La bonne fortune des scrutins est devenue essentielle

On sait fort bien que l’américanisation de la société française est lente mais inexorable. La vie politique n’échappe pas à cette tendance mondiale de nivellement des cultures par un appareil économique expansionniste. En fait les entreprises US commence par détruire méthodiquement les références culturelles pour imposer des réflexes beaucoup plus rentables pour elles. Les partis français ont donc cédé à la tentation en important des USA des références de fonctionnement inadaptés aux bases républicaines. C’est ainsi que viennent d’apparaître dans le paysage les fameuses… primaires qui même si elles ont des objectifs différents déconnectent tout de même singulièrement les élections des volontés populaires. Plus question désormais de rêver de l’accession à un mandat électif d’une citoyenne ou d’un citoyen n’ayant pas les moyens de financer non plus une campagne mais 2 campagnes électorale successives. L’argent devient donc la clé du succès : campagne publicitaires directes ou détournées ; tournées nationales ou internationales, soutiens affichés des médias, profusion de sondages… et il n’est plus question d’arriver à être élu sans avoir un compte en banque garni.

Les prochaines municipales permettront de vérifier que cette évolution s’accélère. Faute de moyens financiers il devient en effet de plus en plus difficile d’effectuer un véritable campagne. Plaquettes, site internet, affiches… et bien d’autres outils de communication nécessitent un budget conséquent dans les communes dans lesquelles l’aide à minima de l’Etat n’existe pas. Comme il est totalement inutile d’expliquer qu’il faudra parfois plusieurs mois d’indemnités (et pas de salaires!) pour rembourses les avances faites on va vers uns privatisation de la vie politique. Ainsi on voit apparaître des personnes fortunées qui offrent leurs services en accusant les « pouilleux » de maires fonctionnaires, techniciens et à fortiori ouvriers de vouloir s’engraisser sur la collectivité. Eux ils s’engagent « à ne pas prendre d’indemnités » ou à « en faire cadeau » car tout simplement ils ont suffisamment de revenus pour ne pas pénaliser leur pouvoir d’achat quotidien par leur activité élective. Dans la très grande majorité des pays, on présente désormais des candidats milliardaires ou au moins très aisés face à un(e) militant(e) n’ayant que son parti pour le soutenir. Le fossé se creuse à chaque scrutin davantage. Et la nouvelle déclaration de patrimoine ne changera rien… car elle intervient après les scrutins durant lesquels des sommes largement supérieures aux plafonds « autorisés » sont dépensées. La « chasse » aux « sponsors » bat actuellement son plein et aucune vérification sérieuse n’est effectuée sur le financement des campagnes en dehors des déclarations officielles.

Or aux États-Unis on vient de franchir une nouvelle étape : le maire qui dépense sans compter pour conserver son mandat ! Il s’offre le luxe de ne pas recevoir l’indemnité que la loi l’autorise à prendre et en plus il « arrose » tous azimuts avec ses fonds personnels la ville qu’il souhaite gouverner. La situation arrive en France dans de petites villes où l’argent reste un moyen de conquérir un électorat « reconnaissant ». À la tête d’un véritable empire médiatique, l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, qui vient de céder sa place à avait non seulement renoncé à son salaire (aux États-Unis c’est un salaire): il s’était tout juste accordé un dollar par an au lieu des 2,7 millions qui lui étaient dus. Mais ses trois mandats passés à la tête de New-york lui ont coûté d’après une estimation quelque 650 millions de dollars. Frais personnels, campagnes politiques, dons… en douze ans, le milliardaire de 71 ans n’a jamais hésité à puiser sur ses deniers personnels. Certes, la somme représente à peine 2 % de sa fortune, estimée par Forbes à 31 milliards de dollars mais qui pourrait se permettre partielle coups de pouce à la démocratie !

Quelque 268 millions de dollars ont été investis au cours de ses trois campagnes successives. Bloomberg a fait don de près de 263 autres millions à des associations new-yorkaises. Depuis 2002, près de 30 millions ont été alloués au Modern Museum of Art pour l’installation d’un réseau Wi-Fi et la mise en place d’audio-guides. La même somme a été attribuée à des projets qui visaient des jeunes Noirs ou Latinos, habitant des quartiers défavorisés. Les dépenses du milliardaire n’étaient bien évidemment pas toujours désintéressées. Ses opposants successifs l’ont souvent taxé de clientélisme. En 2009, son rival dénonçait à l’époque ce déluge de tout cet argent. Battu en 2001, Mark Green décrivait pour sa part «un Medici moderne», en référence à la célèbre famille de banquiers florentins. Lors de cette campagne, Michael Bloomberg avait dépensé quatre fois plus d’argent que son adversaire. Dans son propre cabinet, certains de ses conseillers concèdent eux-mêmes que, sans sa fortune, l’ancien n’aurait pas pu connaître une telle longévité… Attention aux prochaines municipales on sent bien arriver ce phénomène. Certes à une échelle plus réduite mais la démocratie n’en sortira pas renforcée. Regardez bien autour de vous… et rappelez vous que le conseil constitutionnel a toujours couvert les dépenses inconsidérées faites dans les campagnes au plus haut niveau !

