Rigueur, le mot interdit qui devient celui du héros !

C’est désormais un secret de Polichinelle : un plan de rigueur de grande ampleur va être annoncé dans la foulée du 11 novembre pour asseoir, justement, la rôle de « Clémenceau » que veut se donner Nicolas Sarkozy. Pour faire oublier sa lourde responsabilité dans la situation, qui nécessite des mesures terribles pour le quotidien des Français auxquels il avait pourtant promis le bonheur parfait. En fait lentement, au cœur de la tourmente, l’Élysée va tester ses propositions et attendre les réactions : la machine à sonder va tourner à plein régime. On va organiser des fuites et attendre les réactions… d’une France angoissée, démobilisée et tétanisée par les annonces de son généralissime, paradoxalement aux ordres de Berlin. L’extraordinaire c’est que personne n’ose rappeler la multitude de déclarations faites justement au moment où la situation basculait et où le gouvernement multipliait les exonérations, les niches, les avantages fiscaux pour les riches, au prétexte que c’étaient eux qui nous sauveraient de la crise !
Le terme « rigueur » avait opposé de manière virulente le gouvernement et l’opposition, lors de l’annonce d’un gel pour trois ans des dépenses de l’État, d’une baisse de 10% des dépenses de fonctionnement, et de cinq milliards d’euros d’économies sur les niches fiscales. L’opposition avait dénoncé alors un « plan de rigueur déguisé ». A quoi François Fillon avait rétorqué : « Un plan de rigueur n’existe pas et n’existera pas à condition de mener notre politique » (sic).
Le président de la république se refusait totalement à l’emploi de ce mot de « rigueur », jugé trop impopulaire auprès des Français. Le collaborateur du chef de l’Etat français avait affirmé : > »Il y a des pays qui baissent les rémunérations des fonctionnaires, il y a des pays qui licencient des fonctionnaires, il y a des pays qui réduisent les dépenses de façon drastique, il y a des pays qui augmentent de plusieurs points la TVA. Si on était amené un jour à mener une politique comme celle-là, oui je dirais que c’est une politique de rigueur ». Et Nicolas Sarkozy, lui-même, en grand stratège économique, lors d’une intervention télévisée sur France 2, avec écarté ce mot qui lui arrachait le cœur en raison de… ses promesses ! Il est vrai que ce fut un festival, dont les meilleures pages devraient être reprises dans un livre noir par les socialistes. Voici encore un morceau choisi !
Réfutant que la crise que traversait la zone euro soit « inhérente à la monnaie unique » ( « c’est une crise de la dette souveraine classique, liée à une mauvaise gestion des finances publiques et consécutive à une crise financière dont l’histoire a déjà donné de nombreux exemples », avait brillamment prédit François Fillon), il avait également assuré n’avoir « pas d’inquiétude sur le cours de l’euro à court et moyen terme », ajoutant que son niveau actuel correspondait « au fond assez bien à la réalité économique » de la zone.
« On vous a dit que l’Europe était divisée, que les Allemands ne voulaient pas payer pour les Grecs, que la France et l’Allemagne peinaient à se mettre d’accord », a détaillé le Premier ministre. Rejetant chacune de ces assertions, il avait au passage attaqué « la presse anglo-saxonne » qui, selon lui, se livre à un tir de barrage contre la zone euro, invitant les Japonais à lui préférer « les journaux allemands et français pour avoir une vision plus équilibrée de ce qu’est la réussite de l’Union européenne ». Ouf ! Pour un visionnaire, c’est un visionnaire, puisque ces propos furent tenus lors d’un déplacement officiel à Tokyo en… Juillet 2010. Il a dormi depuis, et bien entendu, on tente de rafistoler les trous dans un navire « France » qui prend l’eau de toutes parts.
Désormais, on parle de faire avaler un plan qui ne sera même plus qualifié de « rigoureux » mais de « drastique ». Après les largesses pour le monde du profit, on va présenter la note aux… classes moyennes, avec des « mesurettes », et surtout trois décisions qui feront mal, très mal en 2013 !
D’abord au rayon de ce qui peut satisfaire, avec un bon habillage médiatique, l’opinion dominante, on va annoncer une hausse du taux d’imposition sur les société dont le chiffre d’affaires dépasse 150 millions d’euros de 33% à 36%. Il suffira d’adapter les bilans 2011 avec, par exemple, des frais supplémentaires avant la fin de l’année, pour s’en tirer au mieux. Autre proposition autour du train de vie de l’État.
Certains ministères pourraient voir leur budget réduit, la Culture serait ainsi dans le viseur. Les subventions aux entreprises publiques pourraient être revues à la baisse, France Télévisions pourrait être ainsi concernée, et l’Assemblée nationale et le Sénat pourraient être mis à la diète également. Le Sénat prévoit déjà, sans recommandation gouvernementale, une baisse de 3 % de ses dépenses ce qui sera facile, puisque le Président sortant employait des dizaines de collaborateurs dévoués à la cause du parti majoritaire. Jusque là, on reste dans le symbolique mais les autres propositions feront mal pusique, par exemple, le gouvernement pense établir des taux intermédiaires de TVA pour des produits actuellement soumis à une TVA à 5,5%.
La restauration, les services à domicile et les travaux dans les logements de particuliers pourraient être les secteurs concernés par la mesure. On irait, dans le cadre d’une harmonisation avec l’Allemagne à un taux à 7%… ce qui va favoriser le travail au noir (rénovation), diminuer les heures d’emplois à domicile et donc accentuer le chômage, et surtout couvrir de ridicule la France qui avait considéré avoir obtenu une victoire exceptionnelle en favorisant les restaurateurs ! En fait, le consommateur des classes moyennes (et notamment les retraités) de tous niveaux paieront ce que les… contribuables refusent de faire au nom de la solidarité.
Ils y ajouteront une obligatoire augmentation de l’imposition locale, car les collectivités locales (et notamment les régions, les départements et les intercommunalités) verraient progressivement leurs transferts de budgets diminuer. Clairement, l’État devrait les financer de moins en moins (APA, PCH, RSA…) laissant aux élus locaux le soin de combler le déficit. Le tout en douceur, présidentielle oblige, en limitant dans un premier temps leurs dépenses.
TVA en plus, impôts locaux en sus et… dépenses de santé qui vont augmenter pour les malades, avec les politiques réputées de contrôle des bénéficiaires, mais surtout avec une limitation des remboursements qui s’ajouteraient à la taxation des mutuelles !
« Clémenceau Sarkozy » va descendre dans les tranchées de la crise pour haranguer les troupes et réclamer la solidarité nationale autour de la guerre économique. On va construire des monuments aux morts de la crise, on va donner une ration de gnôle « espérance » aux récalcitrants, et on distribue des médailles aux héros. Et ce n’est rien, car fin 2012, ce sera Verdun !

