La journée qui lance la descente aux enfers

Il faut absolument regarder des œuvres de fiction qui retracent la montée du nazisme. C’est une question de survie de la République. Nous allons droit vers l’abîme, comme ce fut le cas dans les années 30, avec les mêmes outrances verbales, les mêmes thèmes de débat, les mêmes accusations et surtout la même indifférence du peuple. Les prochaines élections cantonales démontreront que le pays est miné par la gangrène de l’idéologie de la facilité démagogique. Dans la journée de hier, trois nouvelles étapes ont été franchies, mais elles ne conduiront pas les électrices et les électeurs à accomplir la révolution des urnes lors des cantonales.
D’abord on apprend, tout à fait par hasard, les dessous d’une manipulation honteuse de l’opinion la plus fragile, avec un sondage dont on découvre qu’il a été accompagné d’une incitation financière à se positionner, sur un sujet qui relève de la citoyenneté. Même si ce n’est pas nouveau, il faudra admettre désormais que le constat des choix politiques relève de « l’incitation financière ». D’ici à ce que le 20 mars, l’UMP décrète que chaque vote permettra d’obtenir une prime versée directement par le parti présidentiel, il n’y a qu’un pas que notre démocratie est prête à admettre. Comment croire en cette démocratie, qui permet d’acheter et de vendre des voix « officieuses » donnant une orientation à l’opinion dominante ? Il faudrait proposer des tarifs divers : une prime différente selon le vote exprimé pour le FN, l’UMP ou le PS. Ce serait honnête pour « fidéliser la clientèle ». C’est tout bonnement ce que Goebbels avait inventé dans le domaine de la propagande : la révélation ! Sachant que les Allemands n’osaient pas exprimer leur soif de revanche, il leur inventa des victimes expiatoires, avant de les lancer ensuite vers des ennemis plus institutionnels. Chez nous, désormais, on se sert de sondages pour persuader le peuple qu’il a raison de penser ce qu’il pense. C’est parti pour former une opinion dominante reposant sur le confortement, par des vérités préfabriquées, des instincts les plus vils de la nature humaine. C’est tout simplement jouer aux apprentis sorciers, débordés par l’utilisation de ce qu’ils croyaient être la formule magique leur permettant d’arriver sans effort au succès. Le problème, c’est qu’au bout d’un moment, plus personne n’arrive à stopper la machine infernale.
Ensuite, il suffit de discréditer toute la politique pour accentuer la rupture entre le Peuple et ce qu’il ne considère plus comme une république libre, égalitaire et fraternelle. La justice, critiquée par le chef de l’Etat français se prenant pour un « justicier » de feuilleton télévisé américain a donné, avec le procès Chirac, une nouvelle image déplorable de sa non-indépendance. Ce n’est que l’aboutissement de marchandages conduits dans des repas élyséens successifs qui, faute de réconcilier les ennemis de toujours, auront permis de sceller des échanges de mauvais services. Dans le genre je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, je t’échange des emplois fictifs contre des frégates pakistanaises, on a atteint les sommets. Il ne manquerait plus que le tribunal se déclare incompétent pour rejuger l’affaire Clearstream. On peut comprendre les raisons qui avaient poussé MAM à se croire invincible, car elle sait mieux que quiconque le contenu des accords verbaux passés entre tous ces amis qui ne se veulent aucun bien, mais qui refusent d’être conduits au tombeau politique ! Désastreux, quand on sait que chaque jour, des milliers de mois de prisons sont distribués dans ce pays à des gens, certes douteux, mais n’ayant pas la possibilité de poser la question prioritaire de constitutionnalité… En décrédibilisant la justice, et plus encore le monde politique, le sarkozisme aux abois va ruiner le peu de confiance que le peuple avait dans les partis, celles et ceux qui les dirigent, et plus encore dans la démocratie représentative !
Enfin, il reste en cette fin de journée qui marquera, j’en suis certain, le déclin de notre système républicain, le pire avec l’exacerbation volontaire de la haine raciale. Suivant les prescriptions de cet infâme bouffon qu’est Zemmour, une députée UMP a dit tout haut ce que ses collègues pensent tout bas. « Il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout, remettons-les dans les bateaux », a lancé celle dont je ne citerai pas le nom pour ne pas lui faire cet honneur. Elle a ajouté, pour faire bonne mesure : « Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer. Nous devons montrer que nous avons des solutions (…). On doit assurer la sécurité en France et rassurer les Français ». Ouf ! Etes vous certain que dans les déclarations d’Outre Rhin, à une certaine époque, on ne retrouverait pas des propos du même acabit (le bateau en moins) sur les juifs, les communistes ou les tziganes ?
Députée UMP bon teint, porte parole du temps de Xavier Bertrand, du parti présidentiel, en ce jour où les femmes réclament toute leur place dans la vie politique, elle a trouvé la sienne ! Elle ne sera pas exclue de l’UMP, car elle rejoindrait vite le FN. Elle a seulement voulu exorciser le camouflet infligé à son mentor par ses collègues. « J’appelle la majorité à rester soudée. Si on se divise, le texte (NDLR : celui sur la déchéance de la nationalité) ne sera pas voté, et Claude Guéant n’aura pas les moyens de lutter contre l’immigration clandestine (sic) », a déclaré, juste avant le début de l’examen en deuxième lecture du projet de loi sur l’immigration, François Fillon devant les députés UMP. Le Premier ministre a précisé que l’abandon de la mesure, pourtant dictée par le discours sécuritaire de Grenoble, avait été pris en accord avec le président de la République. La mesure visait à déchoir de leur nationalité les personnes devenues françaises depuis moins de 10 ans qui se sont rendues coupables de crime à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité de l’Etat. Une idée qui a eu son heure de gloire avant-guerre, et durant l’occupation allemande… quand le Chef de l’Etat français ordonnait aux « bons Français » de retirer leur identité à des femmes, des enfants et des hommes que l’on mettait davantage dans des trains à bestiaux que dans des bateaux. Cette journée est donc bel et bien à garder en mémoire, car c’est le début de la descente aux enfers !

