Où est le budget "sincère et véritable" ?

Lors des discussions autour des finances du département de la Gironde, le porte-parole de l’UMP a bâti toute sa démonstration sur le fait que « les prévisions budgétaires de 2011 » lui paraissaient peu fiables et que, surtout, les excédents constatés en fin d’exercice permettaient d’affirmer que l’augmentation de la fiscalité de 2 % était inutile. En fait, il s’agissait simplement de déclarations préfabriquées, relevant du dépit de constater que le Conseil général de la Gironde avait eu une gouvernance lui permettant de finir en bien meilleure posture que l’État, pourtant géré par des éminents stratèges. Les prévisions ? Il est vrai que dans ce domaine le gouvernement possède depuis presque une décennie maintenant d’incomparables pythies financières… Les députés de droite ont adopté, par exemple, à la veille d’un sommet européen crucial, les recettes du budget 2012, le dernier du quinquennat de Nicolas Sarkozy, présenté comme « responsable » par la majorité et jugé « déjà caduc » par la gauche, au regard de la probable révision à la baisse de la croissance… Et encore une fois, on n’attendra même pas la fin de 2 011 pour vérifier la qualité exceptionnelle de l’évaluation des marges de manœuvre dont dispose véritablement Bercy !
Sur fond de crise des dettes souveraines en Europe, le gouvernement entend, avec ce budget d’austérité, rassurer les marchés et apparaître comme bon gestionnaire à six mois de l’élection présidentielle, alors qu’il table sur une croissance de… 1,7 %, quand personne n’envisage plus de 0,9 %. C’est purement et simplement de l’intox, que les collectivités territoriales ne peuvent pas se permettre, car leurs responsables sont soumis au principe des prévisions sincères et véritables. Il faut déjà préciser que le « premier collaborateur » du Chef de l’État a un doute sur le contenu du document voté, car il a laissé entendre aux leaders parlementaires de son parti qu’il pourrait y avoir une loi de finances rectificative (on appelle ça une décision modificative au Conseil général) si les prévisions de croissance divergeaient trop de l’estimation du budget. « Si ce budget n’est pas sincère, il ne l’est pas volontairement », a glissé son collègue Lionnel Luca, dans les couloirs de l’Assemblée comme s’il cherchait une excuse à présenter à l’opinion publique. Malheureusement pour eux, cette fois encore, le programme socialiste n’y est pour rien ! L’équilibre de ce budget risque d’être rapidement chamboulé par une croissance encore plus faible, qui réduirait encore les recettes de l’État et pousserait le gouvernement à un nouveau tour de vis… social mais pas nécessairement financier !
Les ministres de l’Economie et du Budget, François Baroin et Valérie Pécresse, n’ont cessé, au long des débats de cette première partie du projet de loi de finances, de réaffirmer l’objectif « intangible » de réduction du déficit public de 5,7% du PIB en 2011 à 4,5% en 2012, 3% en 2013 et 2% en 2014. Les députés ont réduit de 1,45 milliard d’euros le déficit par rapport au projet du gouvernement, grâce à l’adoption de plusieurs amendements, notamment sur une taxe sur les sodas, doublée et élargie aux boissons avec édulcorants, au grand dam de l’industrie agroalimentaire, à laquelle on avait promis le contraire. La symbolique et exceptionnelle taxe sur les hauts revenus a notamment été adoptée sans couac, après un compromis pour l’élargir un peu, et pour ne pas créer une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu pour les plus riches. Ouf ! Les millionnaires vont pouvoir continuer à prospérer dans notre bon pays de France.
En fait, en n’ayant jamais cessé depuis des années de clamer que le salut passait par la réduction des recettes ( déclarations irresponsables sur les impôts et les cotisations sociales de solidarité) et par une réduction des dépenses, les gouvernements UMP continuent à creuser un déficit. C’est simplement et caricaturalement l’histoire du gars qui creuse un nouveau trou pour, avec le terre extraite, boucher le trou précédent. En fait, la seule question que doivent se poser les Françaises et les Français, c’est de savoir si le drame de la rigueur à la grecque aura lieu avant ou après les présidentielles, puisque l’issue est irrémédiable.
Cette loi des finances ressemble à ces vieux pneus de bicyclette poreux sur lesquels les propriétaires s’évertuent à poser des rustines de différentes tailles sans aucun autre résultat que d’éviter les fuites fatales sur des délais très courts.
L’UMP girondine avait donc les boules en constatant que la maîtrise des dépenses de fonctionnement, appliquée sans destruction des emplois, et une gestion mesurée du recours à l’emprunt pour assurer les investissements, portent leurs fruits malgré un contexte incertain. En affectant 40 millions d’euros au montant des investissements sur les 3 prochaines années, en réduisant au maximum le recours aux banques, les « socialistes dépensiers » du Conseil général démontrent qu’une autre voie reste possible. On a même entendu le leader remplaçant affirmer que le département « n’effectuait pas assez d’emprunts »… car son niveau d’endettement était « satisfaisant grâce aux efforts antérieurs ». Comme quoi à Paris, quand on est dans la majorité, ou en Gironde quand on est dans l’opposition, on peut se permettre de dire n’importe quoi, pourvu que l’on ne soit ni sincère, ni véritable !

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