C'est pire que prévu dans l'Education qui fut nationale

Dans un courrier adressé le 8 juin 2011 à Luc Chatel, ministre de l’Éducation Nationale, l’Association des Départements de France réclame l’ouverture d’une concertation entre le ministère, les équipes administratives et pédagogiques des collèges et les élus locaux. La rentrée sera en effet catastrophique et l’année scolaire qui suivra devrait être l’une des pires du système éducatif public ! En septembre, 40.000 nouveaux élèves devraient en effet entrer en 6e, résultat du petit baby-boom de l’année 2000, tandis que 4.800 postes devraient disparaître dans le secondaire (collèges et lycées), du fait de la règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. C’est une réalité comptable que les parents électeurs n’ont absolument pas vu venir et qui provoquera bien des récriminations quand il sera trop tard. Effectifs surchargés, matières supprimées et donc options réduites, surveillants non présents, personnels éducatifs restreints… Il n’y a que les collectivités locales de proximité qui seront sous pression puisque les mesures gouvernementales n’ont à ce jour provoqué aucune « révolution ». Dans les collèges, il leur faudra absolument faire face aux besoins en matière de demi-pension, de nettoyage, et surtout faire face à la suppression des contrats aidés, qui occupent des postes clés dans le périscolaire, et dont il va falloir prévoir le… remplacement, sous peine de détruire toutes les actions éducatives parallèles. Comment vont-ils refuser, face aux demandes des parents, plus préoccupés du « confort » de leur progéniture que de la réussite scolaire en temps d’enseignement.
Cette équation impossible «aura inévitablement des conséquences extrêmement importantes sur l’organisation du temps scolaire et périscolaire au sein des établissements », prévient le président de l’Assemblée des départements de France, Claudy Lebreton. C’est un cri d’alerte qui a peu de chance d’être entendu dans des collèges, où tout le monde sent venir les vacances. Le drame du système scolaire c’est qu’il est étranglé par des mesures systématiquement néfastes mais sans aucune véritable réaction collective de la part des parents, premiers concernés par les conditions dans lesquelles évoluent les adolescents. Clamer qu’il y a des problèmes à ce niveau de l’enseignement, c’est crier en permanence au loup, sans être cru le jour où la situation devient angoissante.
Le courrier de l’ADF adressé au ministre de l’Education n’aura aucun effet s’il est méconnu du grand public, et si la résistance ne s’organise pas en soutien aux élus locaux, malmenés par les effets de réformes territoriales dévastatrices. D’ores et déjà, les départements ont, en effet, constaté que les propositions de dotation horaire globale faites aux collèges pour l’année 2011-2012 n’étaient pas adaptés à leurs besoins, d’où les nombreux rejets en conseil d’administration, sans conséquences réelles, puisque ces instances sont dénuées de tout pouvoir véritable. Une seule solution : la privatisation, qui conduirait à réclamer des fonds aux partenaires et aux familles. Nul doute que, pour les options, on y arrivera en 2012-2013 !
Les conseillers généraux craignent donc que se multiplient les postes vacants et les classes surchargées, que l’encadrement se réduise et que tout cela conduise certains établissements à des situations intenables. Mais n’est-ce pas volontaire et organisé ? Il est encore temps de se le demander.
Cette semaine, les Conseils Départementaux de l’Education nationale (CDEN) se réunissent dans tous les départements, à 3 semaines des vacances, avec comme excuse un décalage lié aux élections cantonales, alors que ce n’est qu’un moyen de casser la contestation. Partout, un nombre de suppressions de classes supérieur à celui des créations pourtant obligatoires. C’est une règle constante qui ne fera d’ailleurs que s’aggraver en 2012-2013, selon l’aveu confidentiel de certains inspecteurs d’Académie qui ont déjà transmis les statistiques pour cette rentrée là. Ils savent qu’il leur faudra supprimer encore davantage de postes, avec les effets décalés des départs massifs vers la retraite. Plus de recrutement, plus de remplacements, plus de respect des effectifs… on va vers une lente agonie du « mammouth » que Claude Allègre avait commencé à dépecer.
Les communes et les conseils généraux seront par contre en première ligne, puisque pour tenter de sauver les meubles il leur faudra charcuter les cartes scolaires réputées libres ! La constitution de ghettos scolaires progresse. La tendance à croire que, parce que l’on paye, on est mieux servi dans le privé, va s’amplifier et donc juguler à la marge les effets démographiques, mais pas ceux de la suppression des postes.
Même à droite, on commence à s’inquiéter de cet acharnement sur l’école de la République, qui se traduit par la suppression pour la rentrée 2011 de 8 967 postes en primaire (sur les 16 000 dans l’Éducation Nationale), ce qui entraînera 1500 fermetures de classes, au moment où les écoles accueilleront 4 900 élèves de plus. Relayant ces mécontentements du terrain, l’Association des Maires de France (AMF), présidée par l’UMP Jacques Pélissard, a réclamé le 23 mai « l’arrêt des suppressions de postes » en primaire, en contestant la méthode employée par le gouvernement pour la rentrée 2011. Comme le gouvernement compte à nouveau supprimer 16 000 postes en 2012 dans l’ensemble de l’Éducation nationale, de nouvelles mobilisations locales pourraient fleurir durant la campagne présidentielle. Alors, l’an prochain, les CEEN se réuniront fin juin, après les présidentielles et les législatives, quand il sera trop tard pour les parents !

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3 réponses à C'est pire que prévu dans l'Education qui fut nationale

  1. J.J. dit :

    On a l’impression que tout est fait pour revenir avant 1789, confirmant ainsi l’allégence à une politique maréchaliste.

    Mais il ne faut pas oublier que si il y a eu un avant 1789, il y a eu ausi un après, et il ne faudra pas s’étonner et s’indigner si un jour des têtes tombent (virtuellement ou concrétement) à cause de la colère d’un peuple en colère.

  2. facon jf dit :

    Les politiciens mettent de l’argent dans les prisons et pas dans les écoles, parce que l’école ils sont sûr de pas y retourner… COLUCHE

  3. Dominique dit :

    Pour avoir été vice président du conseil local Fcpe du collège de Latresne et avoir organisé une pétition contre (déjà) la baisse de la dotation horaire (vers 2003 je crois) j’ai pu constater la possibilité de mobiliser les parents d’élèves puisque nous avons réussi à réunir plus de 400 lettres. Mais lorsque nous avons été en rendez-vous à l’inspection académique nous avons été reçu par une fonctionnaire qui nous a fait un « sermon » sur les bienfaits de la politique du gouvernement et qui visiblement n’avait aucune intention de prendre en compte nos demandes qui étaient argumentées grâce à la qualité du dialogue que nous avions avec la principale du collège.
    Nous avons réussi à limiter la casse mais sans plus.
    C’est là que j’ai vu les limites d’un engagement militant sans relais politique face à une machine technocratique cherchant à se protéger des « étrangers » que sont les parents.
    Il y a aussi je crois une forme de lassitude face à la lente dégradation des rapports entre la haute administration et les citoyens et l’idée que la parole des parents n’est volontairement pas entendu.
    Comme si les moyens démocratique « classique » de lutte n’était plus suffisant. ce que d’ailleurs nous pouvons constater sur d’autres terrains politiques.
    Enfin à cette époque nous manquions de relai politique ce qui maintenant n’est plus le cas visiblement.

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