Le langage diplomatique a beaucoup changé

Quand on a été dans le monde médiatique, même modestement, on sait parfaitement que dans les coulisses de l’Histoire on trouve beaucoup plus de vérités que sur le devant de la scène. Le problème c’est que faute de micros, de caméras, et avec seulement des oreilles et un stylo on peut difficilement en connaître les réalités. Et pourtant, c’est cette face cachée qui serait la plus intéressante pour les gens soucieux de comprendre les faits au-delà des apparences. En fait, le théâtre de Guignol s’applique parfaitement à cette société des « décideurs », car les dialogues ne sont jamais ceux que l’on croit. Tenez, si l’on se réfère aux courbettes et les tapes amicales que se font les « grands » lors de leur rencontre institutionnelle, on a véritablement des épisodes décalés et sonnant faux. Il n’existe pas, dans les allées des pouvoirs, de véritables amis de… 30 ans ou moins ! La vie sociale se déroule dans le cadre d’un billard, avec des « boules » aux couleurs différentes, mais identiques dans leur format, qui passent leur temps, au gré des coups de boutoir de l’actualité, à se pousser vers les trous des oubliettes des parties en cours.
Lors du fameux sommet de l’OTAN, qui s’était déroulé à Strasbourg le 3 avril 2009, Obama avait témoigné d’une profond mépris pour son homologue français. Certes il n’y avait pas eu d’incidents majeurs devant les caméras, mais dans l’organisation, le nouveau staff américain avait eu des exigences dénotant son appréciation sur la valeur de notre « grand » Nicolas Sarkozy. Il avait été demandé que ce dernier ne vienne surtout pas polluer l’image du porteur du slogan « Yes, we can ! » par sa… taille, ses gesticulations et ses poignées de mains ostentatoires. On appelle en effet cette attitude, consistant à parader aux côtés d’une personnalité possédant une stature médiatique qualitativement élevée, une « aspiration de notoriété ». Pas question que l’occupant de l’Élysée vienne « polluer », par exemple, le dialogue avec 4 000 jeunes Français et Allemands massés dans les gradins du hall Rhénus, habituellement dévolu aux compétitions de basket-ball. On avait choisi avec soin le « basket » , l’âge des participants, et il ne fallait pas gâcher avec un comparse, incapable de placer un ballon dans un panier ou de parler « jeune ». On avait monté des estrades discrètes pour que la différence de taille ne corresponde pas trop à celle des statures.
Obama n’a aucune estime particulière pour celui qui est allé pique-niquer dans la propriété du clan réactionnaire des Bush, avant de faire des courbettes hilares devant le nouvel habitant de la Maison blanche, comme s’ils étaient copains comme cochons. Autant le néo-président était entouré de gens dynamiques, décontractés mais soucieux de coopérer avec les services français, autant la troupe de l’Élysée exigeait, vitupérait et… se préparait à virer les défaillants potentiels. Au dernier G 20, on a assisté au même cinéma, en tenant compte des erreurs antérieures : pas d’estrades surhaussées, mais un entretien assis sur des fauteuils inégaux, avec un contenu commun, supposé complice et rassurant.
En fait, là encore, les dialogues échangés dans les couloirs tenaient véritablement de ceux des guignols ou du niveau des cours de récréation. En résumé, notre Président mal aimé possède des sources intarissables de mépris pour toutes celles et tous ceux qu’il juge non conformes à sa hauteur de vue ! En conséquence, les dérapages se sont multipliés, renforçant la non-crédibilité de notre pays et… ses qualités de diplomate. Barack Obama a dû se demander ce qu’il avait de commun avec son hôte prolixe, comme peut l’être une concierge sur ses locataires ! « yes we can ! » et Sarkozy l’a fait.
En aparté, en attendant la conférence de presse, le duo s’est régalé de commentaires ironiques ou sans pitié sur les absents. Une vieille habitude. Ils n’étaient pas tous deux sans savoir que certains journalistes avaient sur les oreilles des casques pour la traduction simultanée. Le chef de l’État français a alors discouru avec aménité sur le Premier ministre israélien, qu’il traite de « menteur ». Il faut dire que Barak Obama venait d’énerver Nicolas Sarkozy en lui reprochant de ne pas l’avoir averti avant de tenter une démarche de médiation entre Israël et les Palestiniens devant l’ONU. Le Président américain parle de principes diplomatiques, et son ami de quelques minutes répond alors, avec un sens aigu de l’observation: « Je ne peux plus le voir (Netanyahou), dit-il à Obama, c’est un menteur ! » Ce à quoi son interlocuteur répond, en tentant de calmer le jeu, avec une phrase très ambigue : « Tu en as marre de lui, mais moi, je dois traiter avec lui tous les jours ! »
Comme dans les kermesses, le vaillant Nicolas Sarkozy va se choisir une nouvelle tête, pour lui expédier quelques épithètes « flatteuses » : Georges Papandréou. le Premier ministre grec est qualifié de « fou » et de « dépressif ». Avant de conclure qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance, avec une phrase du genre : « Il ne sert à rien de s’acharner sur lui…car il est déjà à terre ». C’était prémonitoire ! Il démontre ainsi la valeur de ses arguments en pleine tempête. Lui qui, depuis des mois, tente de corriger son image d’excité, avait antérieurement taillé un costard à Zapaterro, jugé par notre puits de science « peut-être pas très intelligent », mais tout est probablement dans le très diplomatique… « peut-être ». En définitive, les « dialogues » sont instructifs, puisqu’ils démontrent le niveau des discussions relatives au sort de millions de gens. Le fameux « Monsieur langue de pute », personnage emblématique imaginé par Antoine de Caunes, n’avait donc rien de fictif !

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2 réponses à Le langage diplomatique a beaucoup changé

  1. batistin dit :

    Des mecs comme vous et moi, un peu plus décidé surement à arriver quelque part.
    Connaissez-vous l’histoire du cheval jaune de D’Artagnan ?
    Et bien il s’agit d’honneur évidemment.
    Ou comment, sous prétexte d’arriver, certains sont près à tout et d’autres prennet le temps sur la route et restent dignes.
    Ce brave et fier D’Artagnan, fils de misère n’avait comme espoir et avenir que trois choses: une lettre de recommandation écrite par son père à l’adresse du capitaine des mousquetaires à Paris, l’épée de famille, et .. un vieux cheval jaune pisseux.
    Ah oui et puis aussi une quatrième chose : l’honneur !
    Parti de son pays de Gascogne avec comme but unique d’arriver au plus vite à Paris, il ne put pourtant pas s’empêcher à chaque arrêt dans une auberge, de risquer sa vie en duel avec le premier quidam qui osait se moquer de son équipage.
    L’honneur étant chaque jour plus important que la fin.
    Evidemment , nous ne demanderons pas à nos chefs politiques de se battre à chaque mot déplacé, mais pour le moins, prendre des décisions pour l’avenir qui n’engagent pas leur crédibilité serait déjà bien.
    Si ils étaient moins pressés d’arriver à leur fins personnelles et n’en oublient pas l’honneur d’être à la France, nous nous en porterions mieux !
    Ou aussi cette citation :
    « La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ?
    À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens »
    Albert Camus

  2. batistin dit :

    excusez
    « certains sont près à tout et d’autres prennet » !!!
    grosse fatigue
    …prêts..prennent…

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