La petite fadette deviendra grande !

Nous finissons par tout admettre et par accepter de n’être devenus que des sujets soumis en permanence aux risques de nouvelles lettres de cachet. J’ai maintes fois écrit dans ces chroniques, depuis maintenant une demi-douzaine d’années, que dans notre système réputé démocratique, n’importe quelle personne peut à tout moment passer du statut de citoyen contestataire à celui de suspect, puis de coupable. Tout est maintenant organisé pour suivre, épier ou identifier la moindre personne qui, d’une manière ou d’une autre, contrarie les vues du pouvoir. Croire le contraire, c’est tout simplement ne pas admettre la réalité. Via internet, via les téléphones portables, via les cartes bleues, via les satellites, via les gens bien intentionnés, via les déclarations informatisées…il est de plus en plus aisé de peser sur le destin des gens qui gênent. A tout moment, sur le bureau d’un représentant du gouvernement, arrivent encore et toujours des notes, des rapports, des infos orales (on devient prudent) sur le contenu de réunions réputées ultra secrètes. Quand ce n’est pas officieux, on cherche un moyen de le rendre officiel. Le Préfet de la Creuse aurait, par exemple, sollicité des Maires leur « nuance politique ». Probablement pour ses statistiques… à six mois des présidentielles et avec les 500 signatures qui pointent ! On sait bien que les fichiers sont interdits !
Les pratiques des services de police et des opérateurs téléphoniques en matière de « fadettes » deviennent, par exemple, extrêmement préoccupantes puisque, par complicité, plus personne ne respecte les textes en vigueur. Un téléphone est devenu un indic de première main ! Les factures détaillées dont les enquêteurs peuvent demander copie sont devenues des actes de traçabilité de la vie quotidienne des gens imprudents. Les opérateurs ne sont pas très regardant sur les demandes émanant de la police, pas nécessairement mandatée par la justice ! Tous les abus sont permis, mais comme il sont souvent « confidentiels » et sans traces, les poursuites sont quasiment impossibles. S’il est de plus en plus difficile de résister aux demandes arrivant directement en bonne et due forme, les opérateurs devraient au moins alerter l’opinion sur l’ampleur du nombre des demandes parvenant dans leurs services. C’est top secret, mais une commission d’enquête parlementaire pourrait peut-être obtenir des statistiques révélatrices de l’usage intensif fait de ce procédé. D’autant que le gouvernement semble vouloir dissimuler les chiffres qui pourraient affoler les usagers des portables !
La « généreuse » Liliane Bettencourt aura au moins servi à dévoiler cet iceberg immergé d’une nouvelle version des « écoutes » téléphoniques. Pour identifier les sources des journalistes l’enquête diligentée par le pouvoir en place a atteint des niveaux insoupçonnés. Les policiers peuvent absolument tout savoir, et ils n’hésitent pas, alors que la sécurité des biens et des personnes n’est nullement menacée, à tout collecter ! Certes la perte du Black Berry de DSK n’explique rien, mais quand on constate l’acharnement mis à coincer un informateur de journalistes, on peut au minimum s’interroger. Le Monde révèle que pour une seule enquête, SFR a par exemple livré, en bon soldat (demandons nous pourquoi ?) à la police… 42 feuillets de relevés d’un tableau de 9 colonnes recensant les appels, les SMS, les MMS envoyés ou reçus par l’attributaire du numéro ! On peut connaître sur ce document le numéro du correspondant même masqué, la date, l’heure, la durée, la cellule la plus proche de l’appel et le numéro unique de chaque portable… Autant de renseignements qui concernaient un abonné n’ayant rien fait d’illicite, n’ayant commis aucune faute, n’ayant exercé que son métier ! Dotée de tous ces numéros de téléphones, l’IGS a ensuite demandé aux trois opérateurs d’identifier chacun des abonnés présents sur le listing… ce qui bien évidemment ne saurait être un hasard. C’est un plaisir de travailler avec Bouygues : non seulement l’opérateur donne « le nom et l’adresse du titulaire de la ligne, mais aussi sa date de naissance et son numéro de compte bancaire » explique Le Monde !
Personne n’est épargné dans cette quête : avocats, autres journalistes, fonctionnaires, parents, amis, magistrats, cabinets ministériels…sa propre fille. Enfin, personne n’échappe à la collecte ! Méfiez vous donc quand vous me téléphonez ou quand vous m’envoyez un mail ou un SMS. Ne m’appelez pas trop car vous allez vite finir, un jour ou l’autre, allongé(e) sur une fadette ! Ce n’est même pas plus rassurant avec Internet. À ce jour, on a répertorié dans le monde 124 marchands d’armes de surveillance, utilisant des technologies d’interception, dont 32 aux États-Unis, 17 au Royaume-Uni, 15 en Allemagne, dix en Israël, huit en France et sept en Italie… À l’instar des marchands d’armes “traditionnels“, la majeure partie d’entre eux sont situés dans des pays riches, et démocratiques. 12 des 26 pays recensés font ainsi partie de l’Union européenne qui, au total, totalise 62 de ces entreprises. 87 vendent des outils, systèmes et logiciels de surveillance de l’Internet, 62 de surveillance du téléphone, 20 des SMS, 23 font de la reconnaissance vocale, et 14 de la géolocalisation GPS. Allez, dormez tranquilles, votre sécurité est assurée… on veille sur vous !

