Je reviens emballé par NKM…

En plus de 30 ans de vie publique, j’ai eu l’opportunité de rencontrer des Ministres amis ou ennemis. André Labarrère, Michel Rocard, Laurent Fabius, Catherine Lalumière, Alain Juppé, quand ils étaient en fonction, sont venus ou revenus à Créon pour des raisons diverses et avec un comportement totalement différent. J’ai toujours été persuadé que c’est véritablement tenir un rôle dans un grand théâtre politique dont on ne découvre les facettes que quand on entre dans les coulisses. Depuis quelques années les Ministres ne viennent plus à Créon, mais en revanche je suis conduit à les rencontrer dans des échanges collectifs totalement différents de ceux que l’on peut imaginer. Se rendre au Ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des transports et du logement ne relevait pourtant pas cette fois de la visite protocolaire.
Une délégation de 6 maires de toutes les obédiences politiques, ayant participé aux « fameuses » négociations sur la collecte et l’élimination des emballages ménagers, voulait s’expliquer directement avec Nathalie Kosciusko-Morizet sur une processus pour le moins suspect, lié au renouvellement de l’agrément d’Eco-emballages. Cet organisme « producteur », mais refusant d’être payeur a en effet bénéficié d’une grande mansuétude de la part de son Ministère de tutelle. « Je regrette fortement que dans les négociations relatives à la participation de cet organisme à l’application du Grenelle, le Ministère ait joué contre les élus » a décoché sans se démonter Gilles Vincent, Président d’Amorce, Maire UMP de Saint-Mandrier, conseiller général du Var. D’abord, Jean-Marie Durand, Directeur-adjoint du cabinet ministériel, a entendu sans sourciller cette apostrophe, comme il a dû entendre que les négociateurs, dont j’étais, n’avaient pas apprécié de se retrouver un matin, bernés par une décision prise par les administratifs de 5 ministères sur le départ, puisque touchés par le remaniement gouvernemental, fixant à 640 millions d’euros la contribution des producteurs d’emballages ménagers alors que pour respecter les décisions du Grenelle il fallait au minimum 780 millions ! « Je n’aime pas tellement ce qui s’est passé dans cette négociation ! » a ensuite lâché NKM arrivée entre temps.
Je dois avouer que j’ai été impressionné par la franchise réelle de cette Ministre, d’apparence extrêmement frêle, mais qui n’a pas eu, face à nous, la langue de bois. « Vous savez, il y a eu des influences nombreuses sur ce dossier, rendant tout équilibre difficile à trouver. Je comprends votre amertume, car ce sont les élus et eux-seuls qui assument dans le secteur des déchets l’augmentation des coûts, et en cette période du tous pourris, je sais par expérience combien c’est difficile ». Entre deux gorgées de son thé, elle ne fait pas grand mystère des pressions venues du sommet de l’Etat, et elle ne défend pas la gestion du dossier par l’équipe de son prédécesseur.
Sous les regards de la duchesse de Montespan, du Prince de Condé, du duc d’Epernon, du Duc de Guise, dont les portraits en médaillon ornent les murs du salon vert où nous siégeons, le dialogue en face à face avec la ministre est beaucoup plus libre qu’il ne l’a jamais été avec ses collaborateurs, parfois mal à l’aise face aux vérités assénées par les élus présents. « Le barème E de compensation est voté et nous ne pourrons pas revenir en arrière, avoue Nathalie Kosciusko-Morizet, mais nous devons travailler pour 2012 et la revoyure sur la fiabilité des statistiques relatives aux coûts de la collecte et du traitement, qui ne doivent plus venir d’Eco-emballages, la gouvernance globale de la commission consultative, sur le respect des termes du contrat issu du Grenelle… » Elle semble convaincue par les constats précis, concrets, fiables énumérés par tous les membres de la délégation ayant résisté à de multiples situations très ambiguës, vécues au sein de la commission de négociation. C’est là que l’on peut mesurer ce qui manque aux Ministres : savoir consacrer sur leur temps quelques minutes pour écouter la vérité et ne pas se fier aux notes faites à leur intention par des « collaborateurs » portant bien ce vocable suspect.
« Madame la Ministre, en laissant Eco-emballages agir à sa guise, vous placez les élus qu nous sommes face à une situation paradoxale puisque, pour éviter d’avoir à expliquer que trier plus c’est forcément payer plus, il va devenir plus confortable de ne plus trier du tout et de tout envoyer vers l’incinération ! J’entends beaucoup d’élus qui hésitent à taxer les électrices et les électeurs dans une période où il faudrait qu’ils restreignent les prélèvements… Nous allons à l’encontre des objectifs du Grenelle ! Les transferts sur les collectivités et les ménages finiront par faire effondrer les plus belles intentions » Je n’ai peut-être pas été écouté mais j’ai au moins eu la satisfaction d’avoir libéré ce que j’avais sur le cœur. On est vite passé à autre chose mais finalement, la discussion a duré plus de deux heures sur ce thème. Nous sommes repartis avec des assurances sur des positions beaucoup plus fermes vis à vis de ces éco-organismes de la part du Ministère… Les REP (responsabilités élargies du producteur) devraient arriver en 2011 sur les déchets des traitements médicaux, sur les déchets diffus, spécifiques et dangereux (peintures, aérosols, détergents…) et celle sur les meubles en 2012, après avoir franchi les obstacles de la Commission européenne et du conseil d’Etat ! Par contre, la « haute autorité de contrôle » de ces organismes privés, chargés de missions réparatrices des dégâts du monde du profit, se comportant comme des filiales de multinationales a été boudée par des interlocuteurs, sachant que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ! « Ils ont bénéficié jusque là d’une certaine forme de complaisance ! » a avoué Madame la Ministre. Comment ne pas être d’accord avec elle, et constater que Borloo avait moins de volonté, puisqu’il avait toujours refusé de nous recevoir ? Il reste à vérifier… que ces propos résistent à l’usure du temps, et ne finiront pas aux poubelles de la gouvernance.

