Les impétrants de la démondialisation

La richesse du vocabulaire constitue le patrimoine le plus inutile qui soit dans la société du SMS. Elle permet seulement, depuis quelques décennies, à celle ou celui qui la possède, de focaliser l’attention sur une infime parcelle de ce qu’il énonce. Ce qui devient grave c’est que plus personne ne se précipite sur un « père des ânes » en plusieurs volumes pour connaître le sens exact de ces mots assassins, provocateurs, affables ou tendres. La banalité entre dans notre quotidien et les milieux bien pensants s’étranglent quand arrive brutalement sur le devant de la scène un terme qu’ils sont les seuls à prétendre connaître et comprendre ! C’est ainsi que les primaires en cours restent marquées par l’émergence de références inédites (démondialisation) introuvables dans le petit ou le grand Robert, ou la résurrection d’autres, ignorées depuis belle lurette (impétrants).
Le premier a constitué la base de la communication générale, comme avait pu l’être au moment d’autres campagnes la « décentralisation », les « délocalisations », les « dématérialisations » ou les « dénationalisations ». Tout ce qui va à l’encontre d’une idée générale contraignante prend vite un élan particulier, car son périmètre est restreint, puisqu’il n’oblige pas à construire, mais simplement à se positionner contre un aspect critiqué de la vie sociale. On sait bien qu’il est plus facile de faire adhérer en général à une opposition simple, même floue, qu’à une construction complexe. Bien évidemment, c’est la vertu du verbe qui mène le monde, mais son utilisation prend une importance particulière dans la politique, dénuée de toute pédagogie car reposant sur des synthèses médiatiques désastreuses. Ces dernières semaines, on a donc effectué la promotion de la « démondialisation », qu’il serait intéressant de faire examiner sur le plan de la sémantique par d’éminents spécialistes. En tous cas, il est désormais posé sur la table, avec comme préoccupation : qui va le récupérer pour en tirer profit !
Le problème réside dans le fait que chacun peut y mettre le contenu qu’il veut, puisqu’il n’existe pas de définition officielle. D’après les informations recueillies dans les déclarations des « démondialisateurs » c’est « transformer le système économique », « s’émanciper de la finance », « créer un capitalisme coopératif ». Ce qu’ont retenu surtout les Français, ce sont ses deux idées phares: le renforcement du protectionnisme et la mise sous tutelle des banques. Ces deux propositions supposent le retour à des idées déjà utilisées : le rétablissement de frontières douanières et la « renationalisation » des banques. « Le moment est venu que l’État redevienne fort et prenne le contrôle de l’économie » , a plaidé avec succès le porte-parole de la « démondialisation », sans que l’on sache véritablement si le mouvement partait de la France pour s’étendre au monde consentant, ou si il fallait se contenter de l’appliquer à notre seul pays. Un mot neuf a suffi à forger la notoriété de celui qui l’a utilisé, et s’il entre un jour dans le dictionnaire, il devra beaucoup aux primaires socialistes. On ne peut plus réussir en politique si on n’invente pas des expressions suffisamment vastes dans leur signification pour que l’appropriation devienne possible pour un large auditoire. Chacun y mettant sa vision personnelle.
Pour faire bonne mesure, quand on a usé l’un, on va chercher l’autre dans le passé ! Qu’il doit être joyeux, « impétrant », de se sortir de la naphtaline du langage oublié. D’abord, ce participe présent du verbe « impétrer » traduit un effet de supériorité, conféré par la connaissance. Combien d’électrices et d’électeurs, parfaitement formés par notre système éducatif, on une fois dans leur vie conjugué le verbe « impétrer » ? Combien retiendront véritablement la condescendance mise dans l’utilisation de ce mot ?
En effet, « obtenir des pouvoirs publics ou administratifs, en vertu d’une demande, d’une requête, d’un titre, un privilège », selon la définition d’impétrer, ne correspond pas parfaitement à la démarche des deux « candidats » qualifiés d’«impétrants », mais l’effet est garanti ! Il n’est nullement question dans le second tour des primaires de se tourner vers les « pouvoirs publics ou administratifs » mais vers des électrices et des électeurs; cependant l’allusion est subtile, car elle laisse accroire que la procédure n’a plus de fondement démocratique. La suite est encore plus habile pour instiller le doute, sauf si cette utilisation est dénuée de choix véritable de la part de celui qui la pratique.
Les deux « survivants » utiliseraient, si l’on poursuit l’analyse, dans leur démarche, deux réminiscences d’une époque où les « révolutionnaires », dont serait bien évidemment l’utilisateur du mot, combattaient les « aristocrates » bénéficiant d’un « titre » et de « privilèges » pour obtenir ce qu’ils voulaient. Rudement habile, car avec un seul mot, on plante un décor politique reléguant dans le passé les gens qui prétendent préparer l’avenir. La technique révèle un caractère. En fait, souhaitons simplement que ce constat de Jules Renard voulant qu’il y ait « des gens qui retirent volontiers ce qu’ils ont dit, comme on retire une épée du ventre de son adversaire », ne se vérifie pas ! Mais bien entendu, tout cela ne relève que de supputations purement étymologiques sans rapport avec la politique.

