A Deauville, le grand casino de la crise est resté ouvert

Croire que les « vacanciers » de Deauville ont réglé le moindre problème concernant le sort quotidien des habitants de la planète serait avoir une foi inébranlable dans les vertus de l’eau bénite. En effet, la situation est tellement préoccupante sur tous les continents que la situation exigerait un catalogue de mesures impensables dans le contexte de la mondialisation des profits. Le « politique » se contente d’appliquer des cautères sur les jambes en or massif des uns ou en bois de récupération pour les autres… et il sort toujours, avec un sens étonnant de la répétition, les mêmes solutions : des milliards de dollars (une monnaie de singe, car ne reposant plus sur aucune réalité) pour effacer des erreurs colossales. C’est la vision américaine libérale de ce monde qui veut que toute « faute » puisse s’acheter et que les idéaux n’aient aucun prix sur le marché international !
En fait ces « grands » auraient tout simplement pu constater que la crise financière reste quasiment intacte et que ce ne sera qu’avec du sang, de la sueur et des larmes que les peuples peuvent espérer en colmater les brèches. Eux ils font semblant de ne pas voir que l’Europe est sur le fil du rasoir, que les États-Unis vivent à crédit sur le dos des autres pays, que les pays pauvres sont délestés massivement de leurs matières premières dont ils ne voient aucun retour, et que le principe des dominos reste totalement plausible.
Dès que les avions présidentiels ont eu quitté Deauville assiégée (coût de ce grand raout : 16 à 20 millions d’euros), les déboires dont personne n’a parlé sont revenus dans l’actualité. En Grèce, rien n’est réglé, comme rien ne le serait en 2012 avec une arrivée de la Gauche au pouvoir, en raison tout simplement du temps de latence entre une décision politique et… son application concrète. Les décisions du gouvernement hellène ne peuvent pas, c’est une certitude, changer brutalement la donne actuelle. Il faudra encore 2 ou 3 ans pour que l’on sente une véritable évolution basée…certes sur une diminution des dépenses, mais aussi et surtout, comme en France, sur un accroissement douloureux des recettes. On parle donc, une fois de plus, d’une nouvelle restructuration de la dette qui, selon les Allemands et la Banque centrale européenne aurait des conséquences graves, car elle provoquerait un mouvement de panique. Il se pourrait qu’une ruée des créanciers d’Athènes, pour récupérer leur mise, se produise et place le pays en situation de défaut de paiement. Ce ne serait que la démarche d’une faillite aux conséquences non maîtrisables. La chute de la Grèce pourrait avoir « des conséquences encore plus dramatiques que l’effondrement de Lehman Brothers », banque américaine dont la faillite en septembre 2008 avait déclenché la crise financière, a estimé le ministre des finances, reprenant à son compte les propos du chef économiste de la BCE Jürgen Stark dans une dépêche Reuters..
Les Allemands ne croient pas à ce énième réaménagement présenté comme la meilleure solution, alors que ce serait la pire ! La BCE que les opposants au traité constitutionnel européen, dont j’étais, voulaient mettre sous la responsabilité du politique, joue la carte des équilibres monétaires, face aux difficultés des catégories les plus modestes de peuples totalement étrangers à cette banqueroute. Pour la BCE, il faut laisser le temps à Athènes de mener à bien le plan d’économie et de privatisations sur trois ans, défini en 2010 avec l’Union européenne, le FMI et la BCE, en échange d’un prêt de 110 milliards d’euros… qui est désormais insuffisant !
Les comptes de la Grèce sont dans un état particulièrement inquiétant. Le pays est incapable d’emprunter à moyen ou long terme. Il a promis, sous la pression de ses bailleurs de fonds, de réaliser des privatisations susceptibles de rapporter 50 milliards d’euros, mais aucun plan détaillé n’est prêt… car le résultat est incertain. Le FMI devrait donc prêter, en attendant, 30…milliards de dollars, sans avoir la moindre certitude que ce ne soit pas dans un puits sans fond !
Comme tout s’effondre politiquement, l’Irlande pourrait devoir demander un nouveau prêt à l’Union européenne et au Fonds monétaire international, si elle n’arrive pas à retourner sur le marché obligataire pour lever des fonds l’an prochain. Un ministre irlandais reconnaît publiquement l’incapacité de son pays à lever des fonds sur le marché obligataire, en raison des rendements prohibitifs exigés par les… investisseurs. Le programme de 85 milliards d’euros d’aide à l’Irlande prend fin en 2013 et serait donc insuffisant. Le problème, c’est que personne ne voit l’Irlande privatiser davantage qu’elle ne le fait, améliorer ses recettes sur une économie réputée virtuelle et une population réduite.
Remarquez que tout n’est pas négatif, car pour prêter aux nations en danger, les bailleurs de fonds…salvateurs empruntent sur le marché financier à un taux quasiment contraint. C’est ce qui donne des profits intéressants aux banques, qui ont antérieurement coulé les pays qui reçoivent, grâce à leur entremise, des fonds permettant de rembourser des dettes antérieures à ces mêmes banques ! Les rendements obligataires irlandais à deux et cinq ans sont ainsi proches de 12% alors que l’’Union européenne a émis pour 4,75 milliards d’euros d’obligations destinées à aider le Portugal, qui bénéficie au total d’un plan de soutien international de 78 milliards d’euros. L’emprunt, effectué sur cinq ans, offre un taux d’intérêt de… 2,75% et a attiré de nombreux investisseurs en Europe et en Asie. Le serpent monétaire se mord la queue et dans le fond, la seule vérité c’est que le malheur des uns fait systématiquement le profit des autres, surtout dans le monde des financiers ! Mais jusqu’à quand ?

