On ne nous dit vraiment pas tout !

Le risque nucléaire ne sera jamais véritablement maîtrisé, malgré toutes les assurances que peuvent donner les scientifiques qui surveillent les usines où les centrales sont implantées. Il est en effet impossible de juguler les effets d’éléments naturels qui se déchaînent de plus en plus souvent. Il est vrai que les promoteurs de cette source d’énergie prétendent en général tout prévoir, mais ils sont toujours pris au dépourvu par un épisode dangereux. On se souvient tout simplement de la tempête de 1999, qui avait fragilisé, à cause de quelques centimètres d’inondation, la centrale nucléaire du Blayais. On a vite oublié ce danger caractérisé pour entamer des discussions interminables sur la manière dont on pouvait espérer juguler les dangers constatés. En tremblant sur ses bases terrestres, le Japon a démontré que le risque zéro était totalement utopique. En effet, malgré toutes les précautions, le séisme a singulièrement secoué les certitudes technologiques. Il faudra encore attendre plusieurs heures avant de connaître la réalité des dégâts profonds causés à des systèmes pourtant réputés aux normes les plus exigeantes en matière de sécurité. Lentement apparaît la fragilité de ce qui était pourtant réputé d’une robustesse à toute épreuve !
Que peut-on penser des décisions françaises sur, par exemple, la dispersion dans le monde du nouveau réacteur EPR ? Est-on certain des lieux d’implantation, après que notre Voyageur Représentant Populiste ait signé de pseudos contrats mirifiques ? Savons-nous véritablement si les acheteurs sauront juguler les dégâts constatés en cas de coup dur ? A-t-on une idée exacte sur les conséquences d’une catastrophe ?
Les autorités s’apprêteraient, en effet, à relâcher de la vapeur radioactive afin de faire retomber la pression qui s’est élevée dans un réacteur de la centrale Fukushima N°1. C’est autour de cette centrale que six mille habitants avaient été sommés d’évacuer une zone de trois kilomètres de rayon. Une décision que la France ne serait à aucun moment capable de mettre en œuvre, car elle n’a aucune culture du risque. Chez nous, on ne réagit qu’a posteriori, en demandant au gouvernement ou au Parlement de prendre des mesures ou de faire des lois quand tout est trop tard !
Les eaux de refroidissement de cette installation nucléaire avaient baissé à un niveau inquiétant, mais un camion équipé du matériel adéquat pour rétablir la situation est arrivé sur les lieux. Des troupes des Forces d’auto-défense (le nom de l’armée japonaise) en tenue de protection nucléaire (NBC) ont été dépêchées sur les lieux pour vérifier la situation. Or, les autorités indiquaient qu’il n’y avait aucune fuite radioactive dans les centrales nucléaires pendant les heures qui ont suivi les plus fortes secousses sismiques. Ce qui est faux, puisque désormais le ministère de l’Industrie a indiqué que les onze réacteurs nucléaires de la région s’étaient automatiquement arrêtés. Un incendie a cependant touché un bâtiment abritant une turbine dans l’une des centrales nucléaires, mais le sinistre aurait été éteint. Aucune fuite radioactive n’a été détectée dans les sites nucléaires des préfectures touchées. C’est la théorie de la fuite d’informations progressive qui est appliquée.
D’abord, l’état d’urgence nucléaire a été décrété au Japon à titre de précaution, alors que chez nous il faudrait des heures avant qu’un plan d’une telle ampleur soit lancé, et qu’ailleurs, dans certaines parties du monde, nul ne sait véritablement si un plan existe puisqu’il n’y a pas véritablement de contrôles internationaux indépendants. Qu’arriverait-il si Kadhafi avait eu une installation de ce type ? ensuite, il y a cette terrible progressivité dans les annonces. Elle n’inspire jamais confiance. « Rien » puis « un peu », puis « pas mal » et enfin « trop ! ». Tous les Etats pratiquent cette montée en puissance d’un désastre inavouable : une augmentation de la pression à l’intérieur du réacteur. Pour la faire redescendre, l’entreprise annonce qu’elle va relâcher de la vapeur, prenant le risque d’une « petite fuite nucléaire »… sans risques ! Selon le ministère de l’Industrie… Schneider explique pourquoi le problème de refroidissement du réacteur à eau bouillante de la centrale, construite dans les années 60, peut devenir « extrêmement grave. « Sans courant, il n’y a pas d’évacuation possible de la chaleur résiduelle, ce n’est pas comme une voiture qui s’arrête si l’on coupe le moteur. La chaleur résiduelle correspond jusqu’à 7% de la puissance du réacteur, et il y a un risque de fusion du cœur si l’on ne continue pas à le refroidir. Combien de temps faut-il pour que cette fusion se produise ? On ne peut pas le dire. C’est en tout cas déjà arrivé. À la centrale de « Three Mile Island » (Etats-Unis) en 1979 : une partie du cœur a fondu. C’est ce qu’on appelle un accident majeur. Après le tremblement de terre de Kashiwazaki, en 2007, les réacteurs avaient été arrêtés. Quatre sur sept n’ont toujours pas été remis en service depuis. Les dégâts ont été pires que ce qui était prévu. Selon Greenpeace France, qui tente d’éclaircir la situation : « Aucune nouvelle information ne permet d’affirmer que la situation est sous contrôle ! » On apprendra la suite, parcelle par parcelle. Il serait intéressant de retrouver le déroulement des affirmations lors des crises françaises liées à une installation nucléaire, pour avoir une idée de ce qui se passe plus ou moins secrètement au Japon !

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4 réponses à On ne nous dit vraiment pas tout !

  1. J.J. dit :

    La fuite d’informations progressive me rappelle les déclarations d’un personnage, dans un bouquin de Daninos je crois,à propos d’une « situation de conflit international »( en français vulgaire : état de guerre avec les voisins) :

    « Quand les autorités militaires déclarent contrôler la situation , ça veut dire qu’il est temps de faire ses valises. »

    Autrement dit, les déclarations des autorités japonnaises n’ont vraiment rien de rasurant.

    Il est vrai que nous sommes loin. Et dans le pire des cas nous avons nos frontières pour nous protéger d’éventuels nuages radioactifs.

  2. Christian Coulais dit :

    Et bien oui, voilà qu’on en reparle de ces incidents peu probables, et encore moins en France !
    Tandis que le moratoire sur le photovoltaïque et les décisions qui en découlent brident le développement de cette énergie douce, comme les autres d’ailleurs. Quel lobby puissant à double tête, Areva et EDF !
    Pour connaître la vérité abonnez-vous aux lettres de Sortir du Nucléaire, et jetez un coup d’oeil sur la carte de notre pauvre France nucléarisée jusqu’à la moelle… http://www.sortirdunucleaire.org/

  3. Annie PIETRI dit :

    Les autorités s’évertuent à nous faire croire qu’il n’y a aucun risque, et ce soir,il semble bien pourtant que ce soit plus qu’un risque….Sur la côte d’Azur, et sans doute ailleurs, on se souvient douloureusement du nuage de Tchernobyl qui devait sagement rester au-delà de nos frontières…. Mais qui n’a pas obéi aux autorités, polluant les forêts entre Nice et l’Italie…Dans ma modeste recette des impôts (environ 20 personnes) deux de mes collaboratrices se sont réveillées un beau matin avec un cancer de la tyroïde dont l’origine était, sans aucun doute possible la pollution nucléaire due au nuage qui nous avait survolé….Et avait contaminé, en particulier, les cueilleurs de champignons.
    A force de jouer aux apprentis sorciers, sans se soucier des conséquences néfastes sur la population, on finira par nous conduire au désastre !

  4. J.J. dit :

    Et l’on n’a jamais parlé des pilotes partis quotidiennement en reconnaissance sur les frontières de ce qui était l’URSS, ainsi que du personnel au sol de la base aèrienne de Strasbourg.
    Tout ce personnel ignorait alors la catastrophe de Tchernobyl. Les pilotes et les appareils furent iradiés, ainsi que des hommes au sol chargés de la maintenance des appareils.
    Je tiens ce témoignage du père d’un des pilotes, victime de cette véritable tragédie, qui ne fut pas portée à la connaissance du au « grand public ».

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