Impossible de ne pas s'enliser dans le doute

Depuis des mois, je tente d’exercer mes deux mandats électifs sans défaillance. Dans le contexte actuel où tout élu, quelle que soit sa motivation, devient suspect, il faut en effet avoir une motivation spéciale pour ne pas être saisi par cette fameuse « tentation de Venise » qui, pour un petit-fils d’immigré italien, originaire de Vénétie, n’est pas une simple vision de l’esprit. Elle me tenaille davantage qu’avant, quand j’avais encore des illusions sur les opportunités réelles de convaincre… Convaincre : c’est probablement le verbe le plus anachronique que je connaisse, car il faut, pour pouvoir le mettre en œuvre, rencontrer des femmes et des hommes ouverts au débat. Or les auditoires manquent puisque tout le monde vit sur plusieurs certitudes qu’il dorlote dans des cercles fermés. Il faut se shooter pour résister et éviter d’être aussi désespéré qu’un navigateur se trouvant dans le fameux pot au noir. Inutile d’espérer voguer vers des horizons prometteurs, quand on stagne dans l’indifférence. Les prochaines élections cantonales en feront la démonstration.
Les candidats socialistes peuvent s’égosiller pour réveiller les consciences qui furent citoyennes sur les menaces qui pèsent sur la collectivité territoriale et ont une influence sur la vie des gens, avant leur naissance et jusqu’à leur dernier souffle, les taux de participation resteront catastrophiques en milieu urbain et légèrement meilleurs en milieu rural. Il y aura même des électrices et des électeurs qui se rendront aux urnes pour voter pour des candidat(e)s UMP ou Verts qui sollicitent un mandat électif dans une assemblée qu’ils veulent voir disparaître ! Ils donneront mandat à une femme ou un homme, dont la seule ambition sera de détruire la collectivité départementale jugée inutile, dépassée, dispendieuse… et donc devant être à terme supprimée. C’est un peu comme si une personne venait vous réclamer votre confiance pour conduire votre automobile à la casse ! Il faut donc comprendre que ce scrutin n’apparaisse pas comme essentiel pour une majorité de jeunes et de moins jeunes. Beaucoup trouvent qu’il n’y a pas d’enjeu véritable pour leur quotidien et attendent les « présidentielles », où ils pourront voter pour la plus attirante des têtes de gondole ! La proximité n’existe plus, et il est vain de chercher à exprimer sa différence, puisque la notoriété ne s’acquiert plus par le travail inlassable, mais par les coups d’éclat savamment organisés. Comment voulez-vous qu’un « conseiller général » laborieux passionne les foules quand une invitation à l’Elysée vous transforme en une minute en vedette nationale ? Désespérant !
Comment ne pas être tenté par une escapade, lorsque depuis des mois et des mois on explique inlassablement que le grand enjeu de notre époque reste la capacité de la « politique » à pendre le dessus sur « l’économique ». Tout le monde s’en moque, alors que plus aucun acte n’échappe au diktat économique. Chaque lettre reçue, chaque convocation, chaque décision ne reposent que sur le fondement de sa « rentabilité » financière… plus que sur tout caractère humain. La femme et l’homme politique capitulent sans cesse face aux conséquences de ces décisions sur le système économique, devenu une sorte de réseau intouchable, car réputé pouvant apporter le salut à l’humanité !
Kadhafi devient brutalement un pantin sanguinaire pour Alain Juppé, quand il ne peut plus justifier son poids économique et donc excuser un comportement de Néron du pétrole ! « Lorsqu’un gouvernement n’est pas capable de protéger sa population lui-même, lorsqu’il l’agresse, alors la communauté internationale à le devoir d’intervenir », a-t-il affirmé, se parant de toutes les vertus, au prétexte que tous les Etats occidentaux de Droite ont été aussi trouillards que la France des Droits de l’Homme. Il oublie très vite les épisodes laudateurs de la libération des infirmières otages bulgares…Avait-il, par exemple publié, comme moi, le 9 décembre 2007 (1), une chronique sur son blog pour dénoncer la venue de celui qui n’était qu’un vulgaire preneur d’otages installé au cœur des ors de la République Française, dans une tente de mégalo, sachant très bien que la lâcheté de ses hôtes le protégeait ?
Vente d’armes, pétrole, pêche, contrôle des flux migratoires : les priorités n’étaient pas politiques, mais encore et toujours économiques ! Il y avait eu une violente critique de… Robert Badinter sur RTL, mais d’autres s’étaient rendus sans barguigner à la réception organisée en faveur de ce satrape fêlé ! J’aimerais bien, par exemple, entendre Roland Dumas qui déclarait : «Sur le plan des relations internationales, et pour l’avenir, utiliser un ton de va-t-en-guerre n’est pas très intelligent», lui qui s’était rendu «plus de vingt fois» en Libye et connaissait bien le colonel Kadhafi. L’ex-ministre PS des Affaires étrangères de François Mitterrand, de 1984 à 1986, puis de 1988 à 1993, estimait en 2007 que cette visite officielle était «un aboutissement» et que Mouammar Kadhafi «a compris que le monde a changé». Pas de raison, donc, pour ne pas «l’intégrer dans le grand concert des nations».
Patrick Ollier, quand à lui, avait déclaré sur Europe I, en extraordinaire prévisionniste politique : « Je ne sais pas si les personnes qui critiquent la Libye sont allées en Libye. Pour ma part, j’y suis allé une dizaine de fois depuis 2003. J’ai vu, en l’espace de cinq ans, l’évolution considérable de ce pays, les lois qui ont changé… », ou Jean-Pierre Chevènement qui avait considéré qu' »on peut faire avancer les droits de l’Homme à l’occasion d’une politique, mais on ne peut réduire une politique extérieure aux droits de l’Homme ».
« Si on veut faire l’Union de la Méditerranéenne, on doit travailler avec des Etats qui sont sur la rive sud, que ce soit Ben Ali (Tunisie), Bouteflika (Algérie), le roi Mohammed VI (Maroc) ou le président Moubarak (Egypte) », avait-il fait valoir.
Est-on plus inquiet pour le Peuple libyen que pour les cours du baril de pétrole ? Même si personne n’ose trop l’affirmer, le pouvoir d’achat déconfit prend le pas sur le pouvoir tyrannique de Kadhafi ! On attendra qu’il soit mort pour pendre son effigie diplomatique à un croc de boucher ! Et pour les cantonales, il va falloir convaincre…

