Les estrades des apparences et celles des réalités

Représenter le Président du Conseil général hors de son territoire habituel de mandat, apprend beaucoup sur les liens que ce dernier entretient avec le département. C’est ce que je viens de pratiquer en fin de semaine, sur diverses manifestations à travers la Gironde, et en parcourant plus de 300 km pour aller, essentiellement comme partenaire, associer l’assemblée départementale à trois réalisations témoignant de l’importance des élus locaux dans la vie sociale. S’il avait fallu me convaincre de l’absurdité des raisonnements parisiens vis à vis des communes ou des intercommunalités actuelles, ce périple aurait fini de le faire.
De Pessac sur Dordogne, aux confins est de la Gironde à Soulac, au bout des terres médoquines, en passant par Salleboeuf, j’aurais acquis la conviction que l’initiative, l’originalité et plus encore la pugnacité avaient joué un grand rôle dans les équipements présentés. Et il est toujours navrant de voir que, par « soumission historique », les élus locaux appellent toujours à leurs côtés le représentant de l’État, qui passe par ailleurs son temps à leur tordre le cou. Comme, selon un protocole archaïque soigneusement protégé, celui-ci intervient en dernier, et peut nécessairement en cette période vanter les mérites supposés du…gouvernement, il est devenu extrêmement agaçant de ne pas pouvoir, par « courtoisie républicaine », revenir parfois sur des affirmations totalement dénuées d’objectivité et strictement partisanes.
Il règne encore, ancré dans les esprits des élus, seuls détenteurs d’un mandat républicain issu d’une élection au suffrage universel, une sorte de peur à l’égard d’un État coercitif ou supposé pouvoir, à tout moment, sanctionner une gestion ou une action. La vision originelle des représentants de l’État, inspirée de la période napoléonienne ou des débuts de la IIIème République, plane sur toutes ces manifestations. Le pire, c’est que dans deux des trois inaugurations auxquelles j’ai participé, le gouvernement, puisqu’un Préfet est nommé par le gouvernement dont il assure la représentation sur le terrain, n’avait pas donné directement un seul euro sur le budget national pour financer des opérations pourtant exemplaires.
La première, montée avec une énergie exceptionnelle par Daniel Fénelon, que j’a vu, comme instituteur, trotter dans la cour de récréation de l’école élémentaire dont j’avais la direction, était exemplaire à cet égard. La première « recyclerie » d’Aquitaine illustre à merveille cette situation ubuesque, où le seul véritable soutien de l’État consiste… à accorder au syndicat intercommunal qui la gère, le droit de recours à des emplois aidés. Exemplaire, car en parfait accord avec les décisions nationales du Grenelle, cette nouvelle forme de « récupération, recyclage, revente » met en évidence que, sans une volonté politique forte des élus locaux, le Grenelle, vendu pourtant durant des mois comme étant la panacée pour remédier à tous les problèmes environnementaux, serait un texte de plus, sans suite ! La conjonction de simplement trois partenaires (syndicats intercommunaux, ADEME, conseil général) a permis l’émergence de ce centre, révélateur des dégâts de la surconsommation outrancière de notre société, peu regardante sur les effets collatéraux de ses envies !
Le Sous-Préfet, qui a bien veillé à souligner qu’il sortait d’une visite ministérielle électoraliste sur le terrain, était là pour le décorum républicain… puisque aucun service de l’État n’a mis un euro dans cette initiative. L’ADEME est en effet un organisme parapublic indépendant, dont les fonds, provenant majoritairement de la TGAP (1), collectée sur le dos des usagers par les… collectivités territoriales, leur sont restitués, après que l’État se soit servi au passage (TVA) pour d’autres actions que celles découlant de l’élimination des déchets ! État ? Quel État ? Celui qui contrôle, qui sanctionne, qui réprimande, qui refuse, qui fusionne, qui coupe les crédits, qui se répand en diatribes contre les élus locaux trop dépensiers, qui dénonce insidieusement le nombre d’élus ? Comment justement des maires, des conseillers généraux, soutiens émérites et même parfois intégristes de ce gouvernement, peuvent-ils encore supporter ce décalage absolu entre la réalité du terrain et des réformes abracadabrantesques qui les humilient et les étranglent ?
Même problème à Soulac, où le Préfet vient vanter, sur l’estrade, les mérites du gouvernement qui « a pris à bras le corps le problème de la dépendance, mais qui a dû se résigner à l’abandonner dans le contexte actuel de crise » alors que, si dans le cadre du plan de relance, l’EHPAD (nouveau nom des maisons de retraite) a bénéficié de 2,6 millions d’euros, il aurait été impossible de le financer sans 2,6 millions mis par le… Conseil général, plus environ 1 million mis par la commune ! En fait, si le gouvernement a pris à bras le corps les difficultés terribles de la fin de vie, il n’a proposé à ce jour aucune autre solution que de la faire assumer par… le conseil général en partie via l’APA et le financement de l’aide sociale ! Les estrades ne sont que le reflet des supercheries républicaines, qui hiérarchisent les interventions sur la base des apparences mais rarement des réalités. La décentralisation, cette grande idée vieille de trente ans, a encore de l’avenir, mais elle ne résistera pas, c’est certain, à un second mandat de l’État bonapartiste.

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1 réponse à Les estrades des apparences et celles des réalités

  1. batistin dit :

    L’élite élue du peuple
    croit benoîtement
    avoir été placé là par les Dieux.
    Nous sommes donc de fait ses enfants,
    ce qui justifie sa condescendance.

    Ce que je ne m’explique pas
    ce sont les petits chefs,
    des anges pourtant,
    qui en rajoutent sur l’infantilisation.

    Ils n’ont même plus la délicatesse
    de beurrer la tartine du goûter
    ayant mis à la place force punitions
    pour les récalcitrants
    qui se refusent au pain sec.

    Dit comme cela, c’est poétique,
    mais on pourrait dire aussi
    que depuis un bon moment
    nous sommes sans cesse confrontés
    aux abus de pouvoir.

    Les élus des Dieux ont équipé leurs anges
    d’une armée de censeurs répressifs
    qui n’a d’autre mission
    que de battre et mettre aux fers
    tout enfant joyeux
    et aimant ses petits camarades.

    Une horde de petits chefs
    qui nous poursuit dans chacun de nos actes
    du papier recyclé pour chier
    jusqu’au au choix de notre identité nationale.

    Ma bonne grand-mère le savait,
    le plus efficace pour soutenir une idée scélérate
    c’est de promettre l’impunité
    pour les cireurs de pompes.

    Et de les affubler d’une certitude:
    la responsabilité de leur tache journalière,
    dédiée au service du grand fonctionnement,
    donne droit de fait au mépris affiché
    de celles et ceux qui sont venus pour glorifier.

    Ce qui n’est rien quand à ce qui attend les réfractaires !
    Toute une liste de punitions est à disposition,
    codifiée précisément avec retrait des bons points
    jusqu’à disparition totale de l’image du perturbateur.

    Au fond, un élu entouré de quelques angelots
    et qui se prend pour un éclairé du bulbe,
    ça serait amusant s’il n’y avait tous ces petits chefs,
    un dans chaque quartier,
    notre cher voisin vigilant rémunéré,
    un dans chaque bureau administratif,
    notre aimable responsable de dossier compliqué,
    un à chaque guichet,
    notre avenant banquier

    Une horde de revanchards aigris
    n’attendant qu’une loi
    pour tuer froidement.
    Si c’est la loi !

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