Dans un débat organisé par la Fédération régionale des travaux publics, il faut savoir que les élus ne sont pas nécessairement les bienvenus, surtout quand, dans le contexte actuel, le sujet tourne autour du « futur des investissements publics ». Pour les chefs d’entreprise, les élus sont des gens « utiles » pour dépenser les fonds publics vers l’économie, mais vraiment à jeter aux orties quand ils parlent de la manière d’alimenter les caisses où ils prennent les subsides. Un seul mot les fait sortir de la torpeur où les placent des propos lénifiants : impôts ! Dans le cœur de chaque Français il y a un contribuable qui sommeille, et un contribuable persuadé que sans participation financière à la vie collective, tout reste possible. Philippe Dessertine, économiste, Directeur de l’école de la Haute finance a résumé dans une formule lapidaire le comportement de la grande majorité des habitants de tous les âges : « Explosion des besoins. Implosion des ressources »… Plus rien à ajouter, tellement c’est vrai.

Comme toutes les couches de la société, celle des patrons des Travaux Publics était venue pour « se faire de l’élu ». ils n’investissent pas assez, alors que les réseaux d’eau fuient, que les nids de poule grossissent sur les routes départementales, que les ouvrages d’art menacent ruine et que l’on met des heures pour se déplacer. Mais que font les élus ? Pourquoi ne dépensent-ils pas cet argent que plus personne ne veut leur confier ! On cherche des solutions à un constat inexorable : plus d’impôts, plus de ressources, plus de financements de l’action publique, plus de travail, plus d’emplois, davantage de soutien social et à l’arrivée moins de contributeurs à la solidarité… « nos marges sont trop faibles, permettez-nous de reconstituer nos fonds propres grâce à des bénéfices moins taxés. N’est-il pas possible de ne taxer que les dividendes distribués et pas les sommes remises dans l’entreprise… ». J’aurais tellement voulu monter au créneau, face à ce type de remarques, mais la distribution des rôles ne me l’a pas permis. En fait, le système français revient sans cesse sur le mythe voulant que moins on paie d’impôts ou de taxes et plus l’économie avance.

Leur rappeler que les collectivités, pour pouvoir construire, doivent dégager un autofinancement suffisant et sont fliqués sur leur niveau d’endettement, ne constitue pas une sinécure car, pour eux, l’argent public est de génération spontanée. Les classes moyennes crèvent sous la pression fiscale comme ce fut le cas pour le Tiers-État en son temps. Les entreprises sont condamnées par une fiscalité trop lourde. Les banques sont écrasées par les critères de Bâle 2. Les milliardaires se planquent ailleurs ou menacent de « depardieuiser ». Bref personne n’a les moyens de financer l’effort collectif public, et pourtant… il est réclamé à corps et à cris !

En supprimant sans discussion, sans modération, la taxe professionnelle, un soir d’inspiration ultra-libérale divine, Nicolas Sarkozy a fusillé le lien entre le milieu économique et les collectivités, qui ne peuvent plus avancer. Les entreprises payent d’autres taxes d’une complexité effarante, et sont davantage imposées qu’elles ne l’étaient auparavant, sans que cela bénéficie au système collectif.

Pour maintenir le niveau d’investissement direct (230 millions) et indirect (effets démultiplicateur des subventions de 90 millions), le Conseil général de la Gironde doit dégager une marge d’autofinancement de 9 % de ses recettes et emprunter à hauteur de 45 %, avec désormais un levier fiscal de 17 % et un niveau de dépenses contraintes sociales de 57 % de son budget de fonctionnement ! Il y a silence dans les rangs mais on revient sans cesse au même leitmotiv : nous avons trop de charges ! Nous payons trop de taxes ! Laissez nous tranquilles, ne nous imposez pas et vous verrez, nous embaucherons et nous changerons la donne. Sauf que pour embaucher, il faut avoir des chantiers et que, pour avoir des chantiers, il faut que les collectivités aient les moyens de les lancer !

On sent bien que les a priori, les idées toutes faites, les poncifs traversent avec insistance la société. Remplacer ou créer des tuyaux d’eau potable, construire une station d’épuration, bâtir un collège ou tracer une route billard ne relèvent pas de la volonté politique mais des possibilités financières. La crise a bouleversé la donne, et plus jamais les communes, les EPCI, les départements, les régions ne pourront satisfaire toutes les demandes d’habitants insatiables, mais réfractaires au principe de l’indispensable contribution aux dépenses générées par leur demande.

En France, nous vivons côte à côte dans la splendide certitude que c’est à l’autre de faire les efforts, et parfois, le face à face paralyse chaque camp. Ce type de rencontre a pour seul mérite d’obliger les uns et les autres à entendre quelques vérités… mais l’effet reste très superficiel, car les catéchismes ont encore leur poids idéologique !