La République ? Qu’est-ce que ce machin-là dont plus personne ne mesure réellement l’existence ni même parfois l’intérêt ? Elle se dissout lentement dans une sorte de monarchie des apparences démocratiques qui n’affole personne, et surtout pas les personnes qui sont persuadées qu’elles auront une place à la table de celui qui instille le doute sur ses véritables intentions. La situation devient ainsi extrêmement préoccupante pour celles et ceux qui veulent bien ouvrir les yeux sur les réalités du quotidien. La France a franchi ces derniers jours des étapes durables vers le déclin des principes qui ont fondé depuis deux siècles son existence.
Certes, il y a quelques voix qui s’égosillent dans le lointain pour s’angoisser de l’indifférence générale, mais rien n’y fait. On ne parvient plus à convaincre que celles et ceux qui sont déjà convaincus. Et encore beaucoup, par des généralisations hâtives, se détournent des écrits ou des discours, puisqu’ils ont décidé de ne plus s’intéresser qu’à leur passion personnelle, et de se moquer de l’intérêt général. La République se meurt mais, dans le fond, si elle succombe sans trop de scandale, personne n’entendra le bruit de sa chute.
Le périple du Chef de l’Etat français au Puy en Velay, après le pèlerinage à Latran, ressemble étrangement au sacre de Napoléon souhaitant bénéficier d’une onction autoproclamée religieuse. Une offense impardonnable à la laïcité d’une République, qui peut conduire tôt ou tard à l’installation de véritables guerres sur le territoire national. On entrait dans le rite obscur des croisades virtuelles, contre un ennemi réputé virtuel, mais que tout le monde a identifié. C’est un assassinat terriblement angoissant du principe fondateur des seules Républiques ayant résisté au temps : la laïcité. Il s’agit en fait d’une escroquerie intellectuelle qui, bien entendu, ne dupera que les… incultes !
Comment en effet des catholiques sincères peuvent-ils accorder leur confiance et peuvent-ils se réjouir de voir un homme, qui a bafoué les « dix commandements », se parer de la tiare du défenseur de leur religion ? C’est une conversion d’un opportunisme tel que jamais un hiérarque de l’Eglise ne devrait accepter de la soutenir sans avoir à se repentir toute sa vie ! Peu importe, dans le fond, que ce soit un cinéma d’une insincérité humiliante pour ces gens pour lesquels tout acte doit être justement empreint de sincérité. Nicolas Sarkozy a appelé à « assumer sans complexe » l’héritage chrétien de la France, tout en défendant la diversité au Puy-en-Velay , alors que s’ouvre à l’UMP un débat sur la laïcité, critiqué à gauche mais aussi dans la majorité. C’est une rodomontade supplémentaire, un défi aux partisans de ce principe voulant que si chacun est libre de ses choix religieux, la république ne doit en choisir aucun. «La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage, je suis le président d’une République laïque, mais je peux dire cela parce que c’est la vérité, je ne fais pas du prosélytisme ». Des propos d’un jésuitisme exceptionnel, que l’on ne peut qu’attribuer à la plume d’Henri Guaino, le créateur de la « laïcité positive ».
En fait, il s’agissait d’une campagne de communication réunissant trois sujets : le simulacre de pèlerinage au Puy en Velay, l’accueil de Zemmour par une groupe UMP en extase… et l’annonce de la suppression de l’impôt sur la fortune, liée à une pseudo disparition du bouclier fiscal ! La religion du fric qui se fait sciemment éclipser par une guerre de religion en gestation. Une nouvelle illustration de la mort de cette République que l’on nous avait promis « irréprochable », mais qui se gangrène toujours plus au fil des sorties présidentielles.
L’UMP et les sans étiquettes qui maintenant se présentent en son nom aux cantonales vont se réjouir de cette visite à la vierge noire du Velay, effectuée par leur saint patron. Ils auront tout autant de raisons de pavoiser quand ils liront les déclarations de Zemmour, devant un parterre de parlementaires croyant dans le même « Saint patron ». Eric Zemmour, condamné pour provocation à la discrimination raciale a, en effet, défendu sa conception « de la liberté d’expression » lors d’un débat de l’UMP, dont il était l’invité vedette, en dénonçant la judiciarisation de « la parole publique », et la « terreur moralisatrice ». Il faisait probablement un « ménage » comme on dit dans le milieu de la télévision, quand une vedette du petit écran va prêter son nom à une manifestation de promotion dans un supermarché ou dans un pince-fesse pour cadres !
« La liberté d’expression, c’est la liberté d’avoir tort », a-t-il proclamé lors d’un long discours lu à la tribune, devant un parterre d’élus UMP, dont Jean-François Copé et l’organisateur, Hervé Novelli, brièvement rejoints par le ministre de la Défense, Gérard Longuet (tiens donc, le voilà à l’œuvre !). Il a lancé avec la grande fierté du roquet aboyant devant ses maîtres pour montrer son utilité : « C’est désormais le code pénal qui régirait les règles de bienséance de la parole publique ». « On ne serait donc plus alors dans une démocratie qui suppose un espace désacralisé où les vérités ne sont pas absolues mais relatives (…), mais dans une théocratie où une parole sacrée s’impose à la société (…) et où la justice est chargée de punir les déviances (…), les dérapages qui sont autant de sacrilèges ». Mais oui, Zemmour, nous vivons dans « une théocratie où la parole sacrée s’impose à la société »…celle de Nicolas Sarkozy puisqu’il est censé parler au nom des Françaises et des Français ! Désormais, il va s’exprimer ainsi : « Nous, Nicolas, Président de la République, décidons par la Grâce de Dieu , décidons… »