Enfin un coin de ciel bleu derrière les nuages

Ouf ! Depuis quelques heures la cellule de communication de l’Élysée respire et a des raisons de sourire. Quand tout va mal, que tout s’effondre, que les reculades et les désastres se succèdent depuis des semaines, vous regardez un match de rugby avec un tout autre regard. Dans le palais occupé par le Chef de l’État français, on a dû trembler jusqu’à la dernière minute en regardant les Bleus se cogner une tranche de cake anglais ! En effet, ce ne peut être que du pain béni pour le Chanoine de Latran, à tous les points de vue. D’abord, parce qu’il va y voir un signe du destin. Voici des ténors du rugby, laminés, ridiculisés, décriés, assassinés, vilipendés, perdant face à un adversaire très « primaire » le week-end où la Droite abandonne le Sénat, qui renaîssent de leurs cendres et font taire toutes les supputations néfastes d’un milieu généralement bien informé qui avait prédit leur perte… Quel symbole pour le Président entraîneur, contesté après une nouvelle défaite jugée « historique » et « honteuse » !
Il va inciter ses troupes à ne pas baisser les bras, et donc à prendre exemple sur ce groupe haï qui s’est refait la cerise sur le dos de son adversaire historique qui a beaucoup promis mais s’est révélé incapable de mettre de l’ordre dans ses rangs, dès que le rythme s’est accéléré ! Un véritable boulevard pour la communication présidentielle : c’est au pied du mur que la France se ressaisit et reconnaît la valeur de ceux qui savent combattre ! Une jubilation aussi forte que celle de ces supporteurs délirants qui transforment une défaite en désastre et une victoire en exploit selon leur humeur. Demain dans la journée, il suffira d’annoncer quelques mesures imbuvables de soutien aux banques pour qu’elles passent comme passait autrefois une lettre à la Poste !
La crise est oubliée. Le naufrage des banques n’est plus qu’une affaire de spécialistes que personne ne commentera dans les titres des journaux télévisés. Le monde est aux pieds de la France qui gagne. D’ailleurs, la nouvelle directrice du FMI est venue immédiatement prodiguer des conseils à celui qui a plongé le pays dans la faillite. Il est vrai qu’elle en est en grande partie responsable, puisqu’elle a cautionné, durant son passage à Bercy, toutes les décisions ayant conduit les banquiers à vider leurs coffres. Situation extraordinaire que celle que nous vivons, puisque, désormais, plus personne ne pose la question de savoir quelles sont les responsabilités politiques dans les déroutes qui se succèdent. Il en est qui prétendent que ce pouvaient être… Marc Lièvremont ou Laurent Blanc, s’ils n’avaient pas ce week-end sauvé les apparences. Mais bien entendu, Christine Lagarde, comme les commentateurs des plateaux de télévision, se permet désormais de faire et refaire des plans tactiques, sans la moindre gêne, puisqu’elle… ne les a jamais mis en œuvre quand elle était aux commandes. Elle a cautionné des modifications catastrophiques ayant provoqué la « faillite » de la France, mais maintenant qu’elle n’est plus « sélectionnée » elle l’a oublié.
Impossible de ne pas faire le rapprochement avec ces « je sais tout du rugby » qui n’auraient pas manqué de clamer leur désaccord avec les choix des sélectionneurs si les Bleus avaient perdu et qui maintenant s’offrent le luxe d’expliquer que, dans le fond, ils ont toujours cru dans leurs décisions ! La télévision dégouline d’autosatisfaction depuis qu’il n’y a plus d’états d’âmes chez les Bleus ! En fait, il faut éviter de se poser la question suivante : pourquoi les brèles de la semaine dernière sont devenues les héros de ce samedi ?
On parle déjà de « renaissance », de résurrection », de « prise de conscience », de « retour aux vertus essentielles », de « croyance dans la suite »… et donc on tire un trait sur toutes les défaillances. Et ça c’est bon ! Très bon ! Occultées, les primaires socialistes qui garnissaient le paysage médiatique. Enfin on va parler d’autre chose que de cette « présélection » confiée aux plus motivés des citoyennes et des citoyens. C’est vrai que tout a été fait pour que ce soit une expression de supporteurs ! Le PS a donné une chance à toutes les Françaises et à tous les Français : ils peuvent devenir sélectionneurs (ce dont ils rêvent) et choisir le demi d’ouverture qui ira d’abord en demi-finale puis en finale ! Le « crunch » socialiste est éclipsé par celui qui a transformé l’ambiance morose mondiale en paradis national ! Les quotas politiques sont enfin oubliés. La France a marqué deux fois sur l’aile gauche… et sans être « grand clerc », les « consultants » qui ressemblent à des devins ou à des thuriféraires y verront une signification particulière. Il y aura même des supporteurs de la demi-douzaine de candidats aux primaires pour exploiter ce signe du destin. D’autant que celles et ceux qui savent que, si « Saint Médard » a fait pleuvoir les louanges…, elles ne se concrétiseront, selon le dicton, que 40 jours plus tard. Et ce sera trop tard pour transformer un « essai » en réalité !
Ce paramètre temporel ne pèsera pas sur le climat actuel puisque, durant toute la semaine qui s’ouvre, on aura encore droit à un lot d’appréciations « sondagières » aussi fiables que les pronostics sur le comportement des Bleus… la semaine précédente. On assistera aussi à des coalitions de piliers animés par la volonté d’en découdre avec ceux du camp d’en face, accusés bien évidemment d’avoir…la gale ou d’avoir, comme le veut la tradition, des défaillances à droite ! La mêlée s’annonce virulente, d’autant que les critiques ne se tairont pas longtemps. Le « bleu » est à la mode et le rouge va connaître une éclipse passagère !

