Le torrent médiatique a emporté la vérité

Le torrent médiatique emporte tout sur son passage et, s’il est parfaitement canalisé, il peut charrier vers l’océan de l’Histoire des Hommes n’importe quel cadavre d’une pseudo vérité. C’est ainsi depuis deux ou trois décennies. Le flot le plus souvent boueux de l’actualité envahit les esprits pour tuer la raison et engloutir le doute. Il emporte avec lui, parfois, des femmes et des hommes dont on ne retrouve les corps putréfiés par des accusations, des approximations, des manipulations, que de longues années plus tard, abandonnés sur les plages des îles désertes du savoir. La tentation est grande de se contenter de faire du rafting sur ces courants, construits pour justement permettre de se laisser entrainer à croire que l’on maîtrise la situation. En quelques heures, le tsunami d’un scoop détruit tout sur son passage, ôte toute valeur au quotidien, permet d’ancrer, sans espoir de retour vers le réel, des vérités en prêt à porter.
Ben Laden est mort. Dont acte. Obama informé, conseillé par la CIA, l’a annoncé au monde quelques jours après le mariage de Kate et Williams (ça ne vous a pas échappé) afin qu’il n’ y ait pas de concurrence déloyale et de rapprochements détestables. On apprendra par bribes, pour que l’effet soit durable, les conditions dans lesquelles a été exécuté le pire terroriste de la planète, responsable par prédication de milliers de morts. Il faut nourrir quotidiennement le monstre affamé par le sensationnel, et donc lui réserver encore quelques morceaux de choix. Il était, selon les révélations permanentes qui dégoulinent d’internet, surveillé depuis pas mal de temps, et on a même eu le temps de faire des répétitions avant de passer à l’action. C’est donc la preuve que le jour, l’heure, de cette action d’éclat a été soigneusement choisi. Il en va de même pour la déclaration d’Obama qui terminait la soirée sur le continent américain, débutait celle qui arrivait en Europe et qui permettait comme pour une finale de coupe du monde de football d’avoir le meilleur horaire médiatique planétaire.
Impossible de douter sérieusement d’un bidonnage complet, et je ne me risquerai pas à emboiter le pas de celles et ceux qui prétendent que, dans un grand pays libéral et démocratique comme les Éats-Unis, on peut « monter » de toutes pièces la vie et la mort d’un personnage aussi symbolique que Ben Laden. En France, nous avons apporté notre pierre à l’édification de son existence, puisque Imad Lahoud, l’agent des services particuliers de l’affaire Clearstream le connaissait au moins aussi bien que Gergorin ou Villepin. Ce gars là est fiable, et son témoignage mérite d’être filmé et enregistré pour la postérité. Je suis rassuré : Ben Laden est bien réel, puisque Lahoud l’a rencontré ! C’est déjà un poids en moins.
L’opération des services spéciaux US a aussi bel et bien éxisté. Des images ont dû être faites, car il est impensable que la télé réalité américaine se retrouve sans aucun document flou, obscur et mouvementé pouvant illustrer un tel coup d’éclat. Inévitable : on a photographié son corps avec, à côté, un journal pakistanais du jour, comme on le fait dans les romans d’espionnage, pour identifier une image. C’est vrai que s’il a pris une balle d’un fusil d’assaut américain en pleine tête il devait être délicat d’exhiber la photo sans faire de reconstitution par thanatopracteur hautement spécialisé dans des délais très courts, puisqu’il fallait l’expédier par le fond pour que sa trace se perdre dans un autre océan que celui des souvenirs. Mais bien entendu, toutes ces interrogations ne sont que le fruit d’une imagination maladive et d’un doute trop prégnant. Les Pakistanais ne savaient rien et, bien entendu, ils ne sont pour rien dans cette affaire d’une simplicité absolue et dont il ne faut pas douter, tellement le torrent médiatique va faire considérer celles et ceux qui tentent de s’accrocher aux faits, comme de vulgaires fétus de paille décrédibilisés par la force de l’opinion dominante.
La mort de Ben Laden débarrasse la planète d’un poids considérable, au moment où les armées occidentales s’épuisent dans des conflits causant des centaines ou des milliers de morts, sans véritables résultats tangibles. Si la terrible menace d’Al Quïada n’existe plus, on va pouvoir se retirer sur la pointe des Rangers, et économiser ainsi des milliards qui partent en missiles, bombes, carburant, logistique et autres salaires de militaires accomplissant des missions périlleuses. Certes, il restera à se poser dans plusieurs années la question du bien fondé de ces missions civilisatrices, et de l’utilité des morts qu’elles auront causé, mais d’ici là, on aura bien trouvé d’autres motifs pour alimenter le torrent médiatique qui traverse les vertes prairies intellectuelles de notre monde parfait !
Ben Laden est mort. Acceptons-le comme un gage de notre volonté collective de nous protéger contre les paroles et les actes terroristes partout et tout le temps. « Justice a été faite ! » ont repris en chœur les gens qui comptent leurs morts, mais pas nécessairement ceux des autres. Les uns ont mérité les honneurs, les autres n’auront eu que le malheur de se trouver là, parfois par hasard, ou d’avoir perdu, engloutis par la propagande ou la religion, la raison. Tout est toujours moins simple qu’on le croit et seule la relativisation de l’actualité permet de ceindre une bouée de sauvetage, pour se prémunir de la noyade des consciences. « L’apparence requiert art et finesse, la vérité calme et simplicité ». À méditer, c’est de Kant !

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1 réponse à Le torrent médiatique a emporté la vérité

  1. J.J. dit :

    Ben Laden est mort ?
    Voilà encore un évènement qui n’a pas fini d’inspirer les adeptes de hypothèses conspirationistes.
    Certains vonr bien le retrouver sur une île déserte en compagnie du « King », de Lady Die, de Michael Jackson, qui sais-je encore ?

    Et oui, encore heureux que l’intervention des gladiateurs étatsuniens n’ait pas éclipsé les fastes du mariage princier !

    Heureusement tout le monde n’a pas le mauvais goût de mourrir, comme ce pauvre Jean Cocteau, le même jour qu’Edith Piaf, ce qui a complétement occulté sa disparition et n’a pas permis de lui rendre l’hommage qu’il méritait.

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