Si le bâtiment ne va pas… rien n'ira !

Je suis de ceux (rares car pessimistes) qui pensent que la crise n’est, non seulement, pas terminée, mais qu’elle va reprendre de l’ampleur sur le plan social dans les prochains mois. Il va bien falloir se rendre à l’évidence, les dégâts causés par les défaillances bancaires ne se sont pas arrêtés, comme le nuage de Tchernobyl, aux limites de l’Hexagone. Les prochaines victimes seront, à n’en point douter, les employés des PME du BTP, car deux phénomènes se conjuguent pour réduire considérablement les investissements dans ce domaine.
D’abord celui des restrictions forcées des opérations habituellement lancés au cours du premier semestre par les collectivités territoriales. En effet, et c’est un constat déjà patent, faute de ressources suffisantes, ces dernières ont considérablement réduit leurs programmations. En plus, le décalage du vote des budgets communaux ou intercommunaux à la fin avril va accentuer le retard dans les ordres de services. Au total, ce sont des millions d’euros qui vont manquer cet été dans les carnets de commande des PME, d’autant que les grands groupes cassent sans vergogne les prix dans les marchés publics et raflent des lots qui ne les intéressaient pas antérieurement. Plus d’intérim, réduction des effectifs, difficultés de trésorerie… l’automne sera extrêmement dur dans les travaux dits publics.
Ensuite, vient de tomber une autre information. Ce matin, lors d’une rencontre en mairie, un employé de banque m’indiquait ne pas avoir signé un seul prêt à la construction. « C’est la première fois depuis dix ans que ça arrive », expliquait-il. Il ne savait pas que la Banque de France allait confirmer son appréciation d’une situation qui deviendra vite très dangereuse pour le principe sacro-saint : « quand le bâtiment va, tout va ! »
Les chiffres trimestriels de la Banque de France, publiés, confirment les premières intuitions: depuis janvier, la demande de crédit immobilier enregistre sa plus forte baisse depuis deux ans, date du très net ralentissement lié à la crise. Le mouvement devrait se poursuivre au deuxième trimestre, ce qui permettra au Chef de l’État français de se rendre prochainement sur un chantier pour clamer que des mesures vont être prises ! Premier facteur de cette désaffection : les taux de crédit immobilier qui continuent de grimper, pour le plus grand plaisir des… banquiers internationaux. C’est donc un coup d’arrêt pour les investissements des jeunes ménages qui, en plus, n’achètent plus d’immobilier ancien, réputé trop cher ! On approche, il est vrai des taux à 4,5 % très bientôt, alors qu’ils étaient de 3,22 en novembre dernier. Tout le monde hésite et surtout épargne au maximum pour attendre des jours supposés meilleurs.
Les courtiers immobiliers, qui examinent les dossiers de candidats à l’achat, s’inquiètent depuis plusieurs mois des effets de ces réalités puisque, pour certains d’entre eux, diminution du pouvoir d’achat oblige, la solvabilité des ménages pourrait flancher cette année. Il est, en effet, de plus en plus difficile de passer sous les fourches caudines des crédits bancaires à long terme.
En un an, selon les études publiées, le revenu moyen des emprunteurs est passé de 59 700 euros à 61 100 euros, ce qui limite les emprunteurs. Un signe que les candidats les plus modestes renoncent à leurs projets ? Entre novembre et aujourd’hui, les ménages ont perdu 6,4% de leur pouvoir d’achat immobilier. Pour emprunter 150 000 euros sur 20 ans, ils doivent justifier d’un revenu mensuel net de 2784 euros contre 2607 en novembre. Tous ceux qui ne peuvent présenter ce nouveau niveau de salaire sont maintenant exclus du marché, explique un responsable d’agence immobilière. Au bout de la chaîne, il y a les pavillonneurs et les ouvriers du bâtiment en état de manque. La rareté du terrain à bâtir, et donc l’augmentation des prix de vente, aggrave également, sur certains secteurs, la situation.
Pour les futurs « propriétaires », la seule issue semble donc désormais être de jouer sur la durée d’emprunt, ce qui dans le contexte social actuel, constitue un véritable pari sur l’avenir, puisque les emplois deviennent à durée… hypothétique dans le privé comme dans la fonction publique. Si on allonge le prêt de neuf mois, pour celles et ceux qui peuvent y accéder, on absorbe pour l’instant les deux tiers de la hausse des taux. Dans quelques jours il faudra allonger d’un an pour amortir le choc de la hausse des taux ! Au mois de mars, la durée moyenne des prêts a atteint son plus haut niveau depuis deux ans, avec un niveau très élevé de 217 mois, soit un peu plus de 18 ans. L’endettement supérieur à 25 ans représente maintenant 27% des prêts, contre seulement 25,8% fin 2010. Les moins de 35 ans, qui ne constituaient que 1% des souscripteurs des prêts de plus de 25 ans en 2001, voient leur part grimper à 34%. Le « neuf » décline, alors que la revente est toujours au sommet de la courbe pour des habitations à des prix convenables.
« Je signe beaucoup plus de prêts à la consommation et aux travaux d’amélioration que pour la construction » ajoutait mon employé de banque avec lequel j’effectuais une revue de détail de la situation sur le territoire du créonnais. « Le problème, c’est que souvent il ne s’agit que d’achats de matériaux, et que je suis certain que les travaux sont effectués par les gens eux-mêmes ou des amis… » il ne faut donc pas compter sur ces supports pour relancer les chantiers créateurs d’emplois. Comme le solaire (photovoltaïque) vient d’être sabordé, comme les mesures du Grenelle attendent dans les cartons des décrets, il y a fort à craindre d’une hécatombe dans le tissu jusque là épargné des PME. Amis, que l’on se rassure : tout va bien pour les actionnaires des banques et le cours de l’or !

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