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2 réponses à Enfin un coin de ciel bleu derrière les nuages

  1. PIETRI Annie dit :

    Et pour que le ciel se dégage complètement et redevienne totalement bleu, il ne manque plus que l’annonce d’un heureux événement au château! Il me semble qu’il tarde bien à venir, ce petit ! Ou bien, on nous réserve l’annonce de son arrivée pour l’entre deux tours des primaires socialistes, histoire de faire diversion…..ou de prendre, une fois encore, les enfants du bon dieu (??) pour des canards sauvages !

  2. batistin dit :

    Aujourd’hui, on peut peut-être douter que la télévision, ou plus exactement le journal télévisé est tant d’impact que cela sur la vie politique.
    Avec les différentes sources d’actualités disponibles , notamment sur le net, on peut enfin avoir une autre vision du monde.
    A condition de trouver des médias qui diffusent autre chose que les dépêches
    des agences AFP ou Reuters !
    La télévision n’ayant que peu de budget finalement pour engager sur le terrain de vrai équipes de reporters, se contente d’envoyés spéciaux faisant représentation.
    Il ne s’agit donc que de juger de l’interprétation faite, un peu comme l’on apprécie une même pièce de théâtre selon les particularités de la mise en scène.
    Le fond reste le même.
    Mais, l’intérêt de la mise en scène réside toutefois dans l’impact qu’elle peut avoir, comme d’ailleurs le jeu des acteurs, sur les sens premier voulu par l’auteur.
    Et aujourd’hui, tout l’art de la politique réside uniquement dans ce savoir faire !
    Regarder le journal télévisé, pour y apprendre des nouvelles déjà publiées sur le net systématiquement quelques heures avant la grande messe, n’a d’intérêt au fond que d’analyser le jeu et en tirer des conclusions savantes.
    Et pendant que ces beaux messieurs télévisuels discourent avec les belles dames sondagières sur le dernier petit léger changement d’interprétation dans la pièce qui s’est jouée hier, demain est déjà à nos portes et tout le monde s’en fout.
    Il faudra attendre que la pièce soit jouée pour que le réel prenne enfin forme !
    Ou comment le bon peuple des rues, lui qui est en prise directe d’heure en heure avec l’actualité, aura toujours un scénario d’avance à offrir aux « artistes ».

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