Les élus républicains sont-ils incapables de sortir de leurs querelles ? C’est ce que ressassent sans arrêt comme question les médias aux citoyens. La notion d’intérêt général leur serait étrangère et ils n’auraient que des prises de position électoralistes ou politiciennes. Il est vrai que l’œil d’une caméra, un micro tendu, un stylo agile et le grand spectacle est au programme on se comporte désormais différemment. Refus de se mettre d’accord sur la réalité et d’y faire face avec solidarité et franchise : le jeu politique a ses exigences… et chaque fois qu’un observateur est présent ou qu’un public potentiel est espéré il prend les allures d’une tragi-comédie débile. Dialogues malhonnêtes, exagérations débiles, provocations ridicules et surtout une mauvaise foi désarmante face à une situation pourtant évidente : on dénie toute crédibilité au débat !

Depuis une bonne quinzaine d’années le scénario reste le même avec un grand supplément de grandiloquence. Forcément tout est mauvais chez celui qui a la majorité et celui qui l’incarne, devient même un renégat ou un nullard ! Il n’y a jamais de surprise dans ce western permanent. Et si vous voulez vous en convaincre allez donc assister à cette caricature théâtrale de ce que l’on ne peut pas aller la démocratie à l’Assemblée nationale le mercredi après-midi ! Rien de constructif. Rien de sérieux. Rien de construit. Un jeu convenu où il faut absolument se faire remarquer pour prouver son sérieux à son auditoire. Actuellement les candidat(e)s aux municipales tentent de se faire de la pub, de la même manière, par leur outrance convenue. C’est cette image que des milliers de téléspectateurs inactifs, en mal de distraction le mercredi après la sieste, conserve de l’action politique avec celle des l’hémicycles vides. L’effet démultiplicateur de ces séquences ruinent tout le travail sérieux des autres…Et pourtant. Dès que les médias ont disparu le dialogue existe et les comportements sont totalement différents. Enlevez les caméras au Palais Bourbon et tout disparaît : les insultes gratuites, les affirmations péremptoires, les agressions imbéciles et les apostrophes inconsidérées !

Ainsi tous les jours ou presque je constate que le débat n’exclut pas un comportement positif et constructif mais ça n’intéresse personne et surtout pas les rédactions. Qu’y-a-t-il de « vendable » dans l’adoption à l’unanimité par des élus de tout l’échiquier politique d’un Schéma de Cohérence et d’Orientation Territoriale (SCOT) ? D’abord il faudrait expliquer l’importance de ce document au niveau de l’agglomération bordelaise et ce serait mission impossible dans une période où les journalistes ne font plus aucune pédagogie citoyenne mais ce contente de l’écume des faits. Ensuite il faudrait convenir que sur des sujets du quotidien comme les transports, l’urbanisme, la préservation du cadre de vie, les ressources naturelles, la démographie, le logement, le développement économique, des élus locaux peuvent débattre durant plus de 5 ans, construire un avenir responsable au-delà de leurs différences ou de leur statut. Enfin personne ne peut nier que, compte-tenu de la superficialité actuelle de la conscience citoyenne et faute d’images « choc » on n’intéressera quiconque. Donc on va chercher ailleurs l’affrontement, le combat de coqs ou d’éléphants qui va exciter les passions. La raison et la mesure ne font plus recette en politique. L’explication et l’analyse ne se vendent plus dans les télés, les radios ou les journaux. Les électrices et les électeurs adorent l’outrance, le scandale, la démesure ou ils sombrent dans l’indifférence. Et il est indispensable de leur en donner pour les « captiver » et les « capturer ».

Dans ce domaine l’exemple vient toujours d’en haut avec une propension à le reproduire, pour se faire une réputation, au niveau local, départemental ou régional…Les élections municipales le démontrent depuis quelques jours dans certains villages comme dans de nombreuses villes où le débat n’existe plus vraiment car il est refusé par chaque camp. D’une tranchée à l’autre on s’envoie de loin et sans risques des « certitudes » ! Finie la belle époque des fameuses « réunions contradictoires » sous les préaux des écoles publiques ou dans les salles des fêtes ! Finies les empoignades sur des sujets concrets… devant des publics n’appartenant pas aux clans de supporteurs. Les réunions n’attirent plus les citoyens qui ne croient pas à la nécessité d’explications fouillées et justifiées. Ils se contentent de transposer localement ces parodies politiciennes se construisant des fac-similés de la vie publique dénués de toute vraisemblance !