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5 réponses à A Deauville, le grand casino de la crise est resté ouvert

  1. PC dit :

    Deauville? Deauville? Il s’y passait quelquechose?
    Ah oui! c’est là qu’on a vu le petit bedou de Carla pour la première fois.

  2. J.J. dit :

    «  » »le petit bedou de Carla » » »

    On a déja de la peine à admettre que ce genre d’individus existent, c’est navrant de constater qu’en plus ils peuvent se reproduire et de surcroît en être fiers……

  3. Bonjour Jean-Marie
    Salut aux lecteurs.

    Question : …C’est la vision américaine libérale de ce monde qui veut que toute « faute » puisse d’acheter et que les idéaux n’aient aucun prix sur le marché international..,

    ou puisse s’acheter?

    Pour ton billet, je suis parfaitement sur la même longueur d’onde!
    Le Peuple de France va-t-il enfin se réveiller et agir au lieu de se réfugier dans l’abstension en boudant les manifs?

    Très amicalement,
    Gilbert de Pertuis en Luberon

  4. Christian Coulais dit :

    Le dollar simiesque ou l’euro de sansonnet seront-elles nos nouvelles monnaies ?
    Moi, ce qui me défrise particulièrement c’est la réunion officielle, à nos frais, de ces clubs de puissants, G8, G20, Davos et autres réunions des forces libéro-impériales ! Alors que tous ces sujets, importants pour le devenir de notre modeste mais géniale planète, devraient à mon sens, se discuter dans le cadre UNIQUE de l’Organisation des Nations Unies, puisque en son sein, existe un Conseil Economique et Social (ECOSOC, Economic and Social Council). Certes il n’a qu’un rôle consultatif, mais peut-être que les Nations Unies pourraient lui en donner un plus important, afin qu’il joue le rôle de ce club des puissants. Cela implique aussi des modifications importantes, ne serait-ce qu’au niveau de la représentativité au Conseil de Sécurité des membres permanents avec droit de veto ! Mais c’est une autre histoire que nous contera un jour, peut-être, notre hôte…

  5. facon jf dit :

    A lire sur le site Polémia l’analyse de l’économiste Suisse Pierre Leconte intitulé:
    Le franc suisse, la crise et l’euro
    en suivant ce lien
    http://www.polemia.com/article.php?id=2880
    Tous les mécanismes conduisant aux trois Krachs qui se profilent à l’horizon sont expliqués; un krach monétaire avec la chute de l’euro et accessoirement de la livre sterling, un krach obligataire avec la chute des obligations d’Etat des pays du sud de l’euroland, et un krach boursier avec la chute des actions.Consolation, ces évènements dramatiques conduiront nos élites mondiales à réformer le système monétaire international… Bon, alors si tous ces malheurs sauvent le système monétaire international je suis totalement rassuré!!!

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