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Les impétrants de la démondialisation

  1. PIETRI Annie dit :

    Et ce pédant, imbu de sa personne, qui se croit investi du rôle d’arbitre…..prétend, avec ces mots qu’il a inventés ou sortis du formol, s’adresser et se faire comprendre des gens simples qui constituent l’ensemble du corps électoral….Quelle dérision !

  2. batistin dit :

    Sauf erreur, Arnaud Montebourg est me semble-t-il le joyeux auteur de cette carambouille .
    Un autre mot utilisé de nos jours est dénué de sens, malgré ce qu’il est censé représenter, c’est le mot « décroissance ».
    Le fond de cette nouvelle idée est plus exactement « croissance raisonnée » ou « raisonnable ». Etant entendu que la croissance est une chose naturelle contre laquelle même la nature ne peut rien.
    Mais c’est dans l’air du temps de dénier pour argumenter.
    Le stade du « Non ! », cher à notre enfance qui « dénote l’acquisition d’une capacité d’abstraction » semble être la seule politique ambiante.
    Il serait temps que l’on grandisse.
    Et que l’on se réattribue le sens des mots.
    Evidemment que la « mondialisation » est d’office assimilée à une histoire de gros sous, plutôt qu’au plaisir qu’ont les hommes à se reconnaitre dans leurs différences, tout en partageant leurs cultures et leurs savoirs.
    On nous a volé nos mots !
    Et pas que les mots, les symboles aussi .
    Pour preuve, l’arc en ciel est le drapeau des homosexuels. Ce dont je n’aurai rien à foutre, si ce n’est que s’exclamer devant un arc en ciel après une pluie d’orage:
    « oh quelles belles et gaies couleurs ! » peut prêter à confusion si juste à coté de moi se tient un joyeux gay .
    Il en va de même du drapeau bleu blanc rouge de la république de France, qu’il est fort difficile de saluer en public, en souvenir et en respect, sans risquer de passer pour un petit gars du front national.
    Combien d’hommes politiques, mis à part le président de la république et Marine le Pen, dont le père nous a piqué Jeanne d’Arc, osent passer à la télévision en arborant fièrement derrière eux le drapeau ?
    Il n’y a bien encore que nos maires de villages pour oser porter l’uniforme républicain en banderole bleu blanc rouge accrochée au costume !
    Je vais donc me fabriquer un petit drapeau arc en ciel accroché à un bâton bleu blanc rouge et vais de ce pas manifester devant l’Académie Française pour que l’on nous rende l’usage de nos mots, et surtout le courage de s’en servir.
    Mondialisation: capacité des êtres humains à communiquer et partager les connaissances.
    Quand à savoir ce que l’on fait avec ce que l’on sait, cela dépend simplement du sens que l’on ose donner au mot amour.

  3. facon jean françois dit :

    Monsieur Montebourg est le bateleur ( au sens symbolique du terme) détenant en ses mains le bâton et le denier. Son numéro d’illusionniste, avec pour vecteur le langage, n’a pour finalité que d’asseoir son pouvoir futur. Son score est peut être redevable aux partisans du NPA et de JL « la méluche », ainsi que de ceux qui observent le ballet des politiques autour des banksters.
    Il faut, même si cela est douloureux, observer que la financiarisation des échanges se lézarde dans le monde entier. Les rafistolages bricolés à la hâte ne sont pas la solution car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Arnaud Montebourg a au moins un mérite mettre au centre des primaires le problème financier.
    Hausser les épaules et détourner le regard ne résoudront pas cette équation.

  4. Alain.e dit :

    Arnaud,le chasseur d’ éléphants,ne voulait pas dire les impétrants,mais les empêtrés certainement.
    Empêtrés dans des promesses à la Sarkozy genre  » je doublerais le budget du ministère de la culture si je suis élue  »
    Ah bon l’ urgence elle est là , il n’ y a pas des problèmes plus graves dans le pays en ce moment!!
    je ne dirais rien sur la fédé des bouches du rhône , l’ affaire guérini et ses empêtrés,oublions le congrès de Reims et ses magouilles et comme d’ habitude j’ irais voter dimanche par défaut et sans illusions pour ce qui me paraitra le moins pire avec l’ espoir d’être débarrassé en 2012 de cette droite à copé de la plaque.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.