article_1010-BOR-SOULACDepuis plusieurs jours les images se multiplient sur les dégâts commis par cet Océan déchaîné le long de la Côte. On évoque la hauteur des vagues et surtout les conséquences de fortes marées sur les territoires intérieurs comme à Quimperlé, ville devenue symbolique des conséquences de l’imperméabilisation des sols en amont et des la culture extensive. Bien évidemment les critiques vont tomber sur les élus locaux, les services de l’Etat et plus encore sur les prévisionnistes qui ne font pas leur travail pour éviter les catastrophes naturelles provoquées parfois par la seule activité humaine incontrôlée. La côte atlantique capte tout à coup l’attention générale alors que dans quelques jours, comme le veut désormais la « tradition » médiatique on passera à tout autre chose. Or avec un brin d’objectivité il serait bon de rappeler que le phénomène d’érosion ou d’inondation n’a rien d’exceptionnel ! Les signaux d’alerte ont retenti depuis belle lurette mais personne ne souhaite vraiment prendre le problème à bras le corps car les enjeux sont trop vastes pour être réglés. Un bonnet rouge sur la tête ne changera rien au contexte. Les atteintes à la côte deviennent extrêmement préoccupantes et le fameux « trait de côte » se déplace à grande vitesse mettant en péril les décisions urbanistiques antérieures.

Derrière le terme « gestion du trait de côte » se cache une réalité toute simple qui est en train de se transformer en véritable défi pour les décennies à venir : sauver une partie du littoral et prévenir les conséquences de ce « grignotage » permanent dû essentiellement au réchauffement climatique et à l’élévation du niveau de l’Océan. Il y a depuis toujours deux « écoles » contradictoires : il y a ceux qui pensent qu’il faut laisser faire « la nature » et ceux qui veulent s’opposer à tout prix et systématiquement aux assauts inlassables des mers et océans. Partout les oppositions existent sans, dans le fond qu’elles soient importantes, puisque personne ne peut proposer une solution durable puisque l’érosion et à la montée maintenant inévitable du niveau de la mer est un combat perdu d’avance. Encore une fois on tente désespérément de soigner les effets puisque l’on ne veut pas admettre qu’il faut s’attaquer aux causes.

Lorsque l’eau fraîche provenant de la fonte de la couche glacière du Groenland pénètre dans l’océan Atlantique, cela perturbe la circulation des courants qui sont ralentis. Ce ralentissement du Gulf Stream entraîne une élévation du niveau de la mer le long de la côte, avec un phénomène particulièrement prononcé là où le courant repart vers le large. Des hausses extrêmement importantes du niveau de la mer qui arrivent peut-être une à deux fois par an l’hiver ou pendant des tempêtes tropicales, risquent de se produire plus souvent avec pour conséquences une érosion accrue des plages et davantage d’inondations.

En 2007 déjà, le groupe des experts de l’Onu sur le climat (Giec) avait tablé sur une hausse jusqu’à 59 cm d’ici 2100 du niveau des océans. Depuis, des études ont revu ce chiffre à la hausse, jusqu’à 1 mètre, en raison d’un rôle jugé plus important de la fonte des glaces de l’Arctique. Dans une autre étude, des chercheurs européens regardent au-delà de 2100: selon leurs calculs, une hausse des températures de 2°C provoquerait une hausse de 2,7 m en 2300 par rapport au niveau actuel. Limiter le réchauffement à +1,5°C contiendrait cette hausse du niveau des océans à 1,5 m….Que peut-on faire contre une telle modification du contexte de la côte atlantique ?

L’objectif actuel de la communauté internationale est de limiter le réchauffement à moins de 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle, sachant que la température globale a déjà augmenté de près d’1°C. Il faut donc s’attendre chaque année à des phénomènes constants d’érosion des plages, des dunes et même des difficultés à maintenir les digues. Ils n’ont rien de conjoncturels compte tenu de l’évolution constante du climat. Des sommes considérables sont à prévoir pour seulement ralentir une érosion inexorable. Les constructions en « bord de mer » sont vouées à la démolition et probablement que le littoral sera profondément modifié dans seulement une décennie.

La montée du niveau des mers n’est pas la cause de l’érosion, mais simplement un facteur aggravant. Elle est due aux courants, à l’action des vagues, mais aussi au ruissellement des eaux de l’intérieur. Les phénomènes météo extrêmes, marées exceptionnelles, tempêtes,  aggravent l’érosion et les bouleversements climatiques futurs auront un impact supplémentaire. Encore une fois les abus d’urbanisation « largement profitables » sans tenir compte réellement des éléments négatifs potentiels vont se payer cher, très cher mais peu importe, le bénéfice aura été réalisé et on sollicitera l’Etat pour réparer des erreurs coupables !

(1) A Soulac-sur-mer, hier : la résidence Le Signal n’est plus qu’à une vingtaine de mètres de l’océan.  S. ORTOLA / 20 MINUTES