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5 réponses à Je reviens emballé par NKM…

  1. Bonjour Jean-Marie,

    « Emballé, c’est pesé » dit-on!
    Et bien tant mieux que tu aies pu t’exprimer et aussi être écouté par NKM.
    Car c’est bien dans ce sens qu’il faut comprendre les choses; Ainsi tu ne pourras plus écrire que tu as eu l’opportunité de rencontrer des Ministres amis ou ennemis, mais des Ministres amis ou pas, entre bons républicains!
    Très cordialement,
    Gilbert de Pertuis en Luberon et de l’asso Noster Paca.

  2. J.J. dit :

    «  » » »Il reste à vérifier… que ces propos résistent à l’usure du temps, et ne finiront pas aux poubelles de la gouvernance » » » »
    C’est ce que je pensais en lisant tes propos.
    Car la pauvre femme est sincère, certainement. Mais elle s’est peut-être fait « remonter les bretelles » par qui vous savez » ou l’un de ses sbires. Les « interêts supérieurs » (comprendre mon magot en expansion)ne lui laissent certainement pas une marge de manoeuvre lui permettant d’améliorer la situation dans l’interêt général.

  3. Philippe dit :

    Il est assez surprenant que ta grande expérience ne t’es pas permis de voir qu’une fois de plus les élus s’étaient fait rouler dans la farine.

    J’ai connu la création de Éco-emballage et plus tard de Amorce, ces associations privés chargées de redistribuer l’argent public ont toujours eu pour objectif de plumer les collectivités locales.
    De plus NKM comme tu la nomme peut tout vous promettre puisque elle ne sera plus ministre en 2012.

    Je ne partage pas ton optimisme.

  4. denis dit :

    Ce sujet c’est le verre à demi-plein ou à demi-vide. Il est difficile de se faire une véritable opinion tant les pressions des industriels pèsent sur le fonctionnement de l’état. Et ce n’est pas le changement de gouvernement qui devrait y changer grand chose tant la pression sur l’emploi est forte.

    Vous avez été emballés par NKM. Mais j’ai réellement peur que les pressions soient les plus fortes. En matière d’environnement, le citoyen a peu de chances d’avoir gain de cause. On donne l’impression de le satisfaire d’un côté pour rendre la situation pire d’un autre…

  5. Christian BAQUE dit :

    Là où je ne comprends pas ton emballage, pardon, ton emballement, c’est que, si j’ai bien lu, 1.Eco emballage a les mains libres. 2. « Trier plus, c’est forcément payer plus ». Donc l’usager va trinquer.
    Quant à ces élus « qui hésitent à taxer les électrices et les électeurs dans une période où il faudrait qu’ils restreignent les prélèvements… » tant mieux. Pas un seul élu fidèle à son mandat ne devrait accepter de taxer ses concitoyens et ensuite s’en laver les mains en disant « c’est la faute à Sarkozy ».

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