Privatiser pour permettre la concurrence

Désormais, nous entrons dans l’année des réalités. Jusqu’à présent, nous avons eu des effets d’annonce submergeant la conscience des gens qui les écoutent. Il pleut une annonce présidentielle chaque jour, mais lentement mais sûrement, émergent les conséquences de la politique ultra-libérale en cours. Le plan global visant à détruire le système social français pour livrer le pays à la seule véritable loi inspirant les penseurs UMP, celle de la concurrence libre et non faussée, a été mise en place.
Tous les secteurs sont touchés, et lentement, le tissu social se délite au nom de la « réforme », le grand mot de ce quinquennat ravageur. Santé, justice, sécurité, éducation affrontent un démantèlement parfaitement pensé, coordonné et maîtrisé, par une caste de professionnels ancrés dans les Ministères, le parti présidentiel, les clubs officieux. Cette caste est en train de faire main basse sur la République par affaiblissement de ses obligations régaliennes, et ensuite par l’ouverture d’espaces inédits à la loi du marché, permettant de laminer toute tentative citoyenne d’appropriation du pouvoir. Il suffit de suivre l’actualité d’une journée pour se convaincre de l’existence de ce puzzle idéologique.
Dans le domaine de la consommation, où pleuvent les ententes illicites très faciles à déceler, mais pourtant tolérées, les vertus de la concurrence sont les seules réponses à ce qui devrait correspondre à un contrôle du marché. Un exemple ?
La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, vient par exemple d’appeler les assurés « à faire pleinement jouer la concurrence », face aux hausses annoncées des tarifs de l’assurance automobile et habitation, confirmées par un rapport des services de Bercy. « La perspective d’une hausse tarifaire est le moment pour le consommateur de remettre en concurrence son assureur avec d’autres entreprises ». Pas question de peser sur ces augmentations qui ne visent, la plupart du temps, qu’à améliorer les bénéfices des banques, qui sont désormais derrière chaque police d’assurance. Elle oublie simplement de rappeler que les textes libéraux européens ont tué les mutuelles autogérées qui constituaient un véritable contre pouvoir économique au secteur marchand. Peut-on véritablement faire jouer la concurrence dans une société où toutes les structures sont gérées de la même manière et avec le même objectif : le profit ? Le mythe des crocodiles qui se mangent entre eux, dans le marigot où ils ont des poissons « prisonniers » à dévorer en quantité suffisante, reste un concept strictement illusoire. Et dans le fond, l’essentiel c’est de le faire croire.
Pour l’éducation, on entre dans la même ère de la concurrence libre et non faussée. La marchandisation va prospérer sans que, malheureusement, il y ait une véritable mobilisation. La formation des enseignants est allée tellement loin que même le gouvernement ne peut pas continuer, et le Chef de l’Etat se rétracte au moins avec des mots…Outrancier et catastrophique, le système en cours creusera des ravages dans les générations futures. Encore une réforme qui sera retripatouillée pour en faire un nouveau grand n’importe quoi, mais l’essentiel c’est d’avoir introduit le doute sur la qualité de l’enseignement public. Quelques milliers de personnes, à tout casser, ont dénoncé dans toute la France les 16.000 suppressions de postes dans l’Education, prévues à la rentrée prochaine. Encore une fois, l’essentiel n’est pas mobilisateur. Les parents ne sont pas prêts à se mobiliser pour la défense de ce qu’ils ne considèrent plus comme leur école.
Enseignants, lycéens, parents d’élèves et étudiants étaient appelés par un collectif de 25 organisations à dire leur opposition aux 16.000 nouvelles suppressions de postes de 2011.
50.000 postes ont été supprimés depuis 2007 (sur 850.000 enseignants environ).
Alors que les précédentes suppressions avaient principalement affecté des postes peu visibles (enseignants sur des missions particulières, année de formation des stagiaires, etc), celles de 2011 vont cette fois « toucher le noyau dur » du système éducatif, disent les syndicats. Cela veut dire que des professeurs ne seront pas remplacés, que les classes seront surchargées (…), que des options en lycée seront supprimées, que des classes, en milieu rural notamment, seront fermées. Inutile de l’expliquer aux citoyens, car ils sont préoccupés par leur propre avenir, et l’échéance de la fin du mois; alors, l’avenir de leurs enfants! Bien entendu, la duperie consistera à laisser passer les élections cantonales pour annoncer les coupes sombres sur le terrain. Les pancartes sortiront fin mars, début avril, et les maires se réveilleront alors, quand ils constateront que les classes ferment les unes après les autres. C’est le bout de la chaîne le plus facile à maîtriser, car les mobilisations ne risquent pas de déraper en nombre.
Par contre, les universités qui se privatisent à une allure vertigineuse, au nom d’une fausse autonomie, sont plus dangereuses à manier. Si les universités qui sont passées à l’autonomie ce 1er janvier ont obtenu des hausses de crédits de fonctionnement conséquentes, atteignant parfois près de 10 %, eu égard aux efforts qu’elles doivent fournir en matière de gestion, toutes les autres, à savoir 62, ont dû se contenter de progressions de 1,5 % (ce qui correspond à l’inflation prévue en 2011) ou 3 %. Une manière avouée de récompenser les tenants d’une privatisation de fait de ce niveau de l’enseignement. Fin 2010, nombre d’universités avaient eu déjà du mal à boucler leur budget, du fait notamment d’une mauvaise anticipation de leur masse salariale (pyramide des âges défavorable) en partie imputable au ministère.
Défenseur de l’autonomie, le généticien Axel Kahn, a vertement condamné lors d’un point presse cette évolution budgétaire. « Il a été possible grâce aux moyens nouveaux de mettre en œuvre des actions la première année de l’autonomie, la deuxième année le budget a été moins important, la troisième année il est quasiment plat. Il n’y aura donc pas d’actions nouvelles en 2011 », a-t-il prévenu, précisant que la couverture budgétaire 2011 est, pour son université, qui consacre 66 % de son budget aux salaires, « incomplète à hauteur de 500.000 à 1 million d’euros ». Il a aussi dénoncé le recul de 12 % à 16 % des crédits de fonctionnement des organismes de recherche (CNRS, Inserm..) qui pèse sur les laboratoires mixtes (UMR) que son université partage avec eux. « Nous devons trouver de nouvelles sources de financement ! », a-t-il lancé. On le croit, mais ce qui compte, c’est que demain le privé entre dans ces lieux sanctuarisés depuis de siècles, et que la concurrence joue à plein, car on sait bien qu’elle ne profite finalement qu’aux nantis pouvant en assumer le coût réel.