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2 réponses à La bonne fortune des scrutins est devenue essentielle

  1. Eric Batistin dit :

    Tentons donc, pour retrouver une République, de pousser le système qui l’étouffe dans ses derniers retranchements, monnayons nos votes !

    Le bulletin de vote vendu par l’Etat à un euro, avant toute élection, pourrait être ensuite utilisé pour soutenir le parti politique offrant la meilleure rémunération au bulletin.

    Il pourrait aussi être proposé la possibilité d’acheter, avant l’élection, plusieurs bulletins à 1 euro, ceci offrant aux citoyens l’opportunité, le jour de l’élection, de mettre sur le marché plusieurs fois son vote.

    Les financiers trouvant alors, par l’achat par avance d’un nombre important de bulletins à 1 euro, une opportunité supplémentaire de rentabiliser un placement, les partis politiques se trouveraient de fait dans une situation insoluble:

    offrir le plus possible pour chaque bulletin de vote à leur avantage les menant de fait à se trouver sur la paille une fois l’élection gagnée , puisque tous les financiers votants réclameront le prix de leur « action » citoyenne.

    Ce système totalement idiot, une fois éprouvé redonnera surement le gout de la gratuité du politique

    Soutenons donc, dans un premier temps, l’idée salvatrice de la rémunération de nos votes !

  2. facon jean françois dit :

    Bonsoir,
    il y a aussi dans notre beau pays un exemple le Sénateur et ex Maire de Corbeil-Essonnes le truculent Serge Dassault. En 2011, selon le magazine Forbes, il est le 96e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de 9,3 milliards de dollars. Il est également la 5e fortune de France. Il est élu Maire en 1995 jusqu’au scrutin de 2008 qu’il emporte. Le 8 juin 2009, le Conseil d’État invalide le scrutin municipal de Corbeil-Essonnes pour irrégularités des comptes de campagne des listes de Serge Dassault et de son adversaire communiste et prononce leur inéligibilité pour un an au mandat municipal. Il est reproché à Serge Dassault d’avoir fait des dons d’argent « de nature à altérer la sincérité du scrutin » à destination d’habitants pendant la campagne. Saisi de deux recours de la part de Serge Dassault, l’un en révision de la décision et l’autre en rectification d’erreur matérielle, le Conseil d’État confirme sa décision le 7 septembre 2009.
    Je ne parle même pas du Maire de Levallois-Perret, l’inénarrable Balkany (l’ami du mari de la chanteuse aphone ). Le parquet de Paris a ouvert le vendredi 6 décembre 2013, une information judiciaire pour « blanchiment de fraude fiscale » visant le couple Balkany. Didier Schuller estimant les sommes blanchies par Patrick Balkany en Suisse, au Liechtenstein et à Saint-Martin, à 33 millions d’euros.
    C’est vrai que dans ce dernier cas, le système est inversé, c’est l’argent des contribuables qui a été détourné. En mai 1996, Patrick Balkany est condamné (décision confirmée en appel le 30 janvier 1997) par la 9e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité, pour « prise illégale d’intérêts ». Il avait rémunéré aux frais du contribuable levalloisien entre 1985 et 1995 trois personnes désignées comme des employés municipaux, mais qui ne s’occupaient que de son appartement de Levallois-Perret et de sa résidence secondaire près de Giverny.
    Confier la gestion de la commune a des affairistes est une tendance qui se répand sur tous les continents. C’est fatalement ce qui arrive lorsque la société toute entière vénère le veau d’or.

    Dans son opéra Faust (1859), Gounod fait chanter à son Méphistophélès :

    « Le veau d’or est toujours debout;
    On encense Sa puissance
    D’un bout du monde à l’autre bout!
    Pour fêter l’infâme idole,
    Rois et peuples confondus,
    Au bruit sombre des écus
    Dansent une ronde folle Autour de son piédestal!
    Et Satan conduit le bal!

    TOUS: Et Satan conduit le bal!

    MEPHISTOPHÉLÈS:
    Le veau d’or est vainqueur des dieux;
    Dans sa gloire Dérisoire
    Le monstre abjecte insulte aux cieux!
    Il contemple, ô rage étrange!
    A ses pieds le genre humain
    Se ruant, le fer en main,
    Dans le sang et dans la fange
    Où brille l’ardent métal!
    Et Satan conduit le bal!

    TOUS: Et Satan conduit le bal!  »

    Je trouve cela amusant, pas vous?

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