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Rigueur, le mot interdit qui devient celui du héros !

  1. batistin dit :

    J’ai passé mon adolescence dans le quartier de Mériadeck, à Bordeaux, au temps où les travaux de rénovation engagés offraient aux passants une vue felliniènne.
    Pour l’image, le parking, trois ou quatre étages souterrains, de l’actuelle galerie marchande, à coté de la poste, n’était qu’un trou béant.
    Quelques immeubles modernes déjà érigés faisaient de l’ombre aux clochards, qui ne tarderaient pas à disparaitre d’autour du marché aux puces.
    Tout comme les souteneurs et leurs troupes vieillissantes.
    Pourquoi parler ici de ce petit monde ?
    Et bien pour la seule et unique raison que, alors jeune homme, j’avais été fortement choqué de l’attitude d’un « maquereau », agressant violemment une de ses « putes », pour lui faire lâcher la totalité du bénéfice de son terrible labeur.
    La totalité.
    Ce mec, roulant grand train, portant rollex, avait la nuit précédente contracté une forte dette de jeu…
    Ce qui n’est franchement pas drôle, ni hier ni aujourd’hui, c’est que les flics et les commerçants du quartier, avaient pour habitude de nommer tous les souteneurs de pimprenelles, des « Nicolas ». !!!
    Un forme de bon sens prémonitoire surement.

  2. Nadine Stalker dit :

    La France est le pays d’Europe qui possède le plus de millionnaires. Leur nombre c’est confortablement accru depuis 2008, de par les spéculations boursières et immobilières. Dont acte!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.