Les fissures menacent l'édifice UMP

Si vous rencontrez un élu UMP motivé, il vous dira avec un grand sourire que « tout va bien dans son parti » avec la mauvaise foi qui convient à ce type d’affirmation. En effet, la situation n’a pourtant jamais été aussi désastreuse. En 2009, l’UMP avait déjà perdu près de 22.000 adhérents et ne compte plus que 253.645 membres en 2010. Une chute de 8,5% du nombre d’adhérents, que Frédéric Lefebvre avait expliqué simplement : « beaucoup de ces 22.000 membres n’ont pas renouvelé leur adhésion pour des raisons qui tiennent à la vie ! C’est-à-dire que des gens sont décédés… » Celui-ci, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. En 2010, la situation ne s’est guère améliorée puisque moins de 200 000 personnes auraient acquitté une modeste obole pour conserver leur carte plastifiée.
Cette pénurie de vocations traduit une épidémie dont chacun cherche les causes : dépit amoureux avec le Chef de l’État Français ? Déception pour une politique jugée insuffisament avantageuse pour les profits personnels ? Transfert idéologique vers l’extrême droite ? Peu importe, les faits sont là. Il faudra écoper et surtout écouter Copé pour renflouer le navire et trouver des troupes motivées pour la campagne électorale qui s’annonce. D’autant que le jeu de cache-cache des étiquettes pratiqué aux dernières cantonales n’a pas arrangé véritablement la perception d’un parti qui a honte de son logo et de ses propositions. Si les candidats n’osent plus apparaître comme étant des militants, il va être délicat d’expliquer aux petites mains habituelles qu’il faut aller sur le terrain, flamberges au vent.
En quelques jours, les fissures sont apparues dans ce qu’il demeure de l’édifice. La première a été provoquée et élargie par Jacques Chirac. Avec volupté, celui qui a trahi Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing, son parti, en dissolvant l’assemblée nationale, a lâchement balancé aux orties celui qui avait été patiemment formé pour le trahir. Sa phrase de « rad. soc. corrézien maniant l’humour noir » mal compris par Nicolas Sarkozy, a persuadé une part du RPR bon teint que le temps de la vengeance était venue. Ils avaient été raillé pour leur absence de modernisme et même humiliés par les coqs sakozistes montés sur leurs talonnettes idéologiques : l’heure de la revanche a sonné ! Elle va se manger froide, mais elle risque de rendre chaleureuses quelques retrouvailles. « Jacquou le vieillissant » n’a plus rien à perdre, car il sait fort bien qu’à la rentrée, le tribunal ne l’épargnera pas et que sa seule chance réside dans son pouvoir de nuisance, qu’il faudra juguler par quelques arrangements de prétoire.
Le départ de Borloo ne va pas arranger le climat interne. Rapidement, le syndrome du 21 avril va peser sur cette Droite qui va se parcelliser au fil des mois. La multiplicité des candidatures à Droite risque bel et bien de peser sur le premier tour du sortant élyséen. Et comme Madame Le Pen ne dit plus rien, pour éviter de manger son capital proximité, le danger se précise, avec cette différence que le Président sortant est beaucoup plus usé dans l’opinion que ne l’était Lionel Jospin ! La candidature du président du Parti radical à la présidentielle, au nom de l' »Alliance » de plusieurs partis centristes, semble gagner en probabilité et elle mobilise actuellement des forces vives qui lui permettront de mener un combat moins symbolique qu’on ne le croit. À l’UMP, les porte-flingues du très probable candidat Nicolas Sarkozy agitent donc déjà avec vigueur le chiffon rouge du 21 avril 2002. Personne ne veut que sur les affiches de Borloo, on trouve la mention « À consommer sans modération ! » Rama Yade vient d’accentuer le désarroi en faisant payer à son mentor, qu’elle adore pourtant toujours, le prix de la revanche. Elle a plaqué l’UNESCO pour, probablement, se contenter de diriger la campagne de sa majesté Grenelle vert 1er. Le président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, a qualifié ce départ de « préoccupant », car selon lui « il s’inscrit dans une division de la majorité », un risque majeur « pour les prochaines élections ». « Chaque fois qu’une majorité se divise, elle perd les élections, elle prend un risque majeur vis-à-vis des élections à venir », a-t-il dit. Puisse-t-il avoir raison !
Le sol s’ouvre sous les pieds du gouvernement car il faudra que l’UMP gére les querelles des listes aux sénatoriales (la chute du Sénat serait un signe fort), la désignation des candidats aux législatives, le remaniement suivant le départ de Madame Lagarde vers des occupations plus rémunératrices que celles qui la retiennent à Bercy, les rivalités Fillon-Dati à Paris… Rama Yade, critiquée depuis plusieurs semaines par de nombreux responsables de la majorité, qui lui reprochaient son engagement politique au côté de Jean-Louis Borloo et ses critiques contre la politique du gouvernement, jugés incompatibles avec le devoir de réserve imposé par sa fonction, a tenu compte de ces réalités. Elle s’en va avant qu’on ne la mette dehors, mais il va falloir veiller à ce que ce ne soit pas de début d’une petite hémorragie. Chirac appelle à voter Hollande, Borloo affirme vouloir aller jusqu’au bout, les militants oublient les petits chèques d’adhésion : tout va pour le mieux à l’UMP ! Mais chut, c’est un secret, les médias ne le savent pas !

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