C’était en un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, une sorte de préhistoire quand la télévision n’avait que 2 chaînes en noir et blanc que peu de gens pouvaient admirer les soirées des Carpentier. Bedos n’est par encore… Devos et pas seulement à quelques lettres près !  Il n’y a pas grand monde capable comme le divin jongleur de mots de tenir une scène grâce à un humour intemporel. Fernand Raynaud ayant pris trop de bouteille a fini sa vie contre un mur de cimetière auvergnat et on ne le voit plus pasticher avec un talent largement supérieur à ce que les intellos lui reconnaissent cette France « moyenne » qui est pleurnicharde, déjà raciste ou engoncée dans des certitudes faciles. Bref on s’ennuie ferme sans lui devant les étranges lucarnes où Léon Zitrone, Simone Garnier, Jacqueline Caurat, Roger Lanzac et Jean Nohain  ne passent pas tous pour des comiques.

Le printemps des talents s’installe au petit conservatoire de Mireille où un jour apparaîtra un couple inconnu discutant en voix off sur un slow comme les orchestres des salles champêtres en offraient aux adolescents en pantalon pattes d’éléphant et aux jeunes filles en fleur. Une caricature des pensées de la midinette transie et du tombeur boutonneux en quête d’expériences derrière l’église ! Guy Bedos ne se fit un nom qu’avec Sophie Daumier, compagne de scène et plus tard compagne de sa vie. Il reflétait un humour décalé, auto-dérisoire, porté par une voix prenante par son accent pas encore totalement débarrassé du soleil d’Algérie. Un moment de vérité que les sexagénaires actuels ont apprécié avec un sourire jaune avec pour moi une séquence culte , celle de la drague !

« (…) Dommage qu’elle ait les mains moites
Ça m’gène pas des masses, mais elle a les mains moites
C’est parce que je dois lui faire de l’effet
C’est l’excitation, ça !
J’vais lui mordiller le lobe de l’oreille
Si elle m’fout pas une baffe c’est qu’j’ai ma chance
Ouais ! C’est pas dans la poche ! Faut s’accrocher
Accroche-toi Jeannot

S.D.: Y m’a mordu l’oreille, y m’a fait mal ce con,
Il est con ce type
Ah ! et puis alors qu’est-ce qui cocotte !
Cette eau de toilette… nauséabonde
Si y avait pas les copines qui m’regardent
Comment que j’te planterais là
Mais ça Arlette et Josie j’vais pas leur faire ce plaisir
Elles en sont vertes de m’voir danser, malades de rage
Alors ça maintenant tant pis, j’vais au bout…
Mais alors on peut dire qu’ça me coûte (…) 
»

Guy Bedos reste pour moi ce dragueur sûr de ses effets qui va ensuite progressivement exercer ses talents sur des publics qui lui feront confiance pour sa sagacité dans le analyses politiques. Chaque apparition sur scène devient avec lui un numéro de cirque dangereux de jongleur de mots ressemblant à des poignards. Ils virevoltent, percent les carapaces les plus dures, désarçonnent les seigneurs figés sur un piédestal avant de séduire, par son audace de bretteur audacieux, le public avide de saillies cinglantes. Personne n’échappe à la sagacité de cet observateur du monde politique. Bedos ne laisse pas indifférent c’est ce qui a toujours faits a force et aussi sa faiblesse. La gauche le déteste quand il met de l’acide sur les blessures portées aux valeurs qui sont ses fondements. Il est encore plus haï de la droite qu’il brocarde avec la férocité du mot juste. Il est vrai qu’elle lui donne maintes occasions, comme sa dernière victime Nadine Morano, de déclencher l’hilarité de salles qui viennent l’écouter écorcher vif l’intolérance, la haine, le racisme mais plus encore la bêtise !

Bedos ne laisse pas indifférent : c’est son patrimoine. Il insupporte ou il conquiert ; il assassine alors qu’on espère le voir soutenir ; il raille quand il pourrait aimer ; il caricature sans vergogne, il est caustique face aux passeurs de brosse à reluire. C’est « un éléphant qui trompe énormément » mais qui aime détruire les magasins de porcelaine politique aux rayons tout en apparence et en toc !

« Je sais que je suis un porte-parole pour beaucoup de gens qui viennent me dire adorablement à la fin des spectacles, qu’ils ont besoin de moi, en étant désemparés à l’idée que je les quitte. Cela ne me laisse pas indifférent », convient-il. Il assure pourtant qu’il « ne se prend pas au sérieux ». « Ce sont eux (les spectateurs) qui me prennent un peu au sérieux », dit-il. « Les politiques, aussi, me prennent au sérieux. Ils me surveillent, tous ! Je continuerai à donner mon avis, mais je ne me présenterais pas à des élections, ça, c’est sûr ! » 

Bedos a fait pour la troisième fois ses adieux à L’Olympia comme un certain Jacques Brel. Il a traversé 4 décennies à la manière des chevaliers sur un champ de bataille en frappant à gauche, à droite sans trop de discernement mais avec une redoutable arme, celle de l’humour ! La plus efficace, l’héritière des chansonniers des années 50, des dessinateurs de presse aux pointes acérées, mais en voie de disparition après le départ, pour cas de force majeure, de Coluche.

Bedos ne bat pas en retraite. Ce n’est pas son genre. Il sera là comme l’œil de Caïn dans la tombe au-dessus d’un monde qui va avoir l’illusion de s’en être débarrassé.