Les maires et leurs pairs en première ligne…

Durant toute la semaine, tous les médias vont brutalement se réveiller et s’apercevoir qu’il existe des élus de proximité pouvant jouer un rôle essentiel en cette période de crise sociale. Les reportages vont succéder aux reportages, afin de coller à l’actualité du Congrès des maires de France. Une bonne part d’entre eux se rendra en effet de mardi à jeudi au Parc des expositions de la Porte de Versailles pour écouter tout ce que le gouvernement compte comme Ministres importants venant vendre une soupe virtuelle sur l’avenir des collectivités territoriales. Depuis des mois, plongé dans la tourmente de réformes aussi inutiles que destructrices, l’auditoire ne semble pas décidé à se satisfaire de ces exercices de style. La situation à la base est en effet extrêmement difficile, et la fonction perd beaucoup de son attrait. D’abord il y a eu la mesure irrationnelle et strictement démagogique de la suppression de la taxe professionnelle, qui a débouché sur un plan d’étranglement du principe de libre gestion applicable depuis des décennies aux communes, aux départements et aux régions. Tout a été fait afin de discréditer aux yeux de l’opinion les cellules historiques de la vie démocratique.
« Mille feuilles incompréhensible », « dépenses fastueuses », « indemnités mirifiques », « élus trop nombreux », « endettement coupable », « employés fonctionnaires paresseux et inutiles »… l’avalanche des idées toutes faites est déclenchée par un milieu journalistique qui globalise sans cesse les comportements, refusant toute sincérité aux explications, démultipliant toutes les turpitudes au plus haut niveau, nourrissant un troupeau de vedettes, invité en permanence dans les prés lumineux des plateaux télé, insistant avec délectation sur les ego surdimensionnés… De partout sur le territoire, remonte le ras le bol des élus engagés, qui ne supportent plus d’être sans cesse montrés du doigt, et soumis au feu croisé de toutes les composantes de la vie sociale. Quoi qu’ils fassent, ils découvrent, pour celles et ceux qui se sont engagés en 2008, à mi-mandat, qu’ils ne sont que des boucs émissaires de la décadence de l’État. De partout tombent les demandes de compensation financière et matérielle du désengagement, sur tous les fronts d’un État qui, par ailleurs, voulait récupérer, par les réformes, sa tutelle coercitive sur la gestion décentralisée. La pression devient insupportable pour certains d’entre eux, et les démissions se multiplient au sein des conseils municipaux, tant il est devenu difficile de se faire, en permanence, accuser de ne pas être capable de compenser les défaillances grandissantes des politiques gouvernementales actuelles.
Plus aucune des missions régaliennes de la République n’est pleinement assumée. La sécurité ? Transférée vers les maires qui en ont les moyens, via des polices municipales pléthoriques ou via la vidéosurveillance. L’éducation ? Lentement mais sûrement, la privatisation s’insinue partout puisque, selon moi, la « municipalisation » rampante (demandes de secrétariat municipal pour les directeurs d’écoles, suppression des maigres crédits dans les secteurs culturels, mise en place du service minimum, transfert vers le système médical de tous les accompagnements, décisions ministérielles finançables uniquement par les collectivités…) n’est qu’une forme déguisée de « privatisation ». Pas un conseil d’école, un conseil d’administration de collège ou de lycée, sans que l’élu, s’il est présent, se fasse agresser. En revanche, parler des destructions de postes, des suppressions de matières ou de filières, s’indigner de certaines pratiques pédagogiques d’exclusion, c’est, pour l’élu local, s’occuper de ce qui ne le regarde pas et faire de la « politique », mot horrible imprononçable dans ces instances où l’on doit jouer un rôle pré-établi. La détresse sociale croissante ? Le logement à loyer modéré introuvable ? La gravité de la situation vis à vis de la dépendance ? Chaque jour les Maires, démunis de réponses, sont soumis à une pression grandissante des administrés qui, faute d’obtenir une réponse ailleurs, viennent tenter d’obtenir d’eux celle qu’il leur faut !
Méprisés par l’État qui, par exemple, leur demande en début d’année d’établir des budgets « sincères et véritables » avec des prévisions de ses services qui se révèlent, un mois avant la clôture de l’exercice, totalement erronées, les élus locaux trempent dans la plus grande incertitude. Ils ne savent même pas à quel territoire ils appartiendront dans quelques mois, puisque le Préfet, selon son bon vouloir (la loi sur l’intercommunalité n’a pas été prévue avec sa date butoir du 31 décembre), pourra leur imposer le découpage des intercommunalités. C’est la cacophonie complète et la précipitation débile, qui éloignent davantage les élus de leurs mandants.
Au Congrès des Maires, le Chef de cet État français aurait couru, malgré l’habitude de garnir la salle avec des « amis » convoqués pour faire la claque, le risque d’un accueil à la hauteur de la désillusions actuelle. Il ne tentera pas le diable, mais il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que, lors du pince fesses UMP prévu à l’Élysée mercredi prochain, il flattera les « héros de la république, irremplaçables », les exhortera à être de « bons soldats » dans la « guerre » en cours, réclamera des « larmes, de la sueur et du sang » et leur déclarera qu’il « les a compris ». Le reste variera selon le score du vote matinal du 1er tour pour la présidence de l’Association des Maires de France. Et, de retour dans leur commune, aussi modeste soit elle, la majorité des congressistes replongera dans la pression des réalités. Durant plusieurs semaines les candidats aux présidentielles enverront leurs émissaires pour récupérer ces parrainages qui leur redonneront une importance temporaire. Le visiteur ou le message leur fera le chantage à la démocratie, les menacera de dénoncer leur sectarisme, et leur proposera de trahir leur camp s’ils en ont un ! C’est fou combien les Maires vont compter durant… trois jours. Après ? C’est une autre histoire. Celle des cocus !

