Ce matin, conférence de presse afin de présenter les propositions budgétaires du Président du Conseil général pour 2013. L’occasion d’effectuer surtout un brin de pédagogie citoyenne destinée à expliciter des choix et des décisions complexes méconnues des contribuables. En effet, ce n’est jamais dans une séance publique où le jeu de rôles prend le dessus sur l’analyse objective que l’on peut véritablement expliciter un document volumineux reposant sur des règles extrêmement complexes de la comptabilité publique. En 2013, le montant des recettes prévues dont je dois assumer la responsabilité par délégation atteindra pour la Gironde un total de 1, 5 milliard d’euros ! Une somme dont j’ai bien du mal à mesurer l’ampleur. Cumulé avec les différentes autres structures dont j’ai la charge le cumul atteint la bagatelle de 2 milliards d’euros ! Bien évidemment, le savoir-faire et la compétence de fonctionnaires, tellement décriés mais pourtant irremplaçables, évite de se pencher sur les considérations techniques. Il s’agit surtout pour l’élu, dans ce contexte, de participer et d’approuver une stratégie, mais pas nécessairement de mettre les mains dans la mécanique financière. En fait, ce n’est pas cet aspect de la fonction qui passionne les foules, mais un seul chiffre réputé résumer des heures de travail : le taux d’imposition ! Il fera la « une », car il cristallisera, déconnecté de toutes les autres réalités, les débats.
En fin observateur des us et coutumes du monde politique, l’un des journalistes présents a résumé les deux jours de session publique autour de ce budget : « la Droite vous reprochera un matraquage par les impôts locaux,  et le Front de Gauche vous attaquera sur l’insuffisance des crédits pour le personnel… ». Comment a-t-il pu deviner par avance la tenue de discours qui ne sont pas encore écrits ? Tout simplement parce que ce sont les « marronniers » de toutes les discussions budgétaires, dans toutes les enceintes… Surfer sur le principe voulant que les socialistes augmentent par pure perversion les impôts locaux reste le refrain actuel le plus répandu… depuis des années. Et il faut bien avouer qu’il est entendu et même répété sans cesse comme un axiome politique inéluctable.
Quand on explique que 59 % des ressources, en 2013, seront consacrées à la solidarité avec les enfants en situation de détresse familiale (le mariage pour tous n’y est pour rien), les personnes âgées plus ou moins dépendantes, les gens malheureusement reconnus handicapés, les habitants en situation de précarité, on mesure mieux l’utilité d’une contribution équitable à la vie collective. Au total ce sont 731,5 millions d’euros qui seront affectés à cette compétence du Conseil général, alors qu’une augmentation de la fiscalité fait passer le taux du Foncier bâti (taxe payée par les propriétaire de biens immobiliers) de 15,03 % à 15,33 % soit pour ma propre maison une augmentation de ma participation de 259 euros à 264 euros soit 5 euros par an ! C’est toujours trop ! C’est du « matraquage » fiscal ! C’est scandaleux dans le contexte de crise ! Je me prépare à tout entendre !
Quand dans le même temps, en 2012, le Conseil général a réglé pour plus de 210 millions de travaux ou d’achats et en prévoit autant en 2013 avec plus de 120 millions injectés dans l’économie via des subventions partielles aux chantiers communaux ou intercommunaux, on a une idée exacte du rôle d’une collectivité territoriale dans la relance potentielle du pays. Pas un seul euro des impôts perçus n’est transformé en… profit pour le Conseil général qui restitue la totalité à la société sous forme de financement d’activités culturelles, sportives, sociales, éducatives ou environnementales ; de salaires permettant à celles et ceux qui en bénéficient de consommer, d’emprunter, d’investir dans des bâtiments construits par des centaines d’ouvriers ou d’employés. Pas un euro n’est emprunté pour le fonctionnement, contrairement à ce que l’État sarkozyste a effectué durant une décennie ! Pas un euro qui ne retourne pas vers l’économie réelle ! Pas un seul euro qui parte vers des paradis fiscaux !
Il me vient à l’esprit cette citation extraite des dialogues d’Audiard destinés à Jean Gabin dans le splendide film « Le Président » que l’on devrait rediffuser sans cesse sur les télés publiques : « … En écoutant M. Chalamont je viens de m’apercevoir que le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs on lui fait dire ce que l’on veut. Les chiffres parlent, mais ne crient jamais ! ». A vérifier encore une fois en fin de semaine !