échange de la fin du bouclier fiscal : 3,5 milliards d’euros de réduction fiscale (ISF) contre 900 millions de hausse au titre de la suppression du bouclier fiscal. Ce serait un nouveau cadeau de 2,4 milliards d’euros au profit des Français les plus fortunés, s’ajoutant aux 20 milliards annuels déjà accumulés depuis 2002. Une orientation incompréhensible en pleine crise des finances publiques, comme l’a été la suppression prématurée de la TP. Le rapport du député Jérôme Chartier, rédigé pour le compte de l’UMP, est un nouveau signe des intentions de la majorité. Il confirme sa volonté de supprimer l’ISF sans réelle contrepartie, à rebours de toute équité et des contraintes budgétaires. Plus de TP, plus d’ISF, plus d’impôt sur le revenu pour les tranches les plus élevées, plus de contrôles réels sur les capitaux partant chercher des profits ailleurs : il ya vraiment du malheur dans notre pays !

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7 réponses à Bienvenue dans le royaume des Bisounours

  1. J.J. dit :

    C’est pour bientôt la nouvelle Nuit du 4 Août ?

  2. trottier dit :

    J’étais enfant dans ce Créon modernisé des années 60 sous la « coupe » d’un maire entrepreneur et aux relations bien établies. Les années ont passé pour transformer cette bourgade vignerone en annexe des villes, des communautés où vont s’entassent personnes en difficultés et familles en attente d’un ascenseur social.
    Mais l’évolution que vous donnez à cette désormais petite ville me paraît utopique, faisant place à un développement résidentiel qui coûtera cher à la collectivité ( entretien des infrastrucures, évolution de la précarité des ménages travaillant en majorité à Bx sans réel transports en commun, les bus du CG étant peu adaptés aux horaires des entreprises et dépendant d’un même groupe financier peu amène du service public…), mais surtout humain. La crise de la famille, le développement d’une délinquance précoce à savoir le refus des valeurs familiales, l’accès au principe de plaisir sans celui de la réalité, la mise à mal de l’espace collectif (dégradations, bruits, alcool sur la voie publique, incivilités gratuites..), autant d’éléments qui sont ceux de ces « bourgades » devenues sans lien social réel, des petites villes avec la grande surface anonyme, siège d’une consommation sans discernement et coûteuse.
    Enfin, ce Parti Socialiste auquel j’ai toujours donné mon vote ne propose rien d’un nouvelle vision de la vie en cassant les schémas imposés par les médias et autres, à savoir, le PS s’allie avec des groupes financiers dans la gestion des villes et des départements (Fayat, Bouygues, Decaux, Véolia etc..), n’est plus présent dans l’associatif depuis 1977 sauf pour accéder à des postes politiques, ne propose aucune régulation collective des ressources (EDF etc)des transports , du logement (loyers bloqués..) et la suite que vous devez analyser quotidiennement de votre poste de Maire.
    Enfin, pensez à freiner votre corespondant S Ouest qui vous expose sans cesse en photo (concours du Canard Enchainé « ma binette partout » concernant les revues municipales..)

    Bien à vous.

  3. Catherine dit :

    ??? Parlons nous du même Créon que celui que je connais ? de la même municipalité ?
    Car je demeure scotchée par l’existence et la permanence de liens sociaux intenses, par l’extrême soin pris pour les péréniser.
    « Trottier », de Créon ou d’ailleurs, les 60′ de notre enfance s’inscrivent dans un contexte qui a considérablement évolué.
    Pour le meilleur grâce aux « locaux » dont vous semblez vous réclamer, et pour « le pire » avec des migrants fort menaçants. Venus de l’agglo bordelaise, avec des moufflets pas + sages que nous ne l’étions.
    Résidente en agglo bordelaise, j’ai dû traverser maintes fois des quartiers réputés coupe-gorge et croiser de dangereux individus (venus de la paroisse d’à côté?)
    Au fait, une question, en plusieurs volets, au sujet de Créon : si vous y résidez, qu’y faisaient vos Anciens? d’où venaient ils? que faites vous à Créon? POUR Créon?

