Une marée noire sur la plage de l'espoir

Le sol s’est ouvert sous les pieds de nombreux militants du Parti socialiste. Une sorte de gouffre qui devrait servir de référence dans tous les débats devant exister dans les sections. Désormais, il faut faire le deuil de principes de fonctionnement qui viennent de s’effondrer, à travers ce qui n’est malheureusement qu’un fait divers quotidien parmi beaucoup trop d’autres. Il n’y a pourtant aucun espoir que la majorité d’entre eux tente de tirer des leçons raisonnables de cet événement, présenté comme une tragédie. En fait, ils devraient se poser simplement la question des motivations de leur adhésion au Parti socialiste dans cette période cruciale. Ont-ils rejoint durablement le parti de leur choix pour des valeurs simples ou sont-ils venus pour soutenir une personnalité ? C’est l’essentiel du débat entre le fait d’être acteur du PS en allant au devant de celles et ceux qui ne le sont pas, ou celui de n’être considéré que comme un fan idolâtre, attendant simplement un vote qui lui permettrait de rentabiliser son engagement.
En fait, celui qui est entré pour défendre des idées ne peut pas être effondré par une « affaire » plus ou moins limpide, mettant en cause un homme porteur de son destin, il sait que, demain, une autre personnalité se lèvera pour tenir le flambeau. Si les valeurs sont justes, partageables, solides, celle ou celui qui prendra le relais n’aura aucun problème pour les porter dans l’opinion publique. Il aura d’autres défauts et probablement, assez facilement, d’autres qualités, et si une majorité de militants le soutiennent, il gagnera vite en crédibilité. Malheureusement, si le désespoir de la « perte d’un être cher » prend le pas sur la raison qui doit présider au combat politique, c’est l’échec garanti. Contre les modes, les pressions, les enjeux réels, il faut en effet rester sur la base des idées et ne se rallier à un candidat que lorsqu’on le juge capable de les faire vivre, mais éviter d’aller à l’envers. Or le coup est terrible pour le PS, car il tentait de s’inscrire dans cette démarche consistant à parler du global, pour ensuite confier les clés du combat à celle ou celui que l’opinion dominante estimait capable de tenir le cap. Le voici replongé dans un affrontement de personnes, et donc forcément d’écuries présidentielles.
Au PS, tout est à rebâtir, avec comme lourd handicap le fait qu’il y a désormais une catastrophe médiatique, une sorte de marée noire à éliminer, sur les plages de l’espoir. Le parti socialiste doit rester un parti de militants, et pas une « basse cour » occasionnelle, dans laquelle on passe pour picorer de la célébrité potentielle. A l’heure de la durabilité, on va pouvoir constater la nature des engagements. En tentant de mettre en place cette caricature démocratique que représentent les « primaires », le PS va accentuer le trou ouvert par le séisme strictement privé qui vient de se produire. Le socialisme doit, pour moi, rester un engagement et pas une adhésion, car on constate que cette dernière ne résiste pas aux aléas de la vie sociale. Avec un brin de lucidité, les « combattants des valeurs » constatent parfois que, lorsqu’ils se retournent, les tranchées sont bien désertes lorsqu’ il s’agit de monter à l’assaut sur le fond et pas sur la forme.
Cette évolution vers le « culte de la personnalité » n’a jamais été aussi forte. Elle éclipse tous les autres paramètres depuis le 21 avril 2002, quand il a fallu admettre que Lionel Jospin avait échoué par manque de charisme. On a assisté lors de l’échéance présidentielle suivante à une campagne ne reposant que sur une différenciation, via les sondages, qui jugent nécessairement sur des impressions et des apparences. En fait, l’américanisation voulue de la vie sociale française a trouvé son aboutissement dans les événements de ces derniers jours, et le pire, c’est que personne ne constate que nous allons vers les mêmes comportements, les mêmes approches médiatiques et judiciaires.
L’UMP a pris le virage depuis longtemps en exploitant les penchants les plus cyniques de la nature humaine, et en utilisant justement des événements similaires à celui dont se sont emparés les tabloïds anglo-saxons et, avec des pincettes, quelques médias français. Inutile de revenir sur des faits divers terribles qui ont justifié des prises de parole circonstancielles plus ou moins impudentes. Impossible de ne pas avoir en mémoire des utilisations abusives de drames personnels qui confortent les gens heureux de pouvoir lapider des coupables réels ou de trouver des exutoires à leurs haines diverses.
Pour le moment, Madame Le Pen se permet de ne pas aller aussi loin, et laisse avec délectation les autres faire le boulot à sa place. Elle relèvera les compteurs de voix dans quelques mois, car pour elle, la route est dégagée, puisque son accession au fauteuil de papa lui a donné un certificat de « présidentiable ». Les propositions comptent peu. Il suffira de les adapter pour combler les points faibles des sondages et conforter les points forts.
Le PS courra donc toujours un risque, tant qu’il liera son sort à l’émergence d’une personne contrainte de tuer son (sa) « camarade de classe » pour occuper le devant de la scène. Prospérer sur l’image, c’est se condamner à mourir par l’image. Grandir sur les idées et les initiatives, c’est accepter de ne jamais renoncer à convaincre. Se faire prier pour devenir une icône, c’est forcément, le jour où l’accident arrive, plonger les fidèles dans l’enfer. Et en la matière, il n’y a pas de miracle à espérer plus tard !

