Laissez le Capitaine seul sur le navire !

Je n’ai rien vu et rien entendu mais je le sais. Au retour de deux réunions citoyennes sur les finances du Conseil général et sur l’avenir de l’école, j’ai appris que le suspense était terminé. L’UMP a enfin désigné, lors d’une primaire diffusée par TF1, son candidat. Il y avait une électrice dénommée Laurence Ferrari qui a visiblement voté pour le seul candidat en lice. Il a donc reçu l’investiture et va donc porter le message de tous les élus et des militants UMP de France. Pas sûr que, vers le début juin, certains d’entre eux se souviennent avoir soutenu ce Chef de l’État français qui a placé sa campagne sous le signe de la famille, du travail et de la Patrie. Imaginez un peu une France qui soit privée de ce splendide exemple d’information objective qu’est le JT de la chaîne de son pote Bouygues ? Mais comment pourrions nous vivre ? Nous serions dans l’ignorance de ce qui fait le sel du métier de journaliste : le scoop permanent ! C’est en effet une sacrée info que celle qui consiste à permettre à un Président candidat depuis des mois et des mois d’annoncer qu’il a bien berné tout le monde, qu’il a bien utilisé à son profit les moyens de l’État, et qu’il va faire tout ce qu’il n’a jamais fait… Heureux soient les ravis des chaumières qui ont supporté cette mascarade : moi je n’y étais pas ! Je ne l’ai pas entendu délivrer ce qui restera le message de son quinquennat glorieux : avec cette « succession de crises sans précédents », ne pas se représenter « ça serait comme un abandon de poste», a lancé Nicolas Sarkozy avant de se comparer à un « capitaine de navire dont le bateau serait en pleine tempête ». Ouf ! Enfin une exactitude.
Le problème c’est que le navire « France » ressemble étrangement à celui que Michel Sardou décrit dans sa célèbre chanson. Plus de gouvernail, plus de voiles, les cales vides, les passagers réduits à la disette, les canots de sauvetage réservés aux copains du capitaine et… une boussole dont l’aiguille indique uniquement la droite, le fameux « capitaine » n’a simplement plus aucune possibilité de regagner la terre ferme des réalités. Plus personne ne lui fait confiance, et le seul slogan, ce sera inévitablement dans les prochaines semaines : « les profits et les UMP d’abord ! »
En fait, le Capitaine ressemble étrangement à ceux des navires des corsaires. Il a enrôlé les membres de son équipage en leur faisant miroiter des gains mirifiques : emploi pour tous, suppression des impôts sur les butins, pouvoir d’achat garanti. Il a louvoyé dans tous les sens dans le vent des sondages, il a zigzagué dans les risées. Il a surtout fait des trous dans la coque avec des coups redoublés, et maintenant que l’eau boueuse de la crise envahit la cale, il prétend rester courageusement à la barre d’un navire, simplement emporté par un courant défavorable conduisant au naufrage. Courage admirable selon les uns ! Bravade dépassée selon les autres ! En fait Nicolas Sarkozy se prend pour ce qu’il n’est plus depuis belle lurette : un commandant de bord, alors qu’il n’est qu’un pâle exécutant des armateurs, basés dans des paradis fiscaux et soucieux de ne pas être mis en cause par la marée noire sociale qui se prépare !
En fait, le capitaine Sarkozy ressemble étrangement à celui qui commandait le fameux « Pitalugue » que maître Panisse a vendu à Monsieur Brun ! il tourne autour de l’hélice qui brasse du vent. Effarant de constater que, tout à coup, le commandant de bord qui reçoit à sa table tout ce que le monde connaît comme sommités au sein de l’UMP s’aperçoit qu’il doit consulter l’équipage pour savoir s’il souhaite envoyer aux galères toutes celles et tous ceux qui n’ont pas pu encore trouver un rôle d’embarquement. En définitive, incapable de tracer une route claire, dénuée de croyances dépassées, ou d’annoncer des objectifs plus fiables que tous ceux qui ont été mutilés ou oubliés, il va promettre simplement, comme ce Magellan en plein pot au noir au cœur du Pacifique, après avoir passé le Cap Horn, des privations et encore des privations, encore plus de privations, pendant qu’on se goberge dans le carré des nantis ! Il lui faut à tout prix faire oublier la bordée célèbre du Fouquet’s, les escapades sur des yachts en Méditerranée et les trop nombreuses escales effectuées dans des « ports » peu fréquentables, où tout se vend et tout s’achète. Le capitaine a peut-être des galons dorés, mais les marins tiennent davantage des révoltés du Bounty ou du Potemkine que de ceux du navire école Jeanne d’Arc ! Mais regardez et lisez bien ce que les chroniqueurs déblatèreront ou écriront dans leurs journaux : le commandant de bord a été fabuleux, extraordinaire, émouvant, sincère, convaincant. Bref, UMP !

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3 réponses à Laissez le Capitaine seul sur le navire !

  1. C’est marrant comme il rebondit sur le fameux mot de Mélenchon. Mais, entre-temps, il y a eu le naufrage du Concordia, et beaucoup de Français se voient plus comme les passagers de ce navire-là! La croisière échouée…

  2. Christian Coulais dit :

    Le vrai message du Capitaine de la France Forte :
    France mal gouvernée
    Tous les flonflons, les airs démodés
    Une orange pressée

    France mal gouvernée
    Il fait trop froid pour aller nager
    Pour te faire danser

    Dehors, la nuit nous jette un sort
    On voit l’étoile du Nord
    Tu fais un vœu
    Des sanglots dans les yeux
    Et la croisière c’est fou
    Ne s’amuse plus du tout

    France mal gouvernée
    Un courant d’air sur ton décolleté
    Sur ta peau de fée

    France mal gouvernée
    Une dernière valse, un dernier baiser
    Avant d’arriver

    Au port, la nuit regrette encore
    On voit le sémaphore
    Tu fais un vœu
    Je te fais mes adieux
    Et la croisière c’est fou
    Ne s’amuse plus du tout

    Au port, la nuit regrette encore
    On voit le sémaphore
    Tu fais un vœu
    Je te fais mes adieux
    Et la croisière c’est fou
    Ne s’amuse plus du tout

    Et oui le Capitaine nous fait ses adieux…
    D’après « Jazz Méditerranée d’Henri Salvador »

  3. facon dit :

    En entendant Sarko hier je me suis interrogé sur le point de savoir s’il se prenait pour le capitaine du pédalo France ou celui du capitaine du Costa Concordia.
    Il semble par ailleurs, avec ses projets de référendum, préférer le modèle suisse au modèle allemand.
    Qu’il se prenne pour qui il veut, lui et ses concurrents, la France a besoin d’un personnel politique nouveau. Tant que cette condition ne sera pas remplie je ne voterai pas, même après 30 ans de militantisme au PS. La reconduction des éléphants, le cumul éhonté des mandats je ne supporte plus, comme je supporte encore moins l’accord de dupes avec les talibans verts …

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