Le débat fait rage autour des rythmes scolaires. Personne ne fait de constat objectif de la place réelle des enfants dans la société et, dans ce contexte général, celle des horaires consacrés à l’éducation qui risque à terme de ne plus être que de « l’instruction ». Chaque lobby qui tourne autour des écoles y va de son constat et de ses réticences à modifier la seule partie organisée du temps quotidien de ces chères petites têtes blondes. Pourtant, bien plus que les statistiques européennes sur le niveau des connaissances, il serait indispensable de se pencher sur la réalité de ce que propose le ministre actuel pur améliorer la vie des enfants.
En fait, comme tout le monde est contre une vraie réforme, on repousse la décision à plus tard avec l’espoir de pouvoir hurler contre un pouvoir central qui imposerait une solution ne correspondant pas, évidemment, aux souhaits unanimes impossibles des groupes de pression !
Le seul constat unanime que l’on peut faire sur les générations actuelles est simple : instabilité générale, incapacité à se concentrer, manque d’intérêt pour des matières réputées inutiles pour la réussite sociale, fatigue non liée au temps scolaire mais souvent au manque de sommeil, sur-activité dans les loisirs ou les apprentissages sportifs ou culturels ou passivité devant la télé… or la réforme concoctée par des penseurs parisiens ne va en aucune manière changer cette réalité !
Prenons un enfant de 4 ans de l’école maternelle en milieu périurbain dont les parents travaillent Suivez le dans sa journée de « travail » :
7 h-7h 30 : il se lève vers 7 heures après s’être couché vers 21 heures (en moyenne) pour se laver, déjeuner et aller prendre le ramassage scolaire vers 7h 45. Il monte dans l’autobus où il est pris en charge par un chauffeur et éventuellement une personne accompagnante. Seconde solution il est emmené par son père ou sa mère à l’accueil périscolaire !
7h 30-8 h : Il arrive, à l’accueil périscolaire conventionné CAF ou non conventionné où le taux d’encadrement est d’une personne pour 8 afin qu’il soit en sécurité… Pas moins de 3 nouvelles têtes l’attendent, et il y retrouve des copains déjà arrivés depuis 7 h 30. Si l’accueil est conventionné avec la CAF, les «personnels  de statut municipal » ou « associatif » ont un CAP petite enfance (?) ou un BAFA (qualification jeunesse et sports non reconnue par l’éducation nationale )…mais rien d’éducatif. Le règlement qui s’applique est souvent celui d’un centre de loisirs sans hébergement et le Maire en est responsable. Notre gamin(e) trouve des jeux, des livres et des activités ludiques. On l’occupe jusqu’à l’heure de la rentrée.
8 h 30-11 h 30 : Il entre alors dans son temps réputé éducatif vers 8 h 20 avec un(e) professeur(e) des écoles qui pose des règles et tente de le persuader que le travail construit peut être passionnant. Cet(e) enseignant(e) est aidé(e) par une Assistante technique spécialisée des écoles maternelles (ATSEM soit qualification fonction publique territoriale) de statut et elle a face à elle 30 enfants qui sont devenus en un instant des élèves !
11 h 30-13 h 30 : Toute la classe quitte ce duo pour entrer dans la pause méridienne précédée du restaurant scolaire, où il est installé et surveillé par du personnel de service municipal que l’on dénomme « agents de service ». Le maire n’a plus de normes d’encadrement pour cette période et pas d’exigences de qualification. La contrainte sociale est vis à vis du convive, c’est qu’on lui serve 4 repas hebdomadaires (normes éducation nationale) le moins cher possible (sur les 14 qu’il est censé prendre) soignés, originaux, équilibrés, dosés, et auxquels il n’est pas habitué, donc qu’il ne mange pas forcément. Surveillance dans la cour aménagée, sécurisée, aux normes officielles, avec un laps de temps de 30 minutes environ dont le maire est garant.
13 h 30 à 15 h 30 : Il revient en temps scolaire sous la responsabilité de l’éducation nationale avec deux « encadrants » pour 30 !
15 h 30 à désormais 16 h 30 : il entre avec de nouvelles normes d’encadrement dans le service dit « péri-éducatifs » nouvellement défini sous la responsabilité du Maire et des têtes nouvelle. La qualification sera soit éducation nationale soit jeunesse et sports, l’une étant différente de l’autre !
16 h 30 : Quand l’heure de la sortie arrive, il reprend le chemin du car de ramassage, ou il rejoint l’accueil périscolaire (nouvelles personnes ? ) jusqu’à 18 h 30 (voire 19 h). Attente de maman prise dans les embouteillages, avec des personnes de la fonction publique territoriale qui ne sont pas (35 heures obligent) les mêmes que le matin ! .
Attention, le mercredi après-midi il ira peut-être au centre de loisirs communal ou intercommunal (agrément jeunesse et sports) ou chez la « gardienne » (agrément Conseil général), ce qui ajoutera à sa collection de caractères et de principes de vie ! C’est ce que l’on appelle des services « périscolaires » à ne pas confondre avec les services « péri-éducatifs ». La grande nouveauté, c’est que l’on a en effet décidé d’ajouter 4 tranches de 45 minutes avec de nouvelles figures, de nouvelles méthodes, de nouveaux objectifs, de nouveaux agréments pour des séquences dites désormais « péri-éducatives » qui viennent s’intercaler avec celles qui existaient déjà !
Il retrouve ses parents le soir… après une journée de 9 à 10 heures saucissonnées en 7 périodes, pouvant être animées par une dizaine de personnes différentes, aux responsabilités différentes, ayant des objectifs différents, des statuts différents et des salaires très différents…
Mais diable, pourquoi ces gamins sont-ils instables, zappeurs, angoissés? Rassurez vous, c’est ce qui préoccupe tout le monde, dans l’aventure de la réforme des rythmes de vie des parents et des enseignants que les mairies vont financer. Inutile de bâtir un projet éducatif territorial pour certains qui clament leur désaccord dans l’intérêt des enfants !