Une première étape qui mérite le respect.

Chaque militant qui se respecte a bien du mal à s’identifier exactement à un parti politique puisque, par honnêteté intellectuelle, il lui faut bien reconnaître qu’il y a des valeurs incontournables dans toutes les composantes de la Gauche. Lors de l’élection présidentielle, oublier ce principe voulant que l’on doit d’abord être de gauche, avant d’être socialiste, communiste, Front de Gauche ou NPA, c’est se condamner à revivre une forte désillusion. Dans chaque « écurie », il faudra des femmes et des hommes respectueux des différences, ouverts au dialogue et, plus encore, soucieux de ne pas se tromper d’adversaire… C’était le but du fameux programme commun de gouvernement que François Mitterrand avait souhaité pour éviter des affrontements désastreux, sous les sarcasmes d’une Droite qui redoute par-dessus tout que ses divisions apparaissent au grand jour.
La concurrence républicaine légitime ne doit pas se transformer en combats fratricides. On pourrait, en effet, appliquer dans toutes les réunions de militants de gauche, cette paraphrase d’un propos de Paul Valéry : « Les guerres à gauche sont menées par des hommes ne se voulant aucun mal, qui s’entre-tuent parce que d’autres qui se connaissent ne parviennent pas à se mettre d’accord ! ». Dans le contexte actuel, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir de telle ou tel candidat, il ne faudra absolument pas ériger l’anathème en arme permanente.
Déjà, au sein du parti Communiste, des voix se laissent aller à ouvrir ces conflits dont le Peuple, que tout le monde prétend servir, ne se remet jamais. La déclaration d’André Gérin ne permet guère d’être optimiste après la désignation de Jean-Luc Mélenchon, pour des partis réputés de Gauche et donc attachés à la démocratie interne.
« Jean-Luc Mélenchon, candidat du PCF aux présidentielles, a obtenu ce qu’il voulait, les clefs de Colonel Fabien. Depuis 2008, Marie-George Buffet a bien travaillé à cette fin pour ce dirigeant du Parti socialiste, en refusant une candidature communiste. » Dommage que ce grand démocrate ne rappelle pas tous les… socialistes ayant fait leur apprentissage au Parti Communiste et qui, d’une manière ou d’une autre, ont joué un rôle clé dans la vie politique française. A priori, on peut légitimement faire le parcours inverse sans avoir… à rougir. Et justement, le PC devrait être fier de constater que des personnes importantes peuvent encore emprunter le chemin d’une certaine forme d’unité. Drôle de conception que celle de ce Député qui ne peut pas encore admettre que, justement, le temps n’est plus de savoir d’où vient qui, mais de se préoccuper de savoir où nous emmènent celles ou ceux qui revendiqueront d’être dans le camp du progrès.
Comment peut-on être hostile à une candidature de Mélenchon, alors que l’enjeu principal des futures présidentielles consistera à mobiliser au maximum l’électorat populaire dès le premier tour ? Comment ne pas objectivement constater qu’il faudra rassembler autour du PS, sur des valeurs claires, au second tour, toutes les voix mobilisées par la gauche au premier tour ? Doit-on refuser de s’estimer et de se soutenir par delà les rancunes individuelles, les querelles d’appareils, les confusions médiatiques. Le respect doit passer avant tout, malgré les critiques légitimes, puisqu’on ne règle ses comptes dans un vestiaire qu’à la fin du match, surtout si, comme en 2002, on l’a perdu !
Pour moi, la désignation de Jean-Luc Mélenchon doit être saluée comme une mutation de la gouvernance à gauche. André Chassaigne avait souhaité légitimement porter les couleurs de la tendance PC dans la désignation… Quel démocrate pourrait le lui reprocher ? je l’ai récemment rencontré, et il a évoqué dans son propos le « sac de billes » de Joseph Joffo qui, après avoir traversé toutes les épreuves, se sentit en sécurité en arrivant, dans un village perdu de la France martyrisée, devant une Mairie. « Il a lu liberté, égalité, fraternité et il espérait que sa fuite était terminée ». Et bien, il lui faut admettre que le PC a fait un grand bond en avant, en constatant que le vote individuel de la base pouvait supplanter celui, figé, du Comité central, qui a prédominé dans le passé. C’est une chance pour la Gauche ! Les Verts et le PS souhaitent aller plus loin. Et il suffit de constater la hargne, le délire, la peur qui commencent à transparaître chez les caciques de l’UMP, et même au sein du gouvernement, pour se persuader que la démarche qui précède ce premier tour des présidentielles représente un véritable danger pour le pouvoir en place, car il leur sera impossible, quel que soit le processus, d’affirmer que leur candidat dispose d’une assise militante… puisqu’il n’aura été désigné que par lui-même ! Durant la semaine qui s’ouvre, Copé et consorts vont donc s’égosiller, avant que les privilégiés partent bronzer, pour stigmatiser les désignations des candidat(e)s de Gauche, afin de détourner l’opinion dominante de ce qui sera l’un des handicaps de l’UMP. Tout sera fait pour limiter l’impact des désignations avec, bien entendu, des arguments destinés à apeurer les gens soucieux de se mobiliser pour leur avenir, comme ce fut le cas récemment en Italie.
Il faut tout de même mettre un bémol à cette première étape de la constitution du « groupe » des candidats anti-libéraux du premier tour. La première désignation, seulement limitée aux adhérent(e)s, n’a pas connu un franc succès, ce qui a tout lieu d’inquiéter le PS. Il n’ y a eu pour désigner Jean-Luc Mélenchon que 47 789 suffrages qui se sont exprimés, sur 69 227 inscrits… On ne peut pas dire que ce résultat soit très encourageant pour les autres organisations en cours, mais si une dynamique est lancée, à la rentrée, tout peut basculer définitivement, malgré des sondages trompeurs, qui se contredisent chaque jour, sur les effets des changements de cap sarkoziste en matière d’image de celui qui restera le… sortant !

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