  4. Suzette GREL dit :

    Impossible de laisser dire « bourgade sans lien social »..nous ne devons pas vivre de la même manière le quotidien!
    Toutes les activités développées m’ont permis de rencontrer des gens merveilleux…. qui eux donnent de leur temps pour le territoire créonnais et cpntribuent à animer ce fameux lien social si diversifié.

  5. Annie PIETRI dit :

    Ce Monsieur Trottier , s’il vit à Créon, doit vivre dans sa bulle, avec pour seul horizon ses quatre murs, sa télévision, et peut-être son gazon….Il ignore que Créon est une petite ville « où il se passe toujours quelque chose », qui, même si on travaille à Bordeaux, connaît une vie associative et conviviale extrèmement vivante, animée en permanence par une équipe municipale très présente et très active. Ce Monsieur qui se dit créonnais, et qui l’est effectivement, à ce que je crois savoir, ignore sans doute l’existence d’un centre culturel très actif où l’on peut faire de la musique, de la danse, aller au théatre, écouter des concerts; Il ignore sans doute aussi l’exixtence de nombreuse activités, animées par le Maire, comme Gironde Citoyenne, où l’on débat des sujets de société destinés à informer les habitants qui le souhaitent, qu’il existe aussi un centre socioculturel appelé « la cabane à projets » qui peut résoudre, ou aider à résoudre à peu près tous les problèmes qui se posent aux habitants; il ignore encore qu’il existe une bibliothèque, une ludothèque, des clubs sportifs, et de nombreuses fêtes tout au long de l’année, des soirées d’été où les créonnais aiment à se réunir, à écouter de la musique, à se rencontrer, à se divertir… Bien sûr, il ignore l’existence d’un petit hebdomadaire communal « Créon hebdo », rédigé par le maire, et qui informe sur tout ce qui se passe dans la ville. Il ne sait sans doute pas non plus qu’hier, par exemple, une centaine d' »anciens » étaient réunis au centre culturel pour un repas, en présence de la députée et de son époux, du maire et de son épouse, et que tous ont partagé un extraordinaire moment de convivialité, ont chanté, ont dansé, et n’ont pas trouvé qu’ils étaient dans une bourgade sans âme! Ils savent, eux, que le maire et l’équipe municipale n’ont d’autre souci que ces moments de partage et de convivialité qui font que l’on ne voudrait pas vivre ailleurs qu’à Créon, même quand on a vécu 40 ans dans la 5ème ville de France, réputée pour son soleil….ce qui ne saurait constituer un art de vivre et rivaliser avec les relations humaines que l’on trouve à Créon !

  6. Max Linder dit :

    Et le cinéma qui doit passer au numérique comme ceux de la capitale de l’Aquitaine ! Avec en janvier la 9ème édition du festival du film d’animation Festiv’Anim.
    Demander le programme : http://cinemaxlinder.free.fr/
    Sans oublier Télé Canal Créonnais ou tout un chacun peut réaliser ses propres expressions. http://www.telecanalcreon.fr/
    Bon vivement le printemps, qu’il fasse moins froid sur le marché et quel marché riche et complet !
    Trois sites, trois situations non élitistes…

  7. Cubitus dit :

    J’ai connu Créon dans les années 60, bien avant d’y habiter, alors que, gamin, je venais avec ma Mobylette et quelques copains ramasser des châtaignes et cueillir des cèpes dans les bois environnants.
    J’y habite maintenant depuis 1998.
    Entre ces 2 époques, il n’y a pas photo. Non, Créon n’est pas une ville dortoir, bien au contraire. Je suis même agréablement surpris par son dynamisme et son animation qui se rencontrent de moins en moins dans beaucoup d’autres endroits. Et je m’y sens bien à Créon.
    Par comparaison, allez faire un tour à quelques encablures d’ici dans un chef lieu de canton du Libournais à vocation principalement agricole dont le maire est aussi sénateur UMP. Cette commune possède, il est vrai, l’une des plus importantes cave coopérative du pays. Mais à part ça, rien. C’est mort. Interrogez en les commerçants, c’est édifiant.
    Perso, je préfère Créon, et de loin.
    Maintenant, vous n’êtes pas obligé de croire ce que je dis…

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