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3 réponses à La journée qui lance la descente aux enfers

  1. Christian Coulais dit :

    Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
    Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
    Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme….
    (Luc Barney)
    c’est ce qui vient à l’esprit dans l’instant présent !

  2. danye dit :

    La France ..elle peut tout supporter avec tout ce que l’on voit , entends ou ce que les journaux écrivent …

    La descente aux enfers se poursuit inlassablement! les outrances verbales arrivent de partout !! Aucune retenue de nulle part!
    QUE PEUT penser le pauvre citoyen de France perdu dans ses soucis journaliers au milieu de cette pagaille qui ressemble à un poulailler !

    On comprend mieux la révolte dans les pays voisins! la sonnette d’alarme a bien résonné mais nos gouvernants sont totalement sourds. AFFAIRE A SUIVRE EN 2012.
    Faudra t il que les citoyens acculés grimpent sur les barricades avant cette date FATIDIQUE.

  3. Annie PIETRI dit :

    Oui, Jean Marie, l’atmosphère se fait de plus en plus pesante, et l’attitude du pouvoir de plus en plus révoltante! Oui, Christian, les corbeaux volent au dessus de nos têtes, et le pays est de plus en plus enchaîné. Oui, mes camarades c’est l’alarme. De nous trois, je suis la seule à avoir vécu cette période. J’étais jeune. Mais je ressens encore physiquement, comme si c’était hier, l’angoisse qui étreignait mes parents et mes grands parents et qui était palpable, même pour l’enfant que j’étais. Et aujourd’hui, j’ai l’impression, moi aussi, que c’est une descente aux enfers que l’on nous prépare.

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