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4 réponses à Impossible de ne pas s'enliser dans le doute

  1. J.J. dit :

    «  » »Depuis des mois, je tente d’exercer mes deux mandats électifs sans défaillance…. » »,

    …et également d’écrire tous les jours ma page de blog en me tenant et nous tenant au courant de l’actualité du monde, que les grands médias oublient de nous montrer, de relater mes souvenirs de jeunesse, de veiller la nuit à la sécurité des citoyens de la commune etc, etc….

    Il t’arrive de dormir parfois la nuit Jean Marie ?

    Quant à Kadhafi, j’ai toujours pensé que c’est une monstrueuse tartufferie que d’avoir décrété qu’il était devenu fréquentable.
    Tel il était, tel il est resté, les évenements nous donnent malheureusement raison.

    Maintenant on ne peut quand même qu’être inquiet si l’on se rapporte à l’histoire : la population d’Iran était en liesse quand elle a mis à la porte la famille Palhavi.
    Que sont devenus ses espoirs ?

  2. Suzette GREL dit :

    Nous sommes beaucoup plus informés de ce qui se passe dans le monde (pas forcément de façon exacte) que des enjeux d’un territoire et des transformations primordiales de notre société…pour autant il faut continuer à parler, calmement mais fermement comme tu sais le faire.
    Les mauvaises herbes s’arrachent, le sol se travaille et les roses refleuriront.

  3. Annie PIETRI dit :

    J’admire ton optimisme, Suzette, et j’aimerais bien pouvoir le partager….Mais je crains bien que Jean Marie ait réussi à me communiquer ses doutes sur la capacité de nos concitoyens à réagir et à se rebeller. Alors lisons et relisons le pamphlet de Hessel, insurgeons nous.

  4. Sylvain dit :

    Des doutes sur la capacité de nos concitoyens à réagir et à se rebeller? Si on lisait tout ce qui s’est dit sur la Tunisie, l’Egypte ou la Lybie… il y a peu encore on verrait « les doutes ». Le peuple tunisien, le peuple égyptien, tous les peuples savent que les institutions de l’Union européenne, comme le FMI et les gouvernements des grandes puissances capitalistes d’Europe et des Etats-Unis, ont soutenu les dictatures sanglantes de Ben Ali et Moubarak.
    Alors pour aider ces peuples à aller au bout de leur révolution FMI, UE et Cie sont disqualifiés.
    Laissons les poursuivre sans aucune ingérence. Et méfions nous de la capacité du peuple français à réagir et à se rebeller. Il l’a montré lors du combat sur les retraites, mais il a été trahi « en haut ».

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