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8 réponses à Une marée noire sur la plage de l'espoir

  1. Christian BAQUE dit :

    Un parti de militants? Donc un parti démocratique, qui vit des cotisations de ses adhérents, pas de l’argent de l’Etat, proportionnellement aux résultats électoraux! La Vème République n’a pas seulement pourri les partis par la « personnalisation » voulue pas l’élection du président au suffrage universel, mais aussi par un système où les partis sont devenus « institutionnels ». Cerise sur le gâteau: le cordon ombilical droite-gauche avec l’Union européenne, ses traités, ses institutions.
    Quant à l’affaire DSK, elle risque de révéler bien d’autres dérives…

  2. Bonsoir Jean-Marie,

    Le socialisme doit rester un engagement et pas une adhésion;

    Pour moi aussi!

    Gilbert de Pertuis en Luberon

  3. PIETRI Annie dit :

    Entièrement d’accord avec toi Jean Marie, et avec Gilbert de Pertuis en Luberon…Le socialisme est et doit rester un engagement, derrière des idées, et pas derrière un individu….Bien sûr, on peut avoir plus de sympathie, ou d’affinités intellectuelles avec l’un ou l’autre des responsables, mais il n’en demeure pas moins que le socialisme est indivisible, et que le militantisme ne saurait être partisan. Ceux qui l’oublient ne sont pas socialistes….

  4. Hervé Tharaud dit :

    Jean-Marie,
    Pour une fois, j’ai envie de te répondre sur cette affaire qui personnellement m’ a sidéré, au même titre que les twin-towers pratiquement. On redoute que ce que l’on nous montre ne soit vrai, et l’on a du mal à y croire. Et pourtant, je crains que ce que l’on va apprendre en fin de semaine ne nous conforte dans ce qu’il va bien être obligé d’accepter comme étant une réalité. Alors, comment réagir? Je pense , en premier à la victime de quelqu’un que nous n’imaginions pas être capable de celà alors que tout lui était possible dans l’univers du consentement. So What???

  5. Cubitus dit :

    La différence entre nous et l’Oncle Sam, c’est que chez nous, dès qu’il s’agit de quelqu’un de haut placé, on marche sur des oeufs, on tergiverse, il y a des pressions politiques, la Justice devient frileuse, on étouffe parfois l’affaire de quelque bord que soit l’intéressé. Selon que vous soyez puissant ou misérable n’est ce pas.

    Rien de tout cela aux US, tout le monde est logé à la même enseigne, du président au dernier des péquins.
    L’égalité absolue de tous devant la Loi.
    Cherchez l’erreur.

  6. J.J. dit :

    Situation navrante et catastrophique.

    Mais imaginez que l’avion de DSK ait décollé avant l’arivée des pandores ?

    Et que le même avion se soit abîmé dans l’Atlantique ?

    Ce n’est pas une hypothèse invraissemblable, malheureusement, cela s’est déja produit, hélas.

    La question de la « sucession »éventuelle ne se poserait pas.

    Aux dernières nouvelles, il est d’ailleurs peu problable qu’elle se pose.

    Il est évident que ce n’est pas sur un individu qu’il faut faire reposer nos espoirs mais sur une éthique et un projet.

    Mais une majorité est-elle capable d’intégrer cette notion ?

    Annie Pietri résume très bien :
    «  » »mais il n’en demeure pas moins que le socialisme est indivisible, et que le militantisme ne saurait être partisan. Ceux qui l’oublient ne sont pas socialistes…. » » »

  7. GUERRIN Paul dit :

    Je partage cet article, mais pas tous les comentaires qu’il a suscité…je préfère quand même notre justice française à celle des chiens américains !
    J’ai 60 ans d’adhésion au PS, je viens d’en démissionner, en opposition avec l’écurie (secte) de la fédération des A-M…. mais je reste socialiste !
    OUI, les « primaires » sont un déni de démocratie et d’exercice des responsabilités…
    De raison, j’aurais voté DSK… « on » ne me fera pas refaire le coup de 2002 ! Tout sauf SARKO et marine LP.
    paul guerrin de Nice

  8. J.J. dit :

    Je suis bien d’accord avec Paul Guerrin, le spectacle que la police et la justice étasuniennes ont « offert au monde a été ignoble.

    J.F.Kanh, très attristé par ce spectacle déclarait que si Sarkozi se trouvait dans la même situation, cela lui ferait autant mal, et l’on ne peut pas l’accuser de nourrir une particulière tendresse pour le personnage.

    De là à voter pour lui : ni, ni, on ne nous refera pas le coup de 2002…..

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