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1 réponse à Les maires et leurs pairs en première ligne…

  1. batistin dit :

    Il y a peu de temps, quelques jours tout au plus, je me suis trouvé confronté dans ma vie prvée, ou plus exactement dans ma vie d’artiste, au même mode de fonctionnement.
    Une personne qui appréciait fortement tous mes écrits et mes sculptures a tout à coup décidé de me noyer sous un flot d’insultes, allant même jusqu’à dénigrer mon travail qu’elle trouvait jusqu’alors magnifique !
    Ce revirement de situation brutal étant du à un fait avoué et impardonnable:
    je n’en ai rien à faire de l’avis de la dite personne sur mon travail !

    Il semblerait donc que nos Maires, habitués depuis belle lurette à faire fonctionner leurs communes sans l’aide de personne soient dans la même situation.
    On ne leur trouve, en haut lieu, un quelconque intérêt qu’au moment où l’on a besoin d’être entendu, soutenu et glorifié.

    Puis c’est l’abandon, accompagné parfois d’une descente en règle.
    Ce qui est une aventure un peu triste à titre privé, voir une « fan » s’étouffer de haine, devient à titre public totalement insupportable.
    Travailler pour l’avenir de tous, non pas soutenus, mais écrasés entre deux pierres à meuler toutes les vocations républicaines, demande à n’en pas douter une force rare.
    Comment pouvons nous espérer un queconque changement quand nous offrons le flanc à l’arrière garde franchouillarde, heureuse de trouver un os à ronger, quelqu’il soit.
    Un Maire, c’est facile à interpeller, ça se croise tous les jours, c’est un élu, un politique, mais on peut le mordre facile, c’est un mec accessible, le punching ball idéal.
    Dans le même genre vous avez aussi le bénéficiaire du RSA cher à monsieur le président de la république de France, celui offert en pature récemment à la réunion de Bordeaux. Réunion où l’on était censé parler de la fraude fiscale !!!
    Quelques pauvres couillons affamés et entretenus par la communauté qui mettent en péril l’avenir des finances du pays.!!!

    Une chose juste m’inquiète au fond, c’est comment tous les partis affichés, de gauche et normalement humanistes, portent en leur sein une frange de population prête à la haine facile, assoifée de sang offert à la meute.
    Une meute de chiens idiots, aigris, avides de pouvoir au fond, et si proches des pensées nationalistes extrémistes.
    On se lève tous pour Danette, surtout celle au chocolat …
    Le lynchage en place publique, le déli de sale gueule, la tête de turc, le bouc émissaire, de quoi diriger tranquille le pays.
    Pendant que des abrutis, des mous du bulbe, des faux gauchos,
    ouvriers syndicalistes écologistes, protégeant leur centrale nucléaire pour finir de payer dernier le crédit à la consomation,
    ouvriers de l’armement militants pacifistes,
    marchand de tabac inscrits à l’ARC,
    chauffeurs assasins alcooliques de sortie de match de foot partisans des transports en commun,
    bobos bioéquitable en voyage au Népal rapatriés en avion privés par l’assurance secours aux riches héritiers,
    la liste est sans fin des anachronismes .
    Il n’existe plus au fond qu’une chose commune, celle de l’intérêt particulier !
    Qu’est ce qu’on en a à faire qu’un élu se fasse marcher dessus, tant qu’il nous protège encore un peu, nous et nos nains de jardin.
    Nous et notre retraite bien gagnée, gagnée dans un système qui met trois ou quatre générations à venir dans la misère, mais retraite « bien méritée » !!!

    La remise en cause de tout le mode de fonctionnement est en fait impossible mentalement, surtout pour les petits égos surdimensionnés de celles et ceux qui, s’étant fait marcher sur la gueule toute leur vie, ne sont plus que revenchards!

    Le petit chef de section et sa bande de banquiers ont de beaux jours devant eux, nous ne sommes capable que de disputes intestines.
    Et ne savons que mordre sans discernement, privés sans doute depuis trop longtemps de notre liberté à apprécier sainement nos contemporains

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