Il est peut-être trop tard pour les lève-taux !

Plus aucune personne ayant un brin de lucidité ne peut penser un instant que la France va perdre son fameux « AAA », car elle l’a perdu depuis quelques temps, mais tout sera fait pour éviter que cette décision soit prise maintenant, quand le Chef de l’État français, selon les médias bien pensants, grignote son retard sur Hollande. Et pourtant, tous les signes extérieurs de la non richesse de la France se multiplient… et sont dilués dans des polémiques entretenues autour de l’accord entre le PS et les Verts ou tout autre sujet ! Il faut absolument masquer la terrible vérité : nous glissons lentement vers le précipice, et l’écrire ne va pas tarder à relever de la « haute trahison ». Si l’on se fie objectivement aux constats du jour sur les marchés financiers, la chute s’accélère. Seulement, dans les chaumières de notre France qui bade la « télédésillusion », on ne comprend pas trop ce qui se passe, car rien n’est fait pour faciliter l’approche des mystères des « obligations » ou de la dette souveraine.
En fait, peu de monde explique que la République française ne peut plus faire face à son fonctionnement, chaque année, dans le courant du mois d’octobre, et qu’elle a recours à des emprunts : d’abord, pour rembourser les annuités ou les mensualités de sa dette, puis pour régler les dépenses quotidiennes dont les salaires des fonctionnaires, autant que pour faire face aux remboursements de la sécurité sociale. Or, les « marchés » savent que sans ces apports réguliers, les états sont morts, et donc ce sont eux qui imposent leurs taux. Plus un État est affaibli, plus il est réputé dangereux pour ses créanciers, et donc…plus on augmente les taux d’intérêt applicables aux subsides dont il a besoin. Or depuis quelques jours, la France voit se profiler des taux dangereux, qui rendront à terme les remboursements de plus en plus difficiles.
La crise de la dette dans la zone euro a en effet contraint la France, et plus encore l’Espagne, à payer aujourd’hui le prix fort pour emprunter sur les marchés. La journée a commencé dans la tension, avec de nouveaux records sur le marché des emprunts d’État. Plusieurs pays de la zone euro, dont la France et l’Espagne, ont confirmé leur décrochage avec l’Allemagne, seul État de l’Union monétaire à inspirer encore vraiment confiance. Les obligations émises ont trouvé preneurs pour la France, mais pas tout à fait pour l’Espagne, à des taux qui ne cessent de grimper.
L’Espagne a, quant à elle, réussi son appel d’offre, mais au prix fort. Elle a emprunté 3, 5 milliards d’euros sur dix ans à un taux record, frôlant les 7 %, un seuil considéré comme dangereux par les analystes. C’est le plus élevé depuis 1997 ! Pour mémoire, l’Allemagne emprunte sur dix ans au taux de… 1, 8 %. « L’Espagne se rapproche de la zone de sauvetage », réagissait le journal El Pais, exprimant un sentiment généralisé dans la presse espagnole. Mais face à cette hausse très nette du coût du refinancement de la dette espagnole, Zapatero a tout de même exigé une « réponse immédiate » de l’Europe face à ces turbulences : « Ce que nous voulons, ce n’est pas qu’un, deux ou trois gouvernements prennent les commandes, mais que l’Europe le fasse. » Pas possible.
Mais, au fait, qui a soutenu il y a quelques mois qu’il fallait une indépendance totale de la Banque Centrale européenne ? Qui a clamé que le salut passait par le oui au traité constitutionnel européen ? La vérité est beaucoup plus angoissante maintenant, mais il est trop tard : si l’Espagne devait être aidée, il n’existe pas de structure capable de venir en aide aux deux pays ou même à l’Italie seule.
L’UE, à travers le FESF, n’a pas la force suffisante de frappe, d’autant plus que les garanties de la France et des autres États actuellement AAA ne valent plus grand-chose. La signature allemande ne peut pas assumer 1 000 milliards d’euros toute seule (d’autant que le pays est lui aussi très endetté). Le FMI ne dispose plus que de 390 milliards de dollars de disponible. Largement insuffisant, compte tenu des besoins de financement à venir, et il faut avoir le courage d’annoncer que le trou noir est pour 2013 !
Pour la France, la levée de fonds a été « satisfaisante » pour le Ministre des finances, et a donné des signes préoccupants pour les analystes financiers. L’écart des taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne s’est en effet encore élargi, juste avant que Paris ne se présente sur les marchés pour lever l’argent dont elle a besoin. Elle est parvenue à emprunter près de sept milliards d’euros sur cinq et deux ans, mais la deuxième économie de la zone euro a payé cher, même si le taux serait encore raisonnable (2,82% sur cinq ans, contre 2,31% lors de la dernière adjudication comparable le 20 octobre). Il ne faudrait pas que cette hausse se poursuive sous la pression de la spéculation aux bénéfices faits par des prêteurs, gagnant actuellement des sommes folles en appauvrissant les États !
En fait, chaque jour, les prêteurs se substituent aux peuples. Plus aucun « politique » ne gouverne véritablement, car il est sous influence, hypnotisé par les taux des emprunts que les marchés dictent. Chaque dixième de point de taux d’intérêt génère des destructions de services, d’emplois et des pertes de ressources raréfiées. Attendons la prochaine adjudication pour savoir combien de temps durera la course poursuite entre les loups du profit et les hommes qui croient gouverner le monde.

