Le dénigrement comme méthode de gouvernance

Il n’y a plus aucun doute, tel les Princes se sachant au-dessus de toutes les attaques du peuple endormi, le Chef de cet Etat français ayant de plus en plus de mal à être républicain, gouverne par le mépris. Il n’hésite plus à instrumentaliser les médias en provoquant en permanence, grâce à l’appétit insatiable de ces derniers pour les polémiques (la forme n’intéresse plus personne !). Il provoque sans cesse afin, par réaction, de se créer une image de personnage ayant ce courage fictif des bravaches donnant un coup de pied, pour ensuite prendre la fuite au moindre sursaut du blessé. Pas une seule partie du corps social qui n’ait été à ce jour agressée par le Président le plus destructeur et diviseur de l’histoire de la République. La liste s’allonge de jour en jour, avec des attaques volontairement ciblées ou des algarades apparemment improvisées. Diviser, atomiser, parcelliser l’opinion sans que jamais ces débris qui voguent au gré des déclaration présidentielles puissent se rejoindre pour se révolter.
Il a réussi au-delà de tous ses espoirs en voulant, par un populisme outrancier, récupérer, comme à son habitude, le malheur des autres pour se parer de la tunique du justicier. C’est devenu insupportable de le voir recevoir des gens dans la douleur, leur promettre on ne sait quelle vengeance ou quelle compensation. Si l’on fait le compte, il a systématiquement détruit tout ce qui peut, à un moment ou un autre, apparaître comme un contre-pouvoir réel ou putatif. C’est ainsi qu’il s’en est immédiatement pris aux enseignants, en allant par exemple (il y en aurait bien d’autres) jusqu’à affirmer dans le symbolique discours du chanoine de Latran que  » Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Inutile d’aller plus loin, et d’ajouter que durant un discours tenu devant un aréopage de chefs d’entreprises, de directeurs de grandes écoles et de présidents d’universités, il avait évoqué le caractère «médiocre» de la recherche française, ses « structures obsolètes » et son « immobilisme », puis il s’était mis à plaisanter au sujet des chercheurs Français qui sont incapables de voir la réalité en face, c’est-à-dire, notamment, d’admettre que leur taux de productivité, selon d’obscurs calculs élyséens, est inférieur de 30 à 50% à celui de leurs confrères britanniques.
Les enseignants de toutes sortes ont été rejoints par les élus locaux, vilipendés pour leur gabegie financière, leur renoncement à diminuer les services à la population, leur volonté de maintenir les emplois. Ils ont payé le prix fort avec des réformes qui vont les réduire à des victimes expiatoires des errances gouvernementales en matière de gestion. La tempête Xynthia a à peine ravagé le littoral qu’il est en visite sur place et déclare qu’elle n’était «pas seulement le produit d’événements climatiques». Selon lui, elle est «aussi le résultat d’une cascade de décisions litigieuses ou contraires au bon sens, de négligences, de prescriptions non respectées, d’expertises négligées». Cette petite phrase fait manifestement allusion aux politiques d’urbanisation imprudentes conduites dans certaines communes du littoral. Dans le fond, ce sont, encore une fois, les élus locaux qui trinquent. Personne ne trouve grâce aux yeux du Chef de l’Etat qui juge, excommunie et exécute. L’horrible assassinat d’une jeune fille lui permet de se payer encore une fois les fonctionnaires qu’il veut exterminer. Les techniciens du système judiciaire, les juges, et accessoirement les policiers ont été « stigmatisés » dans le seul but de puiser des soutiens dans les milieux les plus incultes sur le fonctionnement social. Retour immédiat sur investissements !
Il est rare de voir des magistrats soutenus par des policiers. Et pourtant, au lendemain des propos tenus par le Chef de l’Etat français sur l’affaire Laëtitia, plusieurs d’entre eux ont décidé de faire front commun afin d’exprimer leur indignation. Point de départ de la contestation, les propos du chef de l’État jeudi à Orléans : le président revient sur le drame qui s’est déroulé à Pornic ; il affirme que les « dysfonctionnements graves » des services de police et de la justice, qui ont permis la remise en liberté du principal suspect du meurtre de la jeune fille, seront sanctionnés. Une déclaration qui met le feu aux poudres.
Les magistrats du tribunal de Nantes décident aussitôt d’une grève des audiences, une protestation rarissime.
Le mouvement ne s’arrête pas là. Les tribunaux de Rennes, Bayonne, Coutances, Créteil décident d’emboîter le pas à leurs confrères nantais. Et l’Union syndicale des magistrats (syndicat majoritaire), lance un appel à une suspension des audiences non urgentes partout en France. Un mouvement soutenu par deux importants syndicats de policiers, le Syndicat national des officiers de police (SNOP – majoritaire chez les officiers de police) et Unité SGP-FO (premier syndicat des gardiens de la paix). Il a réussi l’exploit de dresser contre lui tous les corps essentiels de la République : les enseignants, les élus, les policiers, les juges… un record en la matière, mais il n’en a rien à cirer, car dans le fond, le populisme savamment cultivé sur l’inutilité sociale des fonctionnaires lui rapporte électoralement davantage. Il n’y a encore que l’armée qui ait échappé à cette manipulation odieuse de l’opinion dominante. Il est vrai que, quand on observe son rôle en Tunisie et en Egypte, il vaut mieux être prudent !

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