La facilité demeure le principal mal du monde médiatique. Il se laisse entraîner en effet trop souvent dans des présentations superficielles qui ignorent le côté pédagogique que doit avoir pourtant toute transmission d’une information devenant, qu’elle le souhaite ou non, un savoir. Par exemple, il existe des « courants d’opinion » qui accréditent des postures politiques, alors qu’ils ne reposent que sur des apparences. Souvent, ce sont des effets de mode, permettant d’asséner des certitudes qui ne résistent pas à l’épreuve de l’analyse…objective.
Actuellement, le « développement durable » se met aisément à toutes les sauces vertes. On place sous son égide diverses propositions ou réalisations qui ne bénéficient pas de toutes les garanties en la matière. La Cour des Comptes vient, par exemple, de tirer un bilan des biocarburants, distribués en France sous forme de biodiesel (à base de tournesols et colza mélangés au gazole) et le bioéthanol (à base d’essence mélangée à de la betterave et des céréales).
Souvent présentés comme les alternatives aux produits pétroliers fossiles, ils ont acquis une image positive dans une opinion qui ne rêve que de payer moins cher ses consommations outrancières de carburants. Or, selon les « sages », les biocarburants ont coûté, en cinq ans, quelque 3 milliards d’euros supplémentaires aux automobilistes utilisant le biodiesel ou le bioéthanol, un surcoût notamment lié à des prix de production plus chers. Dans le même temps, les différentes filières dédiées aux carburants verts ont reçu 2,25 milliards d’euros d’aide publique en cinq ans, facture réglée par les contribuables français… Mais pourquoi personne n’a-t-il jamais présenté ces chiffres qui dénotent un vrai problème de crédibilité d’une filière ayant encore bien des progrès à accomplir? Et ce n’est pas là que se trouve la véritable faille dans un discours avant-gardiste : la Cour des Comptes remet en cause l’efficacité énergétique des ces biocarburants par rapport à un carburant classique.
Un constat illustré par un cas concret : un plein de biocarburant permettrait ainsi de couvrir un nombre de kilomètres de 30% inférieur à celui d’un plein classique, ce qui, en raison d’un renouvellement plus fréquent, engendreraient une surconsommation (avec répercussion à la pompe) et un coût supplémentaire. Dommage que ce ne soit pas précisé dans les grandes messes dévolues aux énergies alternatives.
Loin de moi l’idée de contrarier le développement de cette filière, car je demeure un ardent partisan de l’abandon progressif des énergies fossiles, mais il faudrait mener des réflexions moins superficielles que celles qui ont été conduites sur les biocarburants. Il existe d’autres effets pervers dont l’impact n’est pas encore mesuré.
Par exemple, selon un rapport de la Banque mondiale sur l’évolution des prix alimentaires entre 2002 et 2008, près de 75 % de leur hausse serait imputable aux mouvements financiers spéculatifs utilisant les politiques de soutien aux agrocarburants dans l’Union Européenne et aux États-Unis. Ces opérations financières ont effrayé bon nombre de pays en développement, qui ont alors interdit les exportations de produits alimentaires, entraînant par la suite une escalade des prix. Se fondant sur le fait que le programme de développement des agrocarburants au Brésil n’a pas entraîné de hausse des prix, ce rapport recommande la suppression des politiques d’aides… aux agrocarburants ainsi que celle des barrières douanières, empêchant l’importation d’agrocarburants d’Afrique et d’Amérique du Sud comme moyen de conjuguer culture des agrocarburants et stabilité des prix agricoles mondiaux. Mais bien entendu, en France, on reste très dubitatif sur cette concurrence économique.
Des chercheurs concluent également « qu’il n’y a aucun bénéfice énergétique à utiliser la biomasse des plantes pour fabriquer du carburant », au terme d’un calcul tendant à montrer que l’énergie globale nécessaire à la production d’éthanol à partir de maïs, à la production du bois et à celle de biodiesel à partir de soja ou de tournesol est pour chacun de ces cas supérieure de 27 à 118 % à l’énergie produite. Il est donné pour cela des quantités d’énergie dépensées à la fabrication et lors du conditionnement, transport et épandage des pesticides et des engrais, à la fabrication des outils agricoles, au drainage, à l’irrigation ainsi que l’énergie dépensée par les travailleurs eux-mêmes en dehors de leur travail. Le bilan environnemental, rarement pris en considération, serait à mettre en comparaison d’autres énergies.
Il faut imaginer que les conclusions de la Cour des Comptes ont bien évidemment créé des remous dans la filière des biocarburants. Le groupe Sofiprotéol, spécialiste des biodiésels a vite réagi en soulignant que, à propos du surcoût induit par la « production verte », selon lui, le surcoût pour le consommateur « est inférieur aux variations de prix observées d’une pompe à une autre, qui peuvent atteindre 10 centimes le litre ». De même, la filière du bioéthanol estime que la « concurrence bénéficie aux consommateurs » et souligne les importantes recettes fiscales supplémentaires pour l’État… On voudrait bien y voir encore plus clair, mais au total, pour l’instant, si les biocarburants sont rentables pour Bercy, ils pompent le consommateur (+ 3 milliards) et le contribuable (2,25 milliards). Mais voilà, la Cour des Comptes ne vote pas… alors que les grands propriétaires terriens eux, pèsent sur les scrutins locaux !