Quand les travailleurs au rabais plombent la France !

Quel militant du « non » au traité constitutionnel européen n’a pas évoqué les méfaits du « plombier polonais » sans provoquer des sourires ironiques de la part des partisans de ce texte dont plus personne ne veut parler alors qu’il est au cœur de la vie sociale ? Il faut savoir que le danger de dumping provoqué par la fameuse directive Bolkestein, du nom de l’ancien commissaire européen à l’union douanière, qui projetait de libéraliser l’offre de service au sein de l’Union est devenu une réalité quotidienne en France alors qu’elle avait été retoquée… N’empêche que la montée en puissance de l’utilisation de la main-d’œuvre à « bas coût » a continué de s’étendre en vertu de la directive de 1996. Sur 2 marchés publics dans ma propre commune le « phénomène Bolkestein » a joué à plein.

La construction d’une salle couverte pour un terrain de tennis confiée à une entreprise alsacienne a ainsi été entièrement réalisée par des ouvriers venus de l’Est. L’attributaire de l’opération avait simplement une filiale dont le siège social était en Pologne. Les travailleurs concernés ont dormi, jusqu’à ce que je m’en aperçoive dans des vestiaires désaffectés das des conditions proches des baraquements. Ne parlant pas un mot de français ce qui rendait le dialogue avec la Mairie impossible, présents sur le chantier tous les jours de la semaine, payés moins de 50 euros quotidiennement (les primes de séjour étaient économisées et dont ajoutées) ils avaient 15 jours pour tout faire avant de partir sur un autre site. Les malfaçons, très difficiles à régler, ont mis plusieurs mois à être réparées par des techniciens locaux payés par le détenteur du marché. Un imbroglio qui a certainement permis à ce dernier de faire un bon profit sur l’écart entre les prix basés sur le coût du travail français et celui réellement payé. Rien à faire et simplement encaisser !

Même constat pour la construction de 30 logements sociaux obtenu par un bâtisseur girondin et confié à des maçons polonais œuvrant 7 jours sur 7 de 6 h du matin à 22 h contrairement à toutes les règles sur les chantiers. Incidents nombreux, visites multiples de la Gendarmerie, riverains excédés et toujours des promesses non tenues. Dès le gros œuvre hors d’eau et hors d’air terminé les ouvriers l’ont occupé pour éviter les dépenses d’hébergement. Encore une fois une entorse grave à la concurrence possible grâce à l’utilisation d’agences spécialisées dont le siège social est en Pologne mais dont l’activité est en France !
Après la suppression de 900 emplois chez Gad, abattoir breton concurrencé par des opérateurs allemands qui ne garantissent aucun salaire minimum aux travailleurs venus de l’Est. Le sujet a rebondi. Il s’agit d’une forme de la fameuse « concurrence libre et non faussée » totalement désastreuse car tuant dans les faits des centaines de postes en France. Poussée par ses nouveaux alliés sociaux-démocrates, la chancelière va enfin instaurer un smic « à la française » ? Mais le mal est fait car rien ne sera effectivement en place avant un ou deux ans. Dans tous les cas, les exemples abondent : les Lituaniens et les Roumains des chantiers navals de Cherbourg, les bûcherons des pays de l’Est vus dans le Morvan à 2.000 euros TTC par mois ou le personnel grec des loueurs de voitures de Nice, les maçons polonais… les électriciens tchèques, les carreleurs portugais et tant d’autres exemples donnent une idée exacte de la duplicité européenne qui voit dans cette « libre circulation » des hommes un atout économique.

En fait c’est un nouvel échec pour l’Europe qui va se répercuter sur la prochaine échéance électorale. Ces travailleurs « pauvres » embarrassent plus les pays où le chômage et le coût du travail sont élevés que d’autres. Alors, le gouvernement français va essayer de mettre des garde-fous contre les abus, il a raison, il va se battre au conseil européen du 9 décembre, il a raison. Mais franchement, il faut que l’on voit très vite que c’est efficace sinon ce sont d’autres dispositions plus radicales qui devront être prises pour que l’Europe ne finisse pas par être emportée par toutes ses contradictions et surtout par une vision outrancière du libéralisme économique. En 2014 la facture sera présentée par une partie des Peuples et elle risque d’être désastreuse pour une Union qui n’a jamais véritablement considéré que le volet « social » était prépondérant pour sa réussite.

