L'incivilité partisane d'un civilisé provocateur

Claude Guéant est un pur produit de l’excellence scolaire française puisqu’il a fini à l’Ecole nationale d’administration, vous savez, ce creuset des élites qui survivent à tous les mouvements politiques. Certains, parmi ces produits labellisés « France qui gagne » choisissent une casaque plutôt qu’une autre, en général la plus « rentable » pour accéder aux autoroutes du pouvoir, les autres se contentent de le servir, sans prendre le risque d’être éliminés en cours de route. Ils ne risquent que de passer des palais où l’on se sert, aux palais où l’on se planque en attendant des jours meilleurs. Le problème, c’est que Claude Guéant appartient à la promotion Thomas More (1971) dont peu de monde (et probablement pas lui !) connaît les prises de position philosophiques. Cet Anglais a en effet payé de sa vie sa volonté de ne pas servir servilement son maître « civilisé », le célèbre Henri VIII dont on sait combien il respectait les femmes ! Grand ami d’Érasme, érudit, philanthrope, Thomas More a participé pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise cette époque, ainsi qu’à l’humanisme, dont il est le plus illustre représentant anglais…
Exactement comme ce pur produit de l’école française haut de gamme qui s’y connaît en « humanisme » ou en philosophie. Nommé « Ambassadeur extraordinaire », puis « Chancelier du roi » Henri VIII, Thomas More avait désavoué le divorce du Roi et refusé de cautionner l’autorité que s’était arrogée celui-ci en matière religieuse : Il a courageusement démissionné de sa charge en 1532, et devant la persistance de son attitude, il est a été emprisonné, puis exécuté comme « traitre ». Il a écrit une sorte de traité de l’Utopie, qui décrit une île dans laquelle on vit dans une modernité exceptionnelle pour le XVIéme siècle. L’Utopie prend la forme d’un récit fait à l’auteur par un voyageur qui a passé cinq ans en Utopie et expose en détail l’état social d’un pays inventé. Sous ce prétexte littéraire, le livre dénonce les faiblesses d’un état de fait, en évoquant en particulier les Achoriens, peuple victime d’un souverain administrant deux royaumes, et les Macariens dirigés avec bonheur par un souverain travaillant pour la prospérité de l’État. Dommage que Claude Guéant ne se soit pas inspiré de cet ouvrage, car c’est celui qu’il avait choisi comme « référence » dans son engagment : une véritable tromperie sur la marchandise et même une publicité mensongère. En tous cas, ses éminents professeurs ne lui ont jamais appris ce qu’était une civilisation. Ou alors il en a une vision très personnelle… Juppé, qui est passé par l’Ecole normale supérieure a, même s’il n’y pas appris la modestie, visiblement une culture largement supérieure.
Le terme désigne en effet davantage un état de fait historique et social à valeur constante qu’un processus de transformation des sociétés. L’idée a cessé depuis longtemps de fonctionner en opposition avec celles de barbarie ou de sauvagerie, tandis qu’était affirmé le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Par suite, c’est dans l’égalité ou l’équivalence de ces entités supposées que peut se jouer l’affrontement, le dialogue ou l’entente des civilisations. Claude Guéant en reste aux idées du XIXème siècle, celles du colonialisme triomphant, celles de l’évangélisation forcée, celles de l’exploitation de l’homme par d’autres hommes réputés civilisés.
Il ne sait pas que l’idée de civilisation, extrêmement floue et interprétative, elle, n’a dans les faits ni structure précise, ni représentation institutionnelle; il faut sélectionner parmi les faits observables, ceux que l’on juge aptes à définir les civilisations envisagées. Remarquez qu’il a bien choisi des « faits » concrets ayant valeur de vérités incontestables, ceux que colporte l’opinion dominante reposant sur du prêt à porter idéologique. Il a fait le tri en s’appuyant, comme le veut une tradition bien établie, sur la « guerre des religions » si facile à allumer ou à rallumer. Il ne cite pas de faits linguistiques, éthiques, géographiques, culturels ou politiques, mais exclusivement des pratiques religieuses. Une civilisation reste pour cet homme du grand vivier des carpes du pouvoir, ce que Marine Le Pen appelle avec mépris, le « système », ni plus ni moins. Elle a au moins le mérite de la franchise. Elle condamne ouvertement l’Islam et elle exacerbe la xénophobie.
C’est vrai que les nazis, qui prônaient la pureté de la race civilisatrice, avaient lancé l’épuration qui devait permettre à « leur » civilisation de dominer le monde. La question de la supériorité a toujours débouché sur des réponses terriblement angoissantes. Or Claude Guéant nous a fait entrer dans cette spirale. Et le pire, c’est que ce pyromane agit sciemment pour profiter des conséquences de son action. Il serait « républicain »… selon ses admirateurs, alors qu’il n’est qu’un exploiteur des principes républicains lui ayant permis d’accéder au pouvoir, pour ensuite ne pas les respecter. Quelle légitimité a-t-il ? De qui tient-il son poste ? Est-ce le suffrage universel qui le lui a donné afin qu’il donne des leçons aux gens justement investis par ce qui reste le fondement du fonctionnement de l’État. Aucun Ministre ne devrait être nommé sans qu’il ait obtenu, d’une manière ou d’une autre, la confiance des électrices et des électeurs. Dans les pays non civilisés, on vit sur le fait du Prince ! « Ce sont surtout la faiblesse intellectuelle et morale des chefs et leur ignorance qui mettent en danger notre civilisation. » a écrit Alexis Carrel. C’est donc bien parti !

