Plus de frontière entre "la fonction" et la "personne" en politique !

Il faut une nouvelle version du « Coup d’Etat permanent » écrit en 1964 par un certain François Mitterrand et dont bien des femmes et des hommes de gauche se sont inspirés afin de démonter le régime présidentiel de la V° République. En fait, et c’est toute l’ambiguïté de celui qui allait se couler avec bonheur dans le costume élyséen, son ouvrage mettait en évidence la « toute puissance » du Président. Il reprochait plutôt au général de Gaulle d’avoir trahi la promesse de 1958, selon laquelle le président ne devait être qu’un « arbitre ». Souvent réédité son ouvrage n’a pas été actualisé et les préfaciers de la réédition de 2010 rappellent que Mitterrand a déjà voté contre la Constitution de la Quatrième République, critiquant ce « régime anachronique ». Si le livre est souvent présenté comme une dénonciation de l’élection présidentielle au suffrage universel, il ne contient pas de tel jugement, Mitterrand jugeant le principe « acceptable en soi ». S’il devait revenir et mettre à jour les techniques du coup d’état permanent il ajouterait certainement un paragraphe sur les médias (et je ne dis pas la presse!) qui désormais sont capables à tout moment de faire chuter un élu du suffrage universel !

Chaque jour ou presque un « coup de revolver » est tiré sur une personnalité connue ou moins connue de la vie politique ! Toutes ces exécutions ne sont pas justifiées par la défense de l’intérêt général mais par des jeux d’influence occultes qui relèvent du guet-apens calculé ! Croire que toute révélation dans un support médiatique dépend des seuls dons d’enquêteur de celui qui l’a fait relève du conte de fées. Il y a toujours un « pilote » plus ou moins bien intentionné derrière un scoop mais chut, il ne faut pas l’écrire car la « source » journalistique est inviolable ! Du moins l’était avant que le sarkozysme ne l’écorne sérieusement sans que plus grand monde s’en souvienne.

A travers l’histoire, depuis toujours, un « coup d’état » passait nécessairement par un événement violent. La liste est longue depuis l’assassinant de César en passant par de nombreux régicides (Ravaillac n’est plus aussi connu qu’il le fut dans les écoles!) pour arriver à bien des exactions mortelles modernes ! A toutes les époques on a successivement manié le poison, le poignard, la bombe, le revolver, la mitraillette ou le drone… alors que maintenant il suffit de distiller une bonne info, dans la bonne oreille pour « tuer » proprement n’importe quelle personne politique ! Désormais les fameux « réseaux sociaux » accentuent en quelques heures la déflagration désintégrant la crédibilité celui qui a fauté. Il est certain que si les faits dénoncés relèvent de la sphère publique les risques doivent en être assumés par celle ou celui qui les as commis. Mais depuis quelques années dans la course à l’audience ou au lectorat, toutes les barrages moraux ont sauté. L’obligation de réserve n’existe plus… et plus personne ne distingue la « personne » et la « fonction ». Tout acte effectué dans le cadre d’une « fonction » doit être assumé alors que tout comportement relevant de la « personne » ne saurait être critiqué ou divulgué !

A de rares exceptions près le Palais de l’Elysée n’a pas accueilli que des saints hommes pas plus que dans tous les autres lieux de pouvoir ou la « faute » ou le « péché » selon les dénominations ont toujours été présents. Ainsi on se souviendra avec « extase » du mot célèbre qui accompagna la mort du président Félix Faure. La légende rapporta que l’abbé Herzog, curé de la Madeleine, fut mandé par Mme Félix Faure pour administrer les derniers sacrements à son époux « occupé » alors avec sa maîtresse. Il fut remplacé par un prêtre de passage devant l’Élysée qui, en demandant à son arrivée : « Le président a-t-il toujours sa connaissance ? » se serait entendu répondre : « Non, elle est sortie par l’escalier de service ! ».