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3 réponses à Quand les travailleurs au rabais plombent la France !

  1. Eric Batistin dit :

    Le fascisme historique s’enorgueillissait d’idéologie, ce qui aura trompé certains pauvres d’esprits, persuadés alors d’appartenir à une mouvance philosophique .

    Aujourd’hui, nul besoin de cacher la bête, le fascisme n’est que l’outil du « libéralisme » économique le plus froid que l’être humain n’ait jamais osé s’avouer.

  2. J.J. dit :

    Mais non, tous ces travailleurs étrangers n’y sont pour rien dans nos difficultés !

    La cause du mal, tout le monde sait ça (à droite), ce sont ces cochons de retraités privilégiés ( et surtout les anciens fonctionnaires), en particulier ceux qui grâce à leur temps libre gèrent les « Restos du Cœur ».

  3. sillière dit :

    C’est tendance depuis le milieu des années 2000 ; le mépris et l’autosatisfaction de l’UMPS bobokaviar vis à vis de la classe socio-professionnelle jusque dans ses gènes (robot et assimilée devenue un épouvantail) la plus fragile à qui (quoiqu’il en coûte) l’on reproche des études partielles ou ratées sans autre issue que la voie de garage du btp, de l’industrie… et on tente de faire croire qu’ à force d’efforts ultérieurs en terme de formation il est toujours possible de s’en sortir (voie fatalement dépréciée par l’éducation nationale) ; les démagogues et autres faux-derches imbus (orgueil inouï et magouille du boulot) décrètent la mondialisation (phénomène qui a toujours existé mais aussi terme visant sournoisement à culpabiliser les internautes du fait de la potentielle utilisation que l’on puisse avoir du web) pour mieux faire avaler la couleuvre et justifier le nécessaire nivellement parle bas de la société pour son propre intérêt et celui du mirage Europe (incarnant la raison économique des échanges, générosité de ceux qui engrangent, et décident pour les autres, mis au pilori, d’une forme de développement, d’un maintien nécessaire à une dynamique) ! S’il est vrai qu’en Allemagne, on considère qu’il vaille mieux avoir des voisins riches que des voisins (pays d’Europe centrale et orientale) pauvres, il faut également considérer que la classe ouvrière, (confinée et dont la mobilité professionnelle est de plus en plus contrainte si l’on s’en réfère au paroxysme du prix des loyers en région parisienne, taxe sur le carburant ou répression hypocrite par le biais des radars par exemple), faute d’activité, a de moins en moins les moyens de permettre à sa progéniture d’effectuer des études (outre le système de bourses) longues ou éloignées ! Notre pays se veut plus que jamais malthusien, et si la république se définit symboliquement (selon l’énarque françois Hollande, traître à son électorat) par le fait d’envoyer ses gosses à l’école, force est de constater que la méritocratie ne joue plus qu’à un âge de plus en plus précoce ! La focalisation sur la nécessaire dépréciation de ce que l’on perçoit comme entité « classe ouvrière » ou « prolo » de France est multiple : économique, sociale, lobbyiste (Juan Manuel Barroso, seul préoccupé par les coffres des paradis fiscaux européens) et (ou) internationaliste (compétition au physique, comme pour les animaux, et au porte-monnaie) ; on lui oppose (puisqu’il n’est pas possible de parler d’association, voir le taux de syndicalisation français : environ 8%, soit le plus faible d’Europe loin derrière l’Espagne et le Portugal 19%) des effectifs de travailleurs potentiellement inquantifiable (centaines de milliers de polonais, portugais, roumains… effectifs dignes d’armées, qui pouvaient changer le dessein du pays au XXème siècle) sans évoquer la discrimination positive !

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