Bengazi…Abidjan : mourir pour le pétrole ou le cacao

Alain Juppé, étoile montante de la Sarkozie en déliquescence n’a pas le temps ce week-end de sauter dans un avion de la république française pour aller arracher une opération d’ingérence dans une révolution en cours. Il est vrai qu’il a les cantonales de Bordeaux 2 qui le préoccupent et c’est certainement plus décisif pour son avenir que pour celui de certains autres territoires de la planète. Pourtant, il avait foncé à brides abattues pour aller quérir un pseudo consensus pour justement modérer les ardeurs massacrantes du toujours éminent membre de l’Union pour la Méditerranée dont on ne répètera jamais assez l’importance. Là, on assiste à une affligeante partie de poker menteur, puisque toutes les raisons sont réunies pour que l’ingérence à la demande de l’ONU s’applique à… la Côte d’Ivoire qui n’a pas de pétrole mais qui a, en revanche, un tyran meurtrier à sa tête. Quelle différence peut-on faire entre Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhafi ? Est-on certain que la mort sous les bombardements n’a pas la même importance à Abidjan qu’à Bengazi ? Un canon qui frappe des populations civiles à Abidjan est-il plus respectable que celui qui frappe une ville libyenne ? Mais que fait BHL ? Qu’attend-il pour se rendre dans les quartiers bombardés de la capitale du cacao ? Que fait-il pour les morts ivoiriens ?
Le gouvernement du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo a estimé que « la force » constituait une « voie sans issue » pour résoudre la crise post-électorale et a de nouveau plaidé pour un « dialogue inter-ivoirien ». Il a été inspiré par le tyran libyen, qui ne dit pas autre chose, avec les conséquences que l’on connaît ! Lui, il est écouté et les casques bleus regardent passer les obus !
L’ONU est pressée d’interdire les armes lourdes à Abidjan. L’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud, a estimé que cette ville était «au bord d’une guerre civile», en raison des violences post-électorales dont la capitale économique ivoirienne est le théâtre. Ce n’est pas une raison pour déplacer le Ministre des Affaires étrangères… et de mobiliser les forces de l’ONU avec le même zèle que ce fut le cas pour celles de l’OTAN. «Il n’y a plus ni loi, ni ordre, l’accès à l’aide humanitaire est de plus en plus difficile, les hôpitaux ferment, les mouvements de population s’amplifient. et depuis des mois… on laisse monter un climat de guerre civile à Abidjan. La raison politique de cette crise est très simple. C’est que le président sortant, Laurent Gbagbo, ne veut pas partir et qu’il sait que l’ONU est… totalement inutile, car incapable d’assumer une décision et de la mettre correctement en œuvre. Des dizaines de morts, des civils bombardés, des bandes incontrôlables qui terrorisent, pillent, violent et tuent mais… rien d’urgent. Le président sortant Laurent Gbagbo refuse depuis le scrutin du 28 décembre 2010 de céder la place au président internationalement reconnu Alassane Ouattara, suscitant une tension croissante dans le pays et la crainte d’une nouvelle guerre civile. Les violences ont fait jusqu’à un million de déplacés en Côte d’Ivoire, dont une majorité qui ont fui Abidjan, à cause des violences, et on ne trouve pas un avion « rafale » pour expédier ad patres celui qui serait l’otage, selon certains reportages de pasteurs plus ou moins spéciaux venus du continent nord-américain.
Par ailleurs, selon le HCR, plusieurs centaines de «mercenaires libériens pillent, violent et tuent» dans la région de Guiglo, devenue une «zone de non-droit» dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. «Ils ne sont pas pro-Gbagbo ni pro-Ouattara, ils profitent seulement de la situation. « Ces mercenaires libériens ne sont pas des enfants de chœur », a insisté le responsable du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés. « Guiglo est dans une zone de non-droit, il n’y a plus de police qui fonctionne, tout le monde fait ce qu’il veut », a-t-il dit. Tiens donc, il y aurait donc là-bas aussi des mercenaires aussi cruels que ceux de Kadhafi, que l’on montre sans cesse dans nos journaux télévisés.
La France a vite mobilisé son énergie pour faire cesser ces exactions qui sont encore plus graves et plus réelles que celles prêtées au vice-président de l’Union pour la Méditerranée : le Nigeria et la France ont présenté un projet de résolution qui sera discuté la semaine prochaine ! Le texte dit, en premier lieu, que Gbagbo doit partir. Une grande nouveauté. La deuxième priorité est de mettre fin aux violences contre les civils et, en particulier, (…) il faudrait interdire les armes lourdes dans la zone d’Abidjan.. Selon l’ambassadeur de France « les gens de Gbagbo ont utilisé des mortiers contre des quartiers civils. Et nous voulons aussi des sanctions contre Gbagbo et ses proches conseillers ». C’est vrai que ce sera particulièrement efficace. Les populations ivoiriennes le savent…et elles s’enfuient. il va falloir leur expliquer qu’elles ne risquent plus rien et que les 12 000 soldats étrangers présents sont là, non pas pour vivre sur le pays, mais pour les protéger ! D’ailleurs, elles sont toutes au courant que depuis un sommet des dirigeants des pays de l’Union européenne à Bruxelles, le chef de l’Etat français a qualifié de « scandale » les tirs à l’arme lourde à Abidjan.
« Il faut au minimum déclarer qu’Abidjan soit interdite aux armes lourdes », a-t-il ajouté comme à Bengazi. Des avions de la coalition occidentale ont bombardé des unités blindées de Mouammar Kadhafi dans l’est de la Libye pour ouvrir la voie aux rebelles qui tentent de prendre le contrôle d’Ajdabiah, un carrefour stratégique.
Au cours des dernières 24 heures, les forces de la coalition, emmenée par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, ont tiré 16 missiles de croisière Tomahawk et effectué 153 sorties aériennes. Un avion français a détruit dans la nuit une batterie d’artillerie des forces régulières près d’Ajdabiah, à 160 km au sud de Benghazi, la « capitale » des rebelles dans l’Est libyen. Le ministère britannique de la Défense a annoncé pour sa part qu’un chasseur-bombardier Tornado avait tiré des missiles sur des véhicules de l’armée libyenne, menaçant des civils dans la même région. A Abidjan… le massacre continue. On ne va tout de même pas attaquer le palais présidentiel sanctuarisé de Gbagbo pour du cacao et des bananes !

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1 réponse à Bengazi…Abidjan : mourir pour le pétrole ou le cacao

  1. Christian Coulais dit :

    C’est du Créon-match > le poids des mots, le choc des photos ! Cette triste et violente photographie parle déjà immensement à nos yeux de voyeurs, aveugles de l’ouïe, mais ne nous touche plus ?
    Profiteurs que nous sommes, tout cela c’est bien à cause de nos us et coutumes, qui nous reviennent en pleine figure. Ici l’uranium, là le prétrole et, pour le raffinement, une tasse de bon chocolat chaud « yabonbanania » ! Politique étrangère cupide !

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