Président de 1895 à 1899, le beau Félix Faure fait défiler ses maîtresses et autres filles de joie pour soulager ses désirs sexuels. Sa mort à 58 ans ( tiens donc c’est un mauvais âge pour les Présidents de la République!) est très certainement la plus célèbre de l’histoire de France puisqu’il se passa dans les bras de sa maîtresse Marguerite Steinheil, juste après le coït. La rumeur populaire raconte même qu’il absorbait massivement du « viagra » d’antan (cantharide officinale, puissant aphrodisiaque mais aux effets secondaires importants ou un autre à base de quinine qu’il se faisait apporter par son huissier comme à son habitude) pour être à la hauteur de son action présidentielle. A l’époque un seul journal, le Journal du Peuple, osa révéler les circonstances malheureuses de cette fin présidentielle en titrant le 18 février, qu’il était mort d’avoir « trop sacrifié à Vénus » ! Un vrai coup d’état échoua de peu lors de ses obsèques nationales le 23 février 1899. Elles furent en effet marquées par une manifestation violente de la Ligue des patriotes d’extrême droite fomenté par Paul Déroulède, qui essaiera en vain de faire prendre d’assaut le palais présidentiel. On n’en est pas encore là…mais sait-on jamais !

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2 réponses à Plus de frontière entre "la fonction" et la "personne" en politique !

  1. Eric Batistin dit :

    Nous n’en sommes pas encore là, certes,
    mais enfin l’idée fait son chemin et est soutenue,
    discrètement mais sérieusement,
    par bon nombre de personnels des corps constitués:

    Putsch, le livre choc signé Vincent Vauclin.:
    http://la-dissidence.org/2013/08/25/putsch-le-nouveau-livre-de-vincent-vauclin/

    Je ne fais pas ici marque de soutien à cette idée,
    tenant à garder pour moi mes engagements et convictions,
    et laissant libre chacun et chacune des siens
    mais tiens à faire remarquer où mène le ras le bol,
    et les abus des dérives anticonstitutionnelles.
    Le fait même qu’un tel livre existe et trouve soutien est, s’il en fallait, la preuve du danger que nous courrons tous à laisser libre cours à toutes les pitreries.
    Pitreries en lieu et place d’une véritable action politique, en lieu et place d’un soutien indéfectible aux valeurs simples, simplistes même et pourtant si belles et viables que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, pitreries qui nous emporteront tous.

    Toutes les révolutions du monde ont été menées avec le soutien de l’armée.
    Charge à nous de comprendre, ou de faire comprendre, que les militaires et autres corps constitués sont tous, aussi, des citoyens, avant que tout explose.
    Qu’il doit donc être difficile pour des hommes, engagés au service du public, de se retrouver au service d’intérêts privés !!
    Quand ces hommes là, et femmes, définitivement, se sentiront bafoués, si nous n’avons pas, nous civils, engagé tant qu’il en est encore temps quelque lutte cohérente, qu’adviendra-t-il de la Constitution ?
    Comment garder notre figure et revendiquer nos droits de citoyens, si, une fois la machine engagée, nous n’avons pas nous aussi quelque force constituée à opposer à une prise violente de pouvoir ?
    Le laxisme, l’égoïsme, et le renoncement dont nous faisons preuve aujourd’hui ne nous offrirons en retour, si le pouvoir change de mains, encore bien moins d’intérêts que ceux que nous accordent nos chers banquiers voleurs sur l’argent que nous leur confions !

  2. suzanne marvin dit :

    quand ils arrivent dans ces anciens palais royaux dégoulinants de dorures à en donner la nausée tout ce super luxe pris à un peuple qui en crevait de misère………..nos politiciens élus se prennent pour des rois……..ils se conduisent de la même façon en méprisant le peuple…………… Ils seraient plus proches des réalités s’ils travailaient dans des bâtiments fonctionnels et plus discrets ……..et aussi plus économes d’entretien ces palais sont des musées pas des endroits pour travailler ,ils ne représentent pas une République :Liberté Egalité fraternité…..Laîcité………..

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