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5 réponses à Privatiser pour permettre la concurrence

  1. Christian Coulais dit :

    Et combien de postes d’enseignants créés dans le privé, du primaire à la faculté, depuis que le mammouth est écorché à vif afin d’être mieux dégraisser ?
    À lire aussi le non-remplacement de 500 emplois à Météo France : http://www.sudouest.fr/2011/01/23/depression-sur-la-meteo-297860-757.php
    Là aussi la concurrence arrive…

  2. jean dit :

    On ne privatise pas pour permettre la concurrence ! C’est le profit qui en sort vainqueur ! De Villepin a privatisé les autoroutes, nous voyons ce jour combien cela coûte aux français ! Elles ont été privatisées au meilleur moment, celui de la rentabilité ! Pourtant les bénéfices étaient dévolus a l’entretien des nationales !

    Mais sur ce sujet, je voudrais dire que DSK a été un professionnel de la privatisation !
    Que l’autoroute menant à Pau coût énormément cher ! 258 francs aller retour
    faites le coût avec le passage par la nationale quand on sait que de Bazas à Langon le trajet par l’autoroute est supérieur de 5 kilomètres !

    Sur ce point je suis entièrement d’accord avec vous la privatisation a outrance est nuisible a la France !
    A moins d’être un collecteur d’enveloppes ?

  3. mlg dit :

    258 francs ou euros?

  4. pc dit :

    Un peu de patience, encore 15 mois et un grand coup de pied au cul renverra à ses chères études cette droite tellement « décomplexée » qu’elle en a perdu le sens des réalités et qu’elle ne se rend même pas compte que le bon petit peuple a compris depuis longtemps par qui elle est soudoyée.
    Espérons seulement que le même petit peuple ne se tournera pas vers la fille d’Adolf.

  5. Sylvain Bahlia dit :

    Vous avez raison M. Darmian « on entre dans la même ère de la concurrence libre et non faussée ». Et cela nous vient de l’Union européenne et de ses directives. Et l’obstacle réel à la mobilisation que vous souhaitez n’est-il pas dans le consensus des élites, droite ET gauche, pour soutenir les institutions de l’Union européenne? ne pensez-vous pas que le message est faussée? S’il n’y a « alternance » que pour changer les têtes mais pour la même politique, comme avec DSK, comment voulez-vous qu’on s’en sorte? Faites le ménage dans votre propre parti !

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