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3 réponses à Il est peut-être trop tard pour les lève-taux !

  1. J.J. dit :

    Ce processus d’endettement n’est que l’élargissement aux états du procédé que les banques utilisent depuis longtemps à l’encontre des particuliers.

    Le client « honorable », c’est à dire qui inspire la confiance, parfois à tort, car on trouve dans cette catégorie de gens ayant l’air « propre sur eux », de parfaits escrocs, ce client classé honorable dis-je, si d’aventure il a quelque retard de paiement ou difficulté de gestion, sera traité avec courtoisie et indulgence.
    C’est souvent ce genre de client qui d’ailleurs lève le pied, laissant une mirifique ardoise….

    Quant au client lambda, en particulier si c’est un travailleur besogneux et modeste, si quelque difficulté surgit dans la gestion de ses comptes, il n’échappera pas aux agios, pénalités et autres joyeusetés qui ne feront que faire empirer sa situation
    et le conduiront à la misère, l’interdiction bancaire, le surendettement…

    Le serpent qui se mord la queue….

  2. Pour certains la Dette de la France n’existe pas !
    « La réalité est que la dette publique française est d’abord due aux intérêts payés aux établissements financiers auxquels nous avons emprunté. Pourquoi ? Parce que la loi Pompidou-Giscard du 3 janvier 1973, puis l’article 104 du traité de Maastricht, ont ôté le droit de création monétaire à la Banque de France et livré la monnaie aux banques et sociétés d’assurance. La dette fin 1979 était de 239 milliards d’euros, elle s’établit à fin mars 2011 : 1646,1 milliards d’euros, soit 84,5 % du PIB, soit une hausse de 1407 milliards en un peu plus 30 ans, pendant lesquels nous avons payé 1420 milliards d’intérêts ! »

    PS: pour mémoire Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs périodes travaillées au service de la banque Rotschild 1954 à 1958 et de 1959 à 1962. Le 8 janvier 1959 il est devient Directeur général de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera néanmoins nommé en mars 1959 au Conseil constitutionnel où il siégera jusqu’en 1962. On observe donc à nouveau un grave manque d’indépendance entre les intérêts de l’Etat français et ceux des intérêts privés des banques.
    Même si on peut critiquer sur le fond ce raisonnement, les bons du trésor n’ont jamais été gratuits pour l’état, ( même parfois très couteux Emprunts Pinay et Giscard) il reste que cette loi est une rente de situation pour les banques.
    Les partisans de la privatisation ont toujours prétendu que le recours de l’Etat aux fonds publics équivalait à activer la « planche à billets » et à attiser l’inflation. Pour résoudre ce « problème », il fallait obliger l’Etat à emprunter sur le marché « libre » (et par la même occasion « libérer » au profit du secteur privé les sources publiques de financement).

    Cet argument fallacieux ne tient pas compte du fait que les crédits consentis par des banques privées représentent une création de monnaie, donc une cause potentielle d’inflation. Depuis que la privatisation et la « libéralisation » ultracapitaliste se sont imposées partout, on voit que la dette publique a crû de façon anarchique pour le plus grand profit du secteur privé. L’endettement à outrance (qui conduit assez souvent à la ruine) est une source inépuisable de profits pour les banques privées, non seulement quand les pigeons sont des particuliers, mais aussi et surtout quand c’est l’Etat qui emprunte. Alors qu’il serait plus rationnel et moins onéreux d’exclure le secteur privé du financement des dépenses publiques, on assiste de manière toujours plus dramatique au pillage des ressources communes par les prédateurs du privé.

  3. J.J. dit :

    Commentaire très intéressant de J.F.Facon.
    Je m’étais depuis longtemps demandé comment un fondé de pouvoir d’un établissement capitaliste pur et dur pouvait en même temps occuper de hautes fonctions à la tête de l’état !

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