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1 réponse à La petite fadette deviendra grande !

  1. batistin dit :

    Bien.
    En admettant que mes écrits, et mon travail artistique, puisse perturber le bon fonctionnement du versement des intérêts de la dette au profit des nouveaux gouvernants de la Grèce, par exemple, c’est avec grand plaisir que je me ferai lire par quelque espion mandaté.
    En espérant même, pourquoi pas, que ma vie cesse ici et tout de suite dans un faux accident d’ordinateur, qui ne devrai pas tarder à m’exploser à la figure.
    Cela voudrai dire au fond que ma vie d’indigné aurait tout à coup une autre gueule !
    N’est pas résistant français ou révolutionnaire tunisien qui veut !

    Le meilleur moyen toutefois pour ces beaux messieurs avides de richesses, à un point qui dépasse l’entendement d’un bénéficiaire de potager communautaire que je suis, c’est tout de même bel et bien de m’oublier !

    Faire attention à sa fadette n’a d’intérêt que pour celles et ceux qui ont pour ambition de s’asseoir à la table du Fouquet’s pour piquer le homard champagne à la table du voisin.
    Rester dans le rang des indignés qui gueulent fort, écrivent beaucoup et ne tentent rien vraiment, je ne vois pas pourquoi au fond ça dérangerai qui que ce soit !

    Sauf si les riches décidaient tout à coup de m’interner de force dans une de leur usines d’ouvriers esclaves, auquel cas évidemment toutes mes disgressions seraient retenues sur ma paye.
    Au point où nous en sommes, et plus exactement au niveau social où je me trouve, je crois que la fadette a surtout pour effet de renforcer les certitudes de mon voisin vigilant rémunéré, et d’augmenter les certitudes imbéciles des petits chefs de bureaux en tout genre.
    La fadette des grands ne sera pour moi que la dure réalité du fascisme ordinaire !

    Ceci étant, et sans confondre liberté d’expression toute relative avec liberté de penser, le fait de marteler depuis la base est le seul espoir que nous ayons pour faire trembler l’édifice.

    En souhaitant, monsieur Darmian, qu’un petit chef de bureau tombe par hasard sur votre blog, et qu’il se mette à lire.
    Non pas le contenu, puisque il n’y a rien à espérer souvent d’esprit obtus et entêtés dans leurs certitudes et dans le besoin qu’ils ont d’une vérité bétonné, mais le contenant.
    La taille du contenant grandissant au fur et à mesure que la colère gronde, nous pouvons alors espérer « changer les mentalités ».
    Ce qui veut simplement dire qu’une meute suit le chef quand il est fort, ou le groupe quand il devient une entité.
    Ecrire, écrire, écrire et chaque jour par de petits actes mettre en branle le groupe, les petits chefs suivront…
    Et, que serait les riches sans tous les petits chefs de bureau ?
    Des mecs un peu seuls et effrayés !
    Effrayés quand on va leur présenter la fadette.
    En 1945, les monstres échappés sont partis en Amérique du sud organiser la suite du démembrement de l’Europe.
    Une des voies choisies alors par ces malveillants étant d’inonder nos villes et nos campagnes de drogues dures à bas prix. Gagné !
    Les effets sur la mentalité ambiante sont évident aujourd’hui.
    Prenez un drogué, observez le, vous ne verrez au fond aucune différence entre sa façon de concevoir une communauté et le fonctionnement de nos entreprises actuelles !
    Tout pour sa gueule, sourire conquérant et carnassier avec sa dose,
    capable de tuer père et mère, voisins, cousins, grand-parents, malades, et gentils en tout genre quand vient le manque.
    Si nous relevons la tête, où iront-ils se cacher pour recommencer ?
    Derrière la menace pesante de notre possible renoncement.

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