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4 réponses à L'incivilité partisane d'un civilisé provocateur

  1. Michel d'Auvergne dit :

    Le très rêche Kéampf fait partie des bons à-riens mais capables de tout , une équipe de choc dont le lèche-teutonne a eu le génie de s’entourer, on a quand même l’impression que c’est l’enlisement, malgré une certaine inculture d’une partie de l’electorat, les ficelles deviennent un peu trop grosses !!

  2. J.J. dit :

    CIVILISATION !.
    Dans civilisation il y a d’abord civil.
    Définition du dictionnaire (approximative) : 1) contraire de militaire, ne cultivons un antimilitarisme qui ne pourrait être que primaire.
    Souvenons nous quand même que le militaire, au départ destiné à protéger, a pour mission première de tuer, ses armes en sont la preuve, et tuer, que ce soit un ennemi ou non, reste toujours un geste brutal et inhumain.

    2) Civil ) synonyme de citoyen, c’est à dire un homme libre. Un état qui ne laisse pas à ses habitants leurs droits tels que définis dans la Déclaration des Droits de l’Homme ne peut pas être considéré comme appartenant à une civilisation. Voilà qui écarte pas mal de monde !

    3) Civil, synonyme de savoir vivre, politesse, respect d’autrui, facilité à vivre en société (civile ).

    Qui donc peut prétendre représenter une civilisation ?
    N’est-ce pas une utopie, comme le royaume de Thomas More ou la Théléme de François Rabelais, ou l’Etat Idéal de anarchistes pacifiques (c’est à dire le non état)?

    « Fais ce que voudras » (sous entendu dans le respect des autres).
    Cela exige des qualités et une intelligence dont sans doute aucun homme (ou femme) n’est capable.

  3. batistin dit :

    Tout semble nous porter vers de vieux souvenirs.
    Quel est donc cette misère qui poursuit l’humanité, incapable qu’elle est de se reconnaître dans la paix ?
    Et bien, même si cela semble maintenant connu, reconnu et accepté, pourquoi ne pas le répéter:
    tant que l’argent ne représentera pas la récompense d’un travail accompli bénéfique à la communauté, le prix du pain par exemple, l’horreur sera exemplaire !
    Ce prix est aujourd’hui indexé sur la cotation en bourse des intérêts perçus sur la valeur fictive d’un sac de blé, sac de blé virtuel se baladant en 24 heures plusieurs fois tout autour de la Terre, de Bourses en Bourses internationales.
    L’agriculteur, le meunier et le boulanger restant pourtant persuadés que la valeur de leur travail est calculée sur le mérite et le savoir faire.
    Quand, ce qui fait une vie d’homme, le plaisir savant de passer de l’apprentissage à l’excellence, est remplacé systématiquement par l’avidité froide, l’humanité toute entière n’a plus qu’à assassiner tous ses anciens, il n’ont plus rien à transmettre !
    Tous les discours sont alors possible, puisque le respect n’existe plus en rien, et que seul comptent les comptes.
    Un être humain n’étant alors plus qu’une ligne de plus ou de moins d’écriture dans une grande comptabilité.
    Entre les numéros tatoués sur la peau et la puce RFID n’existe plus alors qu’une différence:
    en lieu et place d’une mort programmée relativement rapide,
    le souci premier de l’entretien au minimum vital
    d’un cheptel que l’on souhaite rentable à long terme.
    La mort des contes…

  4. Nadine Bompart dit :

    Oh ce sourire condescendant et fat lorsque ce Député courageux de Martinique lui a posé la question: « la pureté Aryenne des nazis était-elle une civilisation ? »!!!
    J’ai un problème avec Guéant (j’ai le même avec Coppé), quand je le vois la violence me monte à la gorge!!!! La même chose avec le Pen, père et fille, des envies de meurtre, des envies de vomir aussi…..
    Comment en sommes-nous arrivés là, à être « dirigés » par des gens comme ça, sans foi ni loi, sans Histoire, sans Culture, sans règles autres que le profit et l’avidité du Pouvoir ? Pauvre France, il est bien loin l’humanisme des Lumières….

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