La privatisation énergétique conduit à la catastrophe

La terrible catastrophe japonaise met en évidence de manière objective les incohérences de la politique gouvernementale française de ces dix dernières années. Elle devrait provoquer une lame de fond écologiste aux prochaines cantonales, ce qui réjouira probablement les caciques de l’UMP, car ils pourront minimiser sans vergogne les résultats obtenus par le PS, et oublier facilement que ce sont leurs propres erreurs qui transforment la défense de l’environnement en enjeu électoral. Si l’on examine les événements japonais en matière de protection du nucléaire, il y a en effet une véritable dimension politique aux événements en cours.
Peu de commentateurs rappellent que jusqu’à ce que l’Europe saccage les services publics, le nucléaire relevait d’une entreprise nationale, sous contrôle direct de l’Etat, et non soumise aux nécessités du profit. C’est sur cette base que la France s’était engagée dans un programme ambitieux de développement de ses centrales nucléaires, considérées comme des structures capitales à plus d’un titre pour le pays. Ce paramètre essentiel n’a jamais existé dans un pays aussi libéral que le Japon et nous avons bien évidemment emboîté le pas en privatisant EDF… au nom de la concurrence libre et non faussée. Il faut être simple et clair : la compagnie Tepco, gérante d’un pan entier de la production et de la distribution électrique, n’a bien évidemment jamais réellement respecté les règles de sécurité. Il faut dégager des bénéfices et donner aux actionnaires les dividendes qu’ils espèrent ! Le Japon va être le premier pays du monde à payer au prix fort ce renoncement permanent du « politique » chargé de la qualité de vie globale des gens, face à « l’économique », strictement préoccupé par le profit qu’il peut tirer de ses activités !
Voici par exemple la situation de Tepco au 29 janvier dernier, qui devrait interpeller chaque citoyen qui ne se contente pas des apparences. Première compagnie privée d’électricité du monde, le japonais Tokyo Electric Power (Tepco), a annoncé un bénéfice net de 157,7 milliards de yens (1,19 milliard d’euros) pour la période d’avril à décembre, contre une perte de 137,7 milliards de yens (1,04 milliard d’euros) un an plus tôt. Un redressement spectaculaire dont personne ne donnera les vraies raisons (Economie de gestion ? Réduction des personnels ? Remise en cause de la sécurité ? Manque d’entretien ?..)
Sur les neuf premiers mois de 2009-2010, Tepco a réalisé un chiffre d’affaires en baisse de 14%, à 3.657,5 milliards de yens (28,8 milliards d’euros), en raison d’une chute de la demande des grands clients industriels, frappés par des conditions économiques difficiles. Mais ses dépenses courantes ont enregistré le même mouvement, reculant de 22,7% à 3.482,6 milliards de yens (26,38 milliards d’euros), grâce à la baisse des cours du pétrole utilisé par le groupe dans ses centrales thermiques. Nous aurons exactement les mêmes problèmes en France avec ERDF et ses filiales, qui doivent désormais dégager coûte que coûte des profits ! La sous-traitance outrancière sur le site du Blayais et la recherche d’économies dans tous les domaines, sont connues de tous les observateurs. En choisissant la privatisation du secteur de la production de l’énergie, on a ouvert la porte à des catastrophes répétées.
Que va faire Tepco ? Aura-t-elle les moyens de juguler des défaillances de systèmes internes des centrales, dont on a du mal à faire le lien avec le séisme ou le tsunami ? Qui peut assurer que les contrôles effectués par des Etats qui détruisent tous les postes de fonctionnaires impartiaux sont fiables ? Sait-on, en France, que des impasses sont effectuées par l’exploitant des centrales nucléaires pour économiser ? Touchent-elles la sécurité ? A-t-on des personnels formés et compétents dans tous les postes ? Quelles certitudes a-t-on sur la sous-traitance ? Lors de la tempête de 1999, infiniment moins forte que les événements japonais, on avait vite rafistolé le plan de prévention des risques sur Braud et Saint Louis. Il faut rappeler qu’en avril 2003, le gouvernement japonais avait ordonné à TEPCO de fermer tous ses réacteurs nucléaires pour un contrôle de sécurité après la découverte de documents falsifiés… Comment étaient les documents actuels ? On ne le saura jamais !
Qui peut prétendre en France, à part le dramatique Besson, que les principes du Grenelle sur les énergies renouvelables sont mis en œuvre ? Et dès qu’un élu souhaite s’investir dans les éoliennes, par exemple, il se heurte à des vagues « d’égologistes » qui hurlent à l’assassinat de l’environnement. On a le cas en Gironde, où l’implantation de ces engins à quelques kilomètres de la centrale de Braud et Saint Louis déchaînent les passions, alors que les événements du Japon devraient conduire ces mêmes groupuscules à se préoccuper d’autres dangers pour leur propre avenir. Certes, rien n’est jamais parfait, mais comment peut-on refuser cette modeste contribution à la fin du nucléaire ? En complexifiant les règlements sur l’éolien, la majorité UMP avait officiellement et ostensiblement donné la priorité au nucléaire…avant de renoncer. Lors du Grenelle 1, la France s’est pourtant engagée à produire 23 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables. Or, un quart de cet objectif doit être atteint grâce à l’énergie éolienne. La filière photovoltaïque vient de prendre un coup terrible, au nom des difficultés financières que suscitait son expansion pour ERDF.
Samedi, le gouvernement a publié au J.O. deux arrêtés fixant un nouveau cadre réglementaire au secteur. Au programme, à partir de ce jeudi 10 mars : des prix d’achat environ 20% inférieurs au tarif en vigueur au 1er septembre 2010. Une aberration économique pour les industriels, qui pointent plusieurs dizaines de milliers d’emplois menacés et un avenir qui reste flou, alors que les énergies fossiles regagnent du terrain. C’est ça, la réalité française actuelle ! C’est toujours moins d’Etat responsable, et toujours plus de privatisations. C’est toujours plus de mépris pour l’Homme et toujours plus de considération pour le profit ! Et au bout du chemin, il y a les catastrophes sur lesquelles on s’apitoie quand c’est trop tard ! Toujours trop tard, car on sait que l’affectif est et reste le pire ennemi de la raison !

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2 réponses à La privatisation énergétique conduit à la catastrophe

  1. Alain.e dit :

    Très juste analyse de la situation actuelle,les écolos sont souvent incohérents dans leurs prises de positions.
    Un grand bravo au gouvernement aussi pour sa chasse aux niches fiscales,en effet je suis le modeste utilisateur d’une employée de maison 12 heures par mois,et devant l’ augmentation des charges,je pense à la licencier.
    Alors un grand bravo à la droite,et surtout ne changer rien pour les exilés fiscaux et autres utilisateurs de grandes niches.

  2. Christian Coulais dit :

    Démanteler une forêt d’éoliennes sera toujours moins onéreux qu’une centrale nucléarisée à démembrer et surtout sans catastrophiques risques de stockage de ces milliers de mètres cubes de béton, métaux radioactifs et autres déchets nucléaires d’une durée de vie impensable à l’échelle de notre modeste mais égocentrique personne.
    Et n’oublions pas que l’uranium n’est pas renouvelable et n’appartient pas aux modestes mais géniaux français => aucune indépendance M. Besson !

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