Une gouvernance à la godille idéologique

La godille, qui permet quand il n’y a pas de vent et plus d’énergie suffisante pour propulser le bateau, de rentrer au port, est devenue un art de gouverner la France. On s’agite fortement à droite, à gauche, on se trémousse dans tous les sens, avec l’espoir de finir par reprendre un peu d’élan. Pas question de poser la rame, car elle pourrait être reprise par un autre, et il faut donc, même si les effets sont modestes, continuer à godiller, sous peine de se retrouver en panne au milieu de l’eau ! L’équipe de campagne électorale du Chef sortant de l’État français va bâtir une stratégie de campagne autour de ce principe de navigation des patrons de chaloupe. Durant les semaines qui viennent, elle va naviguer à vue, avec des prises de position contraires ou différentes, afin de tenter de relancer une dynamique, quand il n’y a plus aucun souffle politique dans les voiles UMP.
La journée de commémoration du 8 mai en sera un exemple flagrant. Elle ne servira qu’à donner le « négatif » de la photo antérieure, montrant les sarkozistes tentant de précéder ou de suivre à la trace Madame Le Pen ! La consigne est simple : se démarquer, à travers des signes extérieurs de richesse intellectuelle, des propos très proches des thèses qui ont justement conduit à ce qu’un jour, dans l’Histoire de l’Humanité, il y ait eu besoin d’un 8 mai… C’est d’autant plus facile que personne, à gauche, ne s’est emparé de cette date pour en faire une manifestation populaire contre les thèses racistes, xénophobes, d’exclusion sociale, d’extermination massive, portées par les défenseurs de ce qu’ils nomment des « détails de l’Histoire ».
Partout dans l’opinion dominante, on a instillé l’idée que les éructations du Front National, confortées mezza-voce par des propos ou des initiatives des caciques de l’UMP, depuis un an, ne sont plus dangereuses. Madame Le Pen a d’ailleurs vu venir le danger, et a tenté de rompre les liens historiques qui ont lié son parti avec les néo-nazis… afin de gommer les différences visibles (sur la forme mais pas sur le fond) avec les partis réputés honorables, partageant les mêmes discours.
Les skinheads, les treillis, les élévations de la main, les tatouages provocateurs ne sont plus les bienvenus, alors que les principes restent admis en sourdine, et au nom de la libre expression. Rien n’a changé dans les fondements des idéaux antisémites, racistes, dans l’exploitation des plus bas instincts de l’Humanité, dans les propos démagogiques sur la vie politique, les propositions absurdes mais populistes. Le nazisme ne se montre plus, mais il agit par imprégnation des esprits, avec la complicité de l’indifférence de trop de consommateurs de la vie sociale, mais de moins en moins d’acteurs. La responsabilité des auteurs de petites phrases immorales sur l’immigration, celle des organisateurs de pseudos colloques sur la laïcité, celle des adeptes de la résignation face à des manquements graves aux principes républicains, celle des politiques aux abonnés absents quand il faut se battre sur des valeurs et plus sur des personnes, celle des utilisateurs de la force aveugle, pour exister ou défendre des intérêts strictement économiques, font entrer le monde dans la tourmente, pour sauver leur pouvoir chancelant. Il faut absolument donner le change, et par des opérations de communication, faire oublier tout cela. Ouest France débute ainsi son article de présentation du énième déplacement du Chef de l’État français : « le 8 mai 2011 entrera dans cette logique de destruction des réalités par les apparences ! Le sarkozisme va faire dégouliner de la Résistance, pour faire oublier sa complicité avec les idées défendues par celles et ceux qui ont justifié… la résistance. Un grand écart qui n’est possible qu’avec un zeste de propagande médiatique complaisante. Le chef de l’État rendra aujourd’hui hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour leur pays et la liberté, à Port-Louis, près de Lorient, à l’occasion de l’anniversaire du 8 mai 1945. La France est libre, en ce 8 mai 1945. Mais Lorient, évacuée suite aux bombardements, et ses alentours, devront attendre deux jours pour être libérés. En venant aujourd’hui saluer les hommes et les femmes de la Résistance à la citadelle de Port-Louis, Nicolas Sarkozy devra se souvenir que, dans cette fameuse poche de Lorient, on aura souffert 48 heures de plus, avec des occupants affamés et des vainqueurs impatients… ». Le tour est joué. Oubliés les propos de ses Ministres de l’intérieur successifs, oubliées les avancées ambigües de l’UMP, son parti désormais humaniste. Cet article démontre à l’évidence que la supercherie va encore une fois marcher : « Moi, M. le Président, je godille dans le sillage de la Marine nationaliste, mais je m’en démarque par un geste symbolique ». Stylos, micros, caméras devraient en témoigner !
Pourquoi ne pas avoir rendu un vibrant hommage, en ce 8 mai, aux libérateurs musulmans de la France (vous savez ceux qui priaient avant de partir au combat, dans les rues à Monte Cassino), aux soldats africains enrôlés de force (ils ne savaient pas qu’il neigeait en Alsace), aux soldats noirs américains tirés des états racistes du sud et envoyés sur les plages de Normandie (ils étaient chez les GI les égaux des autres), les étrangers de l’orchestre rouge (pas grave, ils étaient communistes ou anarchistes), les anti-franquistes entrés dans les maquis (ça leur permettait de sortir des camps où on les avait enfermés)…Ces immigrés- là avaient des papiers en règle, et on pouvait, quand ils étaient morts au combat, leur enlever au poignet une plaque d’immatriculation… comme les nazis enregistraient les numéros tatoués sur les bras de leurs innocentes victimes. Une plume lyrique de l’Elysée aura écrit un discours de circonstances pour ce 8 mai qui doit, et qui devrait être, le jour de la mobilisation citoyenne contre le nazisme et toutes ses pousses parasites renaissantes, les visibles, les sournoises, les vivaces, qui obscurcissent le ciel de notre avenir.
Pour le reste, ce ne sera qu’